Raoult, saison 1, épisode 3 : on reste sur sa faim

Il faudrait être confiné depuis plusieurs semaines et coupé de tout moyen de communication pour ignorer les derniers travaux de l’équipe du Pr Didier Raoult de l’IHU Méditerranée Infection de Marseille sur des patients atteints de Covid-19.

Après deux résultats partiels d’études observationnelles de petite taille ayant porté sur 20 puis sur 80 malades traités par hydroxychloroquine et azithromycine (dont le JIM a déjà fait largement état) cette équipe a annoncé le 9 avril 2020 avoir achevé une nouvelle étude ayant inclus cette fois 1 061 patients et qu’elle juge comme très positive.

Que savons-nous de ce travail au jour où nous écrivons ces lignes (le 11 avril 2020).  Peu de choses en somme, en dehors de  ce que nous en dit l’abstract de quelques lignes publié en « Preprint » sur le site de l’IHU avec un tableau récapitulatif.

Les auteurs débutent leur abstract par un argument scholastique en affirmant que selon une enquête (?) la plupart des médecins du monde considéreraient l’hydroxychloroquine et l’azithromycine comme les médicaments les plus efficaces contre le Covid-19.

Une fois ces prolégomènes inhabituels posés, D Raoult et coll. nous livrent quelques détails sur leur travail.  

Une moyenne d’âge de 43 ans

Il a porté sur une cohorte de 1 061 patients chez qui la recherche de l’ARN du virus SARS-CoV-2 par PCR pratiquée à l’IHU de Marseille, était positive. Ces 1 061 sujets, sélectionnés sur des critères non précisés dans l’abstract, faisaient partie d’un groupe de 3 165 patients PCR positifs depistés à l’IHU de Marseille depuis le début de l’épidémie. Tous ces patients d’âge moyen 43,6 ans ont été suivis pendant au moins 9 jours et traités pendant au moins 3 jours par une association d’hydroxychloroquine et d’azithromycine.

Les critères de jugement étaient la survenue d’un décès et la persistance ou l’aggravation de l’excrétion virale.Aucune toxicité cardiaque n’a été constatée.

Sur le plan virologique, l’évolution a été favorable avec 4,4 % seulement de portage viral à la fin du traitement et des cultures virales positives toutes négatives à J10.

Sur le plan clinique, l’évolution a également été jugée favorable dans 95,7 % des observations : 10 patients ont dû être transférés en réanimation, 5 sont décédés et 31 ont nécessité une hospitalisation de plus de 10 jours, 16 étant toujours hospitalisés au moment de la publication. Ces évolutions défavorables étaient associées à un âge élevé (OR : 1,11), une gravité initiale importante (OR : 10,05) et fait plus notable, des taux sérique bas d’hydroxychloroquine. De plus, ce qui est peut-être important en pratique, les évolutions cliniques et virologiques défavorables ou moins favorables étaient associées à la prise de bêta-bloquants cardiosélectifs (p < 0,001 pour l’évolution clinique) et d’inhibiteurs du récepteur de l’angiotensine II (p < 0,001 pour l’évolution clinique dans les deux classes thérapeutiques).

Toujours pas de groupe contrôle

Cette étude comme les deux précédentes de l’équipe marseillaise sur ce traitement ne comportait pas de groupe témoin. Les auteurs retiennent toutefois comme élément de comparaison une mortalité plus basse que celle qui aurait été constatée avec d’autres protocoles thérapeutiques à Marseille ou à l’IHU.

Peut-on conclure sur ces seules données comme le font Raoult et coll. que ce traitement a démontré sa bonne tolérance et son efficacité ? Gageons que les critiques méthodologiques (récusées par avance par le Pr Raoult qui se réclame d’être médecin plus qu’expérimentateur) ne manqueront pas : notamment pas de définition des critères d’inclusion ou d’exclusion qui auraient pu favoriser des formes peu sévères (ils seront précisés on l’espère dans la publication définitive) et surtout pas de groupe contrôle qui seul pourrait convaincre la communauté scientifique compte tenu de l’évolution spontanément favorable de la maladie dans l’immense majorité des cas chez des sujets relativement jeunes et sans comorbidité. Notons à cet égard qu’une mortalité de 0,47 % pour des patients de 43 ans en moyenne ne semble pas meilleure que ce qui est observé habituellement dans cette infection.

Si chacun espère que ce traitement simple soit bien celui que tous attendent, pour conclure réellement il nous faudra patienter quelques jours encore pour que les résultats des essais randomisés comparatifs en cours soient disponibles. Et si nous gardons à l’esprit que les grandes innovations thérapeutiques du siècle dernier, comme la pénicilline, n’ont pas eu besoin d’essais en double aveugle pour être adoptées par tous (le premier malade traité et publié était mort au bout de quelques jours !) nous sommes, hélas, persuadés que l’hydroxychloroquine ne sera pas au SARS-CoV-2 ce que les antibiotiques sont aux bactéries.

Nicolas Chabert

Référence
M Million, D Raoult et coll. Early treatment of 1061 COVID-19 patients with hydroxychloroquine and azithromycin, Marseille, France. Abstract publié en préprint sur le site de l’IHU le 9 avril 2020

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (19)

  • Un groupe placebo est-il éthique ?

    Le 11 avril 2020

    Randomisons, randomisons.
    En attendant... toujours cette fameuse étude DYSCOVERY...
    Faut il prendre un risque, modéré, à mon avis, malgré les précautions d'ECG et autres pour initier le seul traitement qui semble marcher?
    Nous sommes "en guerre" comme nos responsables politiques et autres le rabachent.
    Est ce éthique de faire des groupes ou les uns prennent le traitement du Dr Raoult et d'autres un placebo ?

    Il faut faire vite. Nous n'avons pas le temps d'attendre.Les instances médicales nous confirment que le vaccin n'est pas attendu avant 2021..!
    Les autres molécules ont démontré leur inefficacité très probable...

    D'ailleurs pour cette étude elle est biaisée.
    Le traitement du Dr Raoult n'est pas respecté
    Seule la molécule d'hydroxycloroquine est testée, mais pas son association avec l'azitromicyne. A dessein ?

    De plus la préconisation du Dr Raoult, c'est de prescrire au début de la maladie et pas quand les patients sont en réanimation...
    Là c'est trop tard !
    Bien des découvertes ont été mises au jour en étant pragmatique.
    Le vaccin de la rage etc...
    Il a bien fallut en ce temps l'essayer dans l'urgence...
    Cet exemple n'est pas isolé !
    Alors sous prétexte que nous sommes au 21 ème siècle et que les "experts" à qui je ne jette pas la pierre, nous demandent d'attendre, attendre, attendre,de faire preuve de patience. Qu'en est il des patients ?

    Bien entendu c'est un dilemme, mais que faire ? Attendre encore ? Peut être que les patients et leurs familles sont dans l'incompréhension. Que leur dire si après un décès de leurs proches que nous attendions... Les résultats d'une étude randomisée...!
    Pourrons nous soutenir leur regard après.

    Marc Menard

  • Double aveuglement

    Le 12 avril 2020

    Pour être volontaire dans le groupe témoin, on est payé combien ?

    Dr Jean-Marie Malby

  • Quel ton! Paris Match ? Gala ?

    Le 12 avril 2020

    Vous manquez d'impartialité, et c'est derangeant. Les médecins sont pragmatiques et savent lirent une étude. En ces temps troubles, prendre un avis aussi tranché que le votre est dangereux. Chercher à l'imposer est très risqué. Êtes vous prêt à assumer vos propos si vous vous trompez?
    L'AP-HM, s'il ne fallait citer que cela, suit les reco du Dr Raoult...
    Ma grand mère disait : "l'habit ne fait pas le moine..."

    Dr Y-N Lavie

Voir toutes les réactions (19)

Réagir à cet article