Rappel des produits Lactalis : confusions généralisées dans les supermarchés

Paris, le jeudi 11 janvier 2018 – Hier, nous observions que les aveux du groupe Leclerc quant à la mauvaise répercussion du rappel par Lactalis de plusieurs centaines de lots de lait infantile potentiellement contaminés par des salmonelles venait signaler les failles souvent déplorées dans la gestion de ce type de procédures et notamment évoquées en février 2017 par l’association de consommateurs CLCV.

L’affaire cependant dépasse largement l’anecdotique puisqu’il semble que les principales chaînes de distribution françaises sont concernées par des dysfonctionnements. Tour à tour, Auchan, Cora, Système U et Carrefour ont révélé les erreurs constatées dans leurs enseignes.

Gestion calamiteuse

Chez Auchan, ce serait 52 boîtes de lait infantile frappées par la mesure de rappel qui auraient pourtant été vendues fin décembre. Chez Cora, le compte grimpe à 72 boîtes. La situation est plus préoccupante encore chez Système U qui a indiqué que 384 unités ont échappé à la vigilance et chez Carrefour où l’on dénombre 434 boîtes commercialisées à tort. Toutes les enseignes se confondent aujourd’hui en excuses auprès de leurs clients et Auchan, Système U et Carrefour ont immédiatement mis en place des numéros d’urgence. Par ailleurs, grâce notamment aux informations des cartes de fidélité, les consommateurs peuvent l'être sont rappelés aujourd’hui (un système qui paraît connaître une bonne efficacité). Ces révélations en cascade ne sont probablement pas étrangères à l’annonce faite par la Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF) de la présentation ce vendredi des résultats des 2 000 contrôles effectués ces dernières semaines pour vérifier l’application de la procédure.

Ces dysfonctionnements sont en outre le signe d’une grande confusion ; confusion qui atteint son apogée chez Intermarché qui a pour sa part précisé que le groupe n’était pas en mesure d’indiquer si des produits concernés par le rappel étaient encore dans ses rayons aujourd’hui ou y étaient demeurés par erreur. Pour justifier ce flou, Intermarché invoque la gestion calamiteuse de la situation par la marque de lait Milumel, avec laquelle le PDG d’Intermarché indique ne plus vouloir travailler.

Une procédure d’une ampleur inédite

Les causes de ces dysfonctionnements pourraient en effet être liés à certains ratés dans la communication de Lactalis dont certains avaient été portés à la connaissance du grand public à travers la multiplication des mesures de rappel. L’ampleur de la procédure, qui concerne plusieurs marques, pourrait également avoir favorisé les erreurs. Les distributeurs se sont d’ailleurs appliqués à mettre en regard le nombre de boîtes ayant échappé à leur vigilance et celui des produits correctement retirés. « Malgré le retrait effectif de 36.000 produits, 52 produits supplémentaires - des boîtes de lait infantile - ont échappé à la vigilance de nos équipes et ont été vendus après la date du rappel sur 28 magasins (hypermarchés et supermarchés) », écrit par exemple Auchan. Carrefour lui fait écho : « Dès que Carrefour a été alerté par son fournisseur Lactalis, l'enseigne a aussitôt procédé au rappel des lots concernés dans ses magasins, soit le retrait effectif de 94.959 produits ».

Et aujourd’hui ?

Il n’empêche que ces erreurs suscitent une crainte légitime quant à la gestion des autres alertes sanitaires, plus localisées et moins médiatisées. Il ne serait pas inutile que cette affaire conduise à un audit sur le fonctionnement des mécanismes en œuvre. Enfin, concernant Lactalis, les contrôles devraient se poursuivre : les familles réunies en association sont aujourd’hui convaincues que l’on trouve encore partout en France dans des supermarchés divers des boîtes concernées par le rappel.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Vente des médicaments en grande surface :désastre annoncé

    Le 11 janvier 2018

    Quand je pense que ces grands distributeurs voudraient pouvoir vendre des médicaments,alors qu'ils ne savent pas gérer ce genre de retrait;on ne peut qu'imaginer le désastre si c'était le cas!

    Christiane Strinati-Nicaise (pharmacien)

  • Pas de pitié ...

    Le 12 janvier 2018

    Que va dire, faire cette pharmacienne et son confrère H.Chapelle au sujet de leurs 44 confrères et consœurs qui ont continué de vendre des lots de lait incriminés ? Les pendre haut et court, les mettre au pilori en place de grève ?

    Sont ils sûrs de ne pas avoir un produit 'périmé' dans leur officine ? Y compris le distributeur de préservatifs sur leur mur extérieur d'officine ?

    Il est fort dommage de voir des jugements si péremptoires, de jeter si vite une pierre dans le jardin de son voisin ! Cela me semble irréfléchi. Personne ne peut être épargné par la malchance.

    Le problème est sérieux et il mérite d'être compris ,étudié avec beaucoup de sérénité, de réflexion et de modestie. Trouver une solution, pas des critiques imbéciles.

    Ph.Delebecque. IDE retraité

  • Drôle de société

    Le 14 janvier 2018

    C'est inouï de constater l'étendue des effets de ce malheureux incident sur les supermarchés et surtout sur la firme Lactalis elle-même. N'aurait-il pas été plus simple et plus rationnel de recommander à la population utilisatrice de ces produits lactés de tout simplement faire bouillir le lait, tuant ainsi les salmonelles? Un moyen simple qui évite des catastrophes financières et mediatiques ou encore humaines.

    Par ailleurs ne réfléchit-on pas sur la cause la plus probable de cette contamination catastrophique ? Un ouvrier en charge de la manipulation quelque part dans la chaîne, qui a souffert de salmonellose et qui n'a pas respecté les règles d'hygiène les plus élémentaires après avoir fait ses besoins...

    Notre société n'ose plus appeler un chat un chat. À la faute dun employé ou d'un ouvrier de la base, sans y toucher ou même l'évoquer, on fait démissionner son patron ou le ministre en charge.
    Drôle de société.

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