Rebond épidémique : faut-il s’inquiéter en France ?

Paris, le mercredi 8 juillet 2020 – Alors que les confinements ciblés semblent se multiplier dans plusieurs villes d’Europe, la France ne s’inscrit pas pour l’heure dans cette dynamique. Faut-il craindre qu’à l’instar de nos voisins, nous choisirons prochainement, face à la dégradation de certains indicateurs, de prendre des mesures plus strictes ? Aujourd’hui, la situation épidémique apparaît globalement rassurante, même si la vigilance demeure indispensable.

Jérôme Salomon : « Se préparer à une reprise de l’épidémie »

Sur les ondes, les médecins qui depuis des semaines commentent l’évolution de la situation et tentent de conseiller les Français et les autorités sont souvent pessimistes, s’inquiétant du laxisme qui concernerait tant les institutions (défaut de contrôle aux frontières) que leurs compatriotes (relâchement des mesures barrières). A ces voix qui sont de plus en plus nombreuses, vient de s’ajouter celle du Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Dans une interview accordée au Figaro, il insiste : « Il faut se préparer à une reprise de l’épidémie, voire à une deuxième vague ».

Taux de positivité inchangé, clusters stables et hospitalisations en recul

Néanmoins, Jérôme Salomon l’admet dans le même entretien, les indicateurs actuels ne plaident pas en faveur d’une reprise de l’épidémie. Ainsi, le taux de positivé n’a pas dépassé 1,4 % entre le 22 et le 28 juin, contre 1,5 % la semaine précédente : les plus hauts niveaux de positivité (autour de 20 %) concernent la Guyane où la circulation du virus est avérée, tandis que certains départements, tels les Alpes de Haute Provence sont à zéro. En écartant Mayotte et la Guyane, Santé publique France assure donc dans son dernier point épidémiologique (daté du 2 juillet) que « l’ensemble des indicateurs de circulation du SARS-CoV-2 » connaissent « des niveaux bas ». Parmi les éléments encourageants : le nombre hebdomadaire de clusters signalés est demeuré stable au cours du mois écoulé. Concernant le nombre d’hospitalisations, il est également en recul constant : 7 750 patients étaient recensés le 7 juillet contre 7 806 la veille.

Des légers frémissements en Ile-de-France

Ce tableau plutôt encourageant contraste quelque peu avec les alertes répétées relayées dans les médias ces derniers jours. Elles émanent notamment de médecins d’Ile de France : deux praticiens de la Pitié Salpêtrière (les professeurs Gilbert Deray et Eric Caumes) ont ainsi évoqué un nombre d’admissions en hausse au sein de leurs unités Covid. Ces appréciations pourraient être liées à la situation particulière de l'Ile de France. Si globalement, à l’instar du reste du pays, les indicateurs évoquent une circulation restreinte du virus dans la région, certains éléments sont en effet contrastés. Santé publique France dans son dernier bulletin francilien note par exemple une hausse du nombre d’actes réalisés par SOS Médecins liés au Covid au cours de la semaine du 22 au 28 juin après une certaine stabilité les huit jours précédents. La progression des consultations pour suspicion de Covid-19 aurait notamment concerné les enfants, qui faisaient alors leur retour à l’école. Parallèlement, les données du Réseau Sentinelles concernant les consultations pour une infection respiratoire sont presque inchangées.

Concernant l’activité aux urgences, si on ne relève pas de hausse, on note une interruption de la baisse constante observée pendant douze semaines. Enfin, si le nombre d’hospitalisations a légèrement cru, en lien, notamment avec un foyer dans les Yvelines, le nombre de décès quotidien continue à diminuer.

Des armes affutées (ou presque)

Alors que les données pour la semaine qui vient de s’achever seront probablement scrutés avec vigilance, l’identification mais à des niveaux très bas de SARS-Cov-2 dans les eaux usées parisiennes, révélée par le Monde, est un élément supplémentaire suscitant l’attention. En effet, après plusieurs semaines d’absence de détection, une partie des échantillons a révélé la présence à des teneurs infimes du virus. Cependant, « la méthode pour exploiter » ces résultats n’est pas encore parfaitement établie, remarque dans le Monde, Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de santé. Si l’analyse des eaux usées, pourtant plébiscitée depuis plusieurs semaines et une fois encore aujourd’hui par l’Académie de médecine n’est toujours pas un outil validé et fiable de suivi de l’épidémie, le directeur général de la Santé rassure sur les nombreux dispositifs mis en place en France (sans revenir sur la question des contrôles aux frontières qui seraient variables selon certains observateurs). « Tous les services de l’État, les professionnels, les acteurs de terrain sont mobilisés pour gérer les clusters actuels et anticiper un rebond épidémique cet automne ou cet hiver. Nous avons appris beaucoup et acquis de l’expérience au cours de ces derniers mois : nous savons tester et avons d’importantes capacités à le faire ; nous savons tracer et isoler tout porteur du virus. Nous savons déployer des lits de réanimation supplémentaires » insiste-t-il. Ces moyens ne devraient cependant pas totalement empêcher en cas d'agrégats importants des mesures de limitation de déplacements ou de confinements, mais qui demeureront ciblés a assuré ce matin le Premier ministre Jean Castex.

Responsabilité collective

Parallèlement, les autorités sanitaires insistent sur l’importance pour les Français de demeurer responsables. « Je le répète, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ce sont essentiellement nos comportements qui conditionnent la reprise épidémique : si nous voulons éviter cela, il faut que chacune et chacun continue de respecter les mesures barrières, les mesures d’hygiène, la distanciation physique et le port du masque, surtout en situation de promiscuité et dans un espace clos » insiste Jérôme Salomon qui par cette dernière observation fait sans doute référence au fait que la quasi-totalité des clusters repérés en France sont liés à des regroupements dans des lieux fermés.

Raison garder

Si les données épidémiologiques disponibles pour l’heure ne permettent donc pas aujourd’hui de s’inquiéter d’une menace imminente, faut-il redouter davantage un "relâchement" des Français. Santé publique France confirme que l’adoption systématique de certaines mesures (distanciation, salut sans contact) recule, mais signale une « stabilisation de l’application des mesures d’hygiène et du port du masque ». Face à l’ensemble des données qui n’étayent pas parfaitement les discours catastrophistes mais qui invitent à la vigilance, d’autres voix se font entendre. Ainsi, urgentiste à la Pitié Salpêtrière, le professeur Yonathan Freund, constate par exemple qu’en dépit des inquiétudes énoncées avec vivacité, les rassemblements lors de la fête de la musique n’ont apparemment pas donné lieu aux hécatombes prédites. Il invite donc à prendre de la distance avec certaines alertes trop marquées. « J'ai du mal à comprendre pourquoi on fait des articles et des plateaux télés dès que 10 patients sont à nouveau admis quelque part. Mais admettons » ironise-t-il sur Twitter. Il remarque encore que certains des pays aujourd’hui concernés par des mesures de confinement n’avaient en réalité connu qu’une « première » phase très restreinte. En tout état de cause, tout en rappelant que la préparation et la surveillance sont indispensables, il estime très anticipé et pour l'heure inadapté le terme de « deuxième vague ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (6)

  • S'attendre à des morts !

    Le 09 juillet 2020

    Il fallait s'y attendre. La majorité des Français sont inconscients : pas de masques, non respect des distances, on se serre la mains et on se bisouillent comme avant. Et pas moyen de disposer des traitements efficaces comme la dexaméthasone introuvable en France mais disponible dans tous les autres pays.

    Plus que des patients atteints il faut s'attendre à des morts !

    Dr Guy Roche, ancien interniste

  • Tout à fait d'accord !

    Le 09 juillet 2020

    Même si tout va "apparemment" bien, il faut se préparer au pire et maintenir plus que jamais respecter les règles sanitaires! L'inverse serait suicidaire, cela voudrait dire que nous n'avons rien compris et je le crains...

    Dr Jean-Paul Vasse

  • Les français n'ont strictement rien compris

    Le 12 juillet 2020

    Lorsque l'on observe les comportements idiots de, notamment, beaucoup de jeunes adultes ("oui, mais comprenez qu'après des mois de confinement on a envie de se lâcher!") nous sommes sidérés!
    Non, les français n'ont strictement rien compris à ce mauvais film !

    Trop d'infos (nous avons été littéralement assommés par ces incessants défilés de soi-disant "professeurs" depuis mars !) tuerait donc l'info ?
    Le vrai problème reste : alors que le grand public "sait tout et n'importe quoi via internet, et donc s'autorise à contester systématiquement ce qui le dérange, comment faire respecter des règles contraignantes sinon par la force ou du moins des moyens autrement plus efficaces que ces "gentils" avertissements diffusés à longueur de journée sur les medias, où chacun sait qu'il ne risque rien à franchir la bande continue ?

    Pour toutes ces raisons j'avais très tôt émis l'hypothèse d'un rebond sérieux de cette épidémie...pire ! Je suis désormais convaincu que ce virus tournera pdt des mois voire des années (cf. l'actuelle explosion en hémisphère sud)...une fois que cette mondialisation incontrôlée aura, inévitablement, repris son cours !

    Dr ACR

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