Remdesivir, l’étude qui a valu le feu vert de la FDA

Le remdesivir est un antiviral développé initialement pour traiter l’infection par le virus Ebola, mais il fait preuve in vitro comme in vivo d’une certaine efficacité inhibitrice contre le virus respiratoire syncytial, et les virus SARS-CoV et MERS-CoV dans des situations expérimentales bien définies. Aucun succès thérapeutique ne lui a été cependant imputé dans ces infections virales en dépit de ces données précliniques favorables. 

En ce qui concerne le SARS-CoV-2, les résultats obtenus in vitro se sont montrés également encourageants ce qui a incité à évaluer son efficacité dans le traitement de la Covid-19. Un essai clinique a été ainsi mis en place par le NIAID (National Institute of Allergy and Infectious Diseases) aux Etats-Unis. Or le 2 mai dernier, se basant sur les données préliminaires de cette étude, la Food and Drug Administration a délivré en urgence une autorisation d'utilisation du remdesivir chez les adultes et les enfants hospitalisés pour une forme grave de Covid 19, avec la bénédiction de la Maison-Blanche. Anthony Fauci, directeur du NIAID avait en effet déclaré quelques jours auparavant que "le remdesivir avait un effet clair, significatif et positif pour réduire le temps de rétablissement des patients…". 

Essai randomisé contrôlé sur plus de 1 000 patients hospitalisés

L’étude en question vient d’être publiée sur le site du New England Journal of Medicine après avis du comité de lecture. Il s’agit d’un essai randomisé international et multicentrique, mené à double insu contre placebo, dans lequel ont été inclus initialement 1 063 patients adultes atteints d’une forme sévère de la maladie avec une atteinte respiratoire documentée justifiant une hospitalisation.   Ces malades requéraient différents niveaux de soins :  absence d’oxygénothérapie, mais soins médicaux nécessaires (n=127 ; 11,9 %) ; oxygénothérapie standard (n = 421 ; 38,1 %) ; ventilation non invasive ou oxygénothérapie avec FIO2 élevée (n = 197 ; 18,5 %) ; ventilation mécanique ou oxygénateur à membrane (n = 272 ; 25,6 %).   Dans le groupe traité (n = 538), le remdesivir a été administré par voie intraveineuse à raison de 200 mg/jour, le premier jour, puis pendant les neuf jours suivants à la dose de 100 mg/jour ; le groupe placebo comportait 521 patients « traités » également pendant 10 jours. Le critère de jugement principal était le délai écoulé avant le rétablissement, défini par la capacité de sortir du milieu hospitalier. 

Bénéfice modeste mais plus net pour les patients oxygéno-requérants 

Dans le groupe traité, le délai médian avant rétablissement a été estimé à 11 jours (intervalle de confiance à 95 % [IC 95%], 9 à 12) versus 15 jours (IC 95% : 13 à 19) dans le groupe placebo, ce qui conduit à un rate ratio de 1,32 (IC 95%, 1,12 à 1,55 ; p<0,001). Le bénéfice s’est avéré plus probant pour les patients oxygéno-requérants mais ne justifiant pas de ventilation assistée. De fait, la probabilité du rétablissement au 15ème jour a été plus élevée en apparence dans ce cas, avec un odds ratio de 1,50 (IC 95%, 1,18 à 1,91).

Ce résultat peut s’expliquer au moins en partie par un effectif plus important dans ce groupe, puisqu’il représente près de 40 % de la totalité de la cohorte.  L’analyse des courbes de survie selon la méthode de Kaplan-Meier a permis d’estimer la mortalité à 14 jours, respectivement à 7,1 % dans le groupe remdesivir et à 11,9 % dans le groupe placebo, le hazard ratio correspondant étant de 0,70 (IC 95%, 0,47 à 1,04) sans que le seuil de signification statistique soit atteint. La fréquence des évènements indésirables sérieux a été estimée à 21,1 % dans le groupe traité, versus 27,0 % dans le groupe placebo (NS).  

Dans l’attente des résultats définitifs…

Le remdesivir semble donc faire preuve d’une efficacité thérapeutique significative quoique finalement assez modeste par rapport au placebo : le délai avant le rétablissement est raccourci d’environ 4 jours dans des formes de Covid-19 justifiant une hospitalisation. Cependant l’effet dans les formes graves n’est pas établi et la mortalité n’est pas modifiée par le traitement. Ces résultats étant préliminaires, il faudra attendre les analyses finales au 28ème jour du suivi. En tout état de cause, ils semblent justifier la prescription de remdesivir dans les formes sévères de la maladie en accord avec les critères d’inclusion retenus dans l’essai.

Dr Philippe Tellier

Référence
Beigel JH et coll. : Remdesivir for the Treatment of Covid-19 — Preliminary Report. New Engl J Med 2020 ; publication avancée en ligne 22 mai. DOI: 10.1056/NEJMoa2007764.

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Vos réactions (4)

  • Premium

    Le 25 mai 2020

    Rêvaimedésir, comment résister, meme si ça ne fait rien. Et d'abord, ça vous détorsade les pointes en un rien de temps et puis, s'il y a des effets secondaires, c'est pour cher. Une sorte de médicament premium, parce que je le vaux bien.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Coût par rapport à la chloroquine

    Le 29 mai 2020

    Est-ce vraiment éthique de faire une étude en double aveugle contre placebo dans les formes graves ? Pouvez vous chiffrer le coût de ce traitement par rapport à la chloroquine qui à priori (je ne suis pas expert) ne semble pas plus efficace mais est moins décrié.

    Dr Hervé Favoriti

  • On nage dans le délire

    Le 31 mai 2020

    Merci aux Docteurs Bouquerel et Favoriti. Mise au point salutaire.

    On nage en effet dans le délire...

    "L’analyse des courbes de survie selon la méthode de Kaplan-Meier a permis d’estimer la mortalité à 14 jours, respectivement à 7,1 % dans le groupe remdesivir et à 11,9 % dans le groupe placebo, le hazard ratio correspondant étant de 0,70 (IC 95%, 0,47 à 1,04) sans que le seuil de signification statistique soit atteint. La fréquence des évènements indésirables sérieux a été estimée à 21,1 % dans le groupe traité" et un peu plus loin : "la mortalité n'est pas modifiée entre le groupe traité et le groupe témoin".

    Et on continue à prescrire cette molécule? On l'estime utile? On donne la Légion d'Honneur à titre posthume à ceux qui sont morts sous placebo?

    On se croirait revenus au XIXè siècle. "Quelque chose est pourri dans mon royaume de France" chantait Jean Ferrat dans une chanson. Apparemment aux Etats-Unis aussi. Et le bon-sens, bordel?

    Autant dire qu'on leur autant!

    Dr Jean-François Michel

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