Reprise du procès Mediator : questions autour d’une mission parlementaire sous influence

Paris, le mardi 2 juin 2020 - Après deux mois et demi d’interruption, conséquence de la crise sanitaire, le procès fleuve du Mediator reprend aujourd’hui son cours. Distanciation physique oblige, la salle d’audience de la 31ème chambre correctionnelle a été entièrement réaménagée. Comme l’indique France Inter, un siège sur deux sera utilisable du côté des avocats et des prévenus, et trois sièges sur quatre pour le public.

L’audience du 2 juin aura pour objet l’audition de l’ancienne sénatrice Marie-Thérèse Hermange, soupçonnée d’avoir modifié un rapport sur le médicament sous l’influence d’un conseiller du groupe Servier.

Une ex-sénatrice entendue

En janvier 2011, soit plus de deux ans après le retrait du médicament, une mission d’information sénatoriale est ouverte afin de faire la lumière sur le dossier Mediator. A l’époque, la sénatrice Marie-Thérèse Hermange (UMP) est désignée pour être rapporteuse de cette mission technique.

Durant toute sa mission, la sénatrice aurait reçu les conseils discrets d’un médecin, le Pr Claude Griscelli, ancien directeur de l’Inserm et membre du cabinet du ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy entre 2004 et 2005. Surtout, Claude Griscelli était au moment des faits consultant pour le Groupe Servier, activité pour laquelle il aurait été rémunéré entre 80.000 et 90.000 euros.

Pour certains observateurs, dont le journal Le Monde, cette affaire dans l’affaire pourrait être révélatrice « du lobbying pratiqué par le groupe Servier ».

Un rapport sous influence ?

L’exploitation des téléphones a révélé un certain nombre de faits troublants. Claude Griscelli est notamment suspecté d’avoir soufflé le nom d’un épidémiologiste travaillant pour Servier afin d’orienter l’évaluation du nombre de morts causés par le Mediator.

Une date sera particulièrement étudiée au cours des débats : celle du 21 juin 2011. Comme le rappelle Le Monde, ce jour-là, Claude Griscelli se rend en toute discrétion au Sénat pour rencontrer Marie-Thérèse Hermange qui finalise alors la rédaction du rapport de la mission d‘information.

L’étude des différentes versions du rapport de Madame Hermange révèle au lendemain de cette rencontre des modifications substantielles, telles des réserves sur les études ayant évalué les décès liés au Mediator.

Ainsi, selon l’ordonnance de renvoi devant le Tribunal Correctionnel Claude Griscelli aurait cherché à influencer les travaux de la mission sénatoriale dans un sens favorable au laboratoire Servier « alors qu’il était rémunéré par le groupe ».

Il est renvoyé devant le tribunal pour trafic d’influence, tout comme Jean-Philippe Seta (numéro deux du groupe Servier). Marie-Thérèse Hermange comparaît pour complicité de ce délit.

Fin du procès début juillet

L’audition des prévenus constitue la dernière étape de ce long marathon judiciaire. Elle sera suivie du long enchainement des plaidoiries des parties civiles, des réquisitions du parquet, puis des plaidoiries de la défense.

H.C.

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Vos réactions (2)

  • Mediator

    Le 03 juin 2020

    Rappelons que le Médiator n'a jamais été autorisé en Belgique. Servier avait cherché qu'il y soit autorisé. En 1977, après étude du dossier l'office belge du médicament avait refusé l'autorisation sur la base des documents fournis par Servier.

    Servier a fait appel et en 1978 le même office confirmait son refus en faisant remarquer qu'il s'agissait d'une amphétamine.
    Les avis de 1977 et 1978 de l'office belge du médicament ont été transmis à l'office européen du médicament comme il en a l'obligation et celui-ci les a transmis à tous les office du médicament de la Communauté Européenne.

    DONC DEPUIS 1977 ET 1978 LE MINSISTERE DE LA SANTE FRANCAISE SAVAIT QUE LE MEDIATOR ETAIT UN MEDICAMENT DANGEREUX ET SANS LE MOINDRE INTERET.

    ET L'A AUTORISE ET, PIRE, L'A REMBOURSE.

    Il serait intéressant que le JIM demande à l'Office belge du médicament de lui communiquer ses conclusions de 1977 et 1978.

    Dr Guy Roche, ancien chef de clinique en Belgique. Je n'avais jamais entendu parler du Mediator avant la parution du livre du Dr Frachon.

  • Une responsabilité politique avant tout

    Le 04 juin 2020

    Les fautes commises dans cette affaire par les décideurs de l'administration sanitaire sont écrasantes.
    Le Mediator est l'arbre qui cache la forêt des compromissions et incompétences dont se rendent quotidiennement coupable ceux qui sont sensés protéger la santé publique contre les légitimes appétits industriels.

    Le vrai scandale n'est pas le spectaculaire Mediator, c'est la banale impéritie quotidienne qu'il masque. Tout comme le tintamarre de la chloroquine ne fait qu'étouffer le bruit pernicieux des innombrables anomalies de la pharmacopée et errements thérapeutiques.

    Dr Pierre Rimbaud

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