Sages-femmes : le rapport de l’IGAS renforce leur sentiment d’être méprisées

Paris, le jeudi 16 septembre 2021 – Depuis plusieurs années, les sages-femmes expriment régulièrement leur malaise. En nombre insuffisant pour répondre correctement aux besoins des femmes, elles dénoncent également régulièrement la faiblesse de leur rémunération, par rapport aux importantes responsabilités qu’elles assument. Elles sont également une majorité à déplorer que, contrairement aux autres professions médicales, elles ne puissent pas relever du statut de praticien hospitalier. Cette inégalité ne fait qu’accroître le sentiment de beaucoup d’entre elles d’une forme de mépris à leur égard et d’une volonté de les ranger sous la tutelle des médecins. Dans ce contexte, les négociations du Ségur de la Santé au printemps 2020 n’ont fait que renforcer leur désarroi. Leurs revalorisations salariales ont en effet été sans commune mesure avec celles obtenues par les médecins.

Clarifier les parcours

Le gouvernement avait temporisé en promettant l’ouverture de nouvelles discussions en se basant sur les recommandations d’un rapport commandé à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Attendu en juin, il vient d’être publié. Ce rapport offre un diagnostic assez peu contestable de la situation difficile des sages-femmes françaises. Il se montre aussi insistant sur l’importance d’une « clarification des parcours ». « La diversité des acteurs du parcours et la médicalisation de la prise en charge de la grossesse ont conduit progressivement à brouiller la perception que les femmes avaient, traditionnellement, des missions des sages-femmes. Les différences de logique entre les corps professionnels, voire les querelles catégorielles qui ne sont pas étrangères à cela, doivent être dépassées, notamment en procédant à la clarification proposée par la mission. [8] Dans ce cadre, améliorer la visibilité, auprès des femmes, des rôles précis joués par les sages-femmes constitue un levier déterminant » écrivent les inspecteurs dans leur synthèse.

L’ouverture du statut de praticien hospitalier jugée inadaptée

Mais parallèlement à cette recommandation, concernant le statut hospitalier, l’IGAS a totalement anéanti les espoirs des organisations représentatives des sages-femmes. « La question du statut, selon la mission, doit faire l’objet d’une grande attention, car elle se situe au cœur de l’attractivité qui semble se dégrader sensiblement pour ce qui est de l’exercice hospitalier. Comme pour beaucoup de soignants, le besoin de reconnaissance est central mais prend pour les sages-femmes une dimension toute particulière puisqu’elles appartiennent aux professions médicales, même si leurs compétences sont « définies » » observe tout d’abord l’IGAS, avant finalement de conclure : « La mission considère que l’ouverture du statut des praticiens hospitaliers aux sages-femmes de l’hôpital public, revendiquée par de nombreuses organisations professionnelles, ne correspond pas à une solution adaptée. Indépendamment du surcoût annuel exorbitant évalué par la mission à près de 1 milliard d’ €, la durée de la formation et la nature des responsabilités ne justifient pas cette ouverture. Le statut de la fonction publique hospitalière (FPH) offre, quant à lui, un cadre trop contraignant pour répondre aux questions devant être traitées. Ainsi, si l’option du maintien du corps des sages-femmes au sein de la FPH devait être retenue, il serait indispensable que des textes législatifs et règlementaires assouplissent certaines dispositions pour qu’elles offrent des modalités de réponses fiables ».

Mépris perpétuel

Cette préconisation est fortement regrettée par les syndicats et associations de sage-femmes. Elles y voient le témoignage de la persistance d’une vision de la profession qui doit demeurer « inférieure » ou « sous la coupe » des médecins. D’ailleurs, une petite phrase du rapport a fait bondir Marianne Benoit Truong Canh, vice-présidente du Conseil national de l’ordre des sages-femmes (CNOSF) : « Les gynécologues représentent l’autorité médicale, intellectuelle et morale, construisent les connaissances sur la grossesse et les accouchements et définissent les principes de fonctionnement dans les maternités ». Elle s’indigne dans les colonnes du Monde : « Ça fait dix ans que je me bats, je n’ai jamais lu une chose pareille. Nous ne sommes pas sous la coupe des gynécologues obstétriciens. Encore moins sous leur autorité “intellectuelle” et “morale”. Les sages-femmes font tout dans la salle d’accouchement. Si quelque chose se passe mal, c’est leur responsabilité qui est engagée, pas celle du médecin ». Concernant les conséquences financières qu’aurait un changement de statut, la présidente de l’Organisation nationale syndicale des sages-femmes (ONSSF, syndicat majoritaire) ironise : « La profession n’a pas eu de revalorisation de salaire en vingt ans. Donc, effectivement, en basculant sur un statut de PH, on devrait augmenter notre salaire de 220 % » avant de répéter : « Nos rémunérations ne sont pas à la hauteur de nos responsabilités. Si les maternités tournent à l’heure actuelle, c’est grâce aux sages-femmes ».

Animées par cette colère, les sages-femmes doivent être reçues aujourd’hui par Olivier Véran et son secrétaire d’État Adrien Taquet. S’ils veulent suivre les conclusions de la mission de l’IGAS les deux hommes devront pouvoir développer des arguments particulièrement robustes.

L.C.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • De belles promesses...

    Le 16 septembre 2021

    Intervention ce soir de notre ministre Olivier Veran. Il semble avoir "entendu" ce que l'on peut hurler depuis de nombreuses années : demande de reconnaissance de notre statut de profession MÉDICALE, mise en avant de nos compétences pour le grand public, Revalorisation salariale, faciliter les doubles casquettes libéral/hospitalière, et injections financières importantes en libéral (reste à négocier les revalorisations d'actes avec les CPAM... C'est pas gagné. Pour info : de plus en plus de sortie précoce de la maternité, une journée d'hospitalisation c'est 1400€, une visite de sage-femme libérale c'est 46,20€ pour le couple maman/bébé !)

    Il a cité la dernière roue du carrosse, aujourd'hui nous sommes encore bien loin d'être reconnu à notre juste valeur.
    Il n'y a pas de nouveautés ni sur nos compétences gynécologiques et la tarification des actes revues à la hausse,ni sur nos droits de prescriptions archaïques...
    Mais les annonces et l'espoir sont là.

    Laurine (sage-femme libérale)

  • Un parfum de lutte des classes

    Le 18 septembre 2021

    Mon sujet n'est pas celui de la tarification : je n'ai aucune expertise.

    A nouveau un parfum de lutte des classes d'un autre siècle mais déja bien ré-ancré dans le 21ième à grand renfort de crise sanitaire et sociale , de FRUSTRATION diffuse acutisée et des CORPORATISMES attenants.

    La revendication du statut de PH est une absurdité , à moins d'en accepter un principe déja copieusement battu en brêche , même droits mais aussi même devoirs et ainsi même cursus : Chiche ? Les pompiers revendiquant le statut de soignant ? Même combat : Pas sûr.

    L'exercice infirmier en "pratiques avancées" mais aussi suppression du concours d'entrée des IFSI , les revendications des IADE , des IBODE , les transferts de compétences et délégations de tache(s) , la quête de l'universitarisation vont dans le même sens et rencontrent les mêmes oppositions médicales tout aussi corporatistes , bien loin du "patient ou patientes" si souvent mis en avant . Quitte à occulter des revendications trés égo-centrées in fine
    A moins que la vocation princeps soit adaptative : pallier la carence médicale issue de la formation hospitalo-universitaire nationale quitte à "dispensériser" le soin : Small is beautifull , Big is beautifull , tout a été dit et son contraire en fonction des ... intérêts trés personnels

    Une impression personnelle peu documentable : l'hostilité au PASSE et/ou VACCINALE me semble plus présente chez les paramédicaux que chez les médicaux "en titre" ; la frustration y est à nouveau omniprésente
    Il est par contre peu discutable que le principe d'exemplarité a des failles , entretenue par l'ignorance inattendue mais aussi et surtout par l'idéologie . Ceci restera valable " aprés tout ça "

    La crédibilité d'un discours "grand public" est plus difficile à accepter auprés d'un PH qui fréquente depuis 30ans le milieu gynéco-obstétrical , diagnostic prénatal oblige.

    Dr JP Bonnet 61ans PH

Réagir à cet article