Sérologie du Covid-19 : jamais sans mon biologiste ?

Paris, le vendredi 29 mai 2020 - Le syndicat des jeunes biologistes médicaux s’inquiète de la mise à disposition de Tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) de la Covid-19 dans les officines.

Ainsi, dans un courrier adressé à l’Ordre des pharmaciens, il rappelle « un patient se croyant faussement protégé, du fait d’un manque d’information, d’une erreur d’utilisation ou d’interprétation pourrait être à l'origine d'un nouveau cluster. Il est donc nécessaire d’avoir une utilisation et une interprétation via un expert du diagnostic, habitué à l’utilisation des sérologies ». L’organisation insiste encore : « la traçabilité des résultats avec rédaction d’un compte rendu biologique, réalisation d’une sérothèque et transmission des résultats des examens sérologiques sont indispensables pour un suivi épidémiologique optimal » .

Rappelons d’ailleurs que la HAS avait estimé qu’elle ne pouvait recommander l’utilisation de ces TROD du fait d’une absence d’évaluation formelle des performances sur sang total et du manque de données sur ces performances en conditions réelles d’utilisation.

Aussi, le syndicat assure que « l’ensemble des internes et biologistes médicaux s’inquiètent de l’utilisation de TDR dans des pharmacies d’officine, telle que nous pouvons le constater depuis quelques jours sur le terrain et telle que nous le voyons dans les reportages télévisuels. En l’absence de texte réglementaire, ces pratiques constituent un exercice illégal de la biologie médicale ».

Aussi, il s’adresse à l’Ordre pour le sommer de « mettre un terme à des pratiques illégales et potentiellement dangereuses en terme de sécurité sanitaire ». Il est probable que les pharmaciens ne goutteront guère cette appréciation de leurs compétences par leurs confrères.

Gabriel Poteau

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Vos réactions (3)

  • Ne pas confondre paramètres intrinsèques de la technique et valeur prédictive

    Le 29 mai 2020

    Avec une sensibilité et spécificité de l'ordre de 98 % la sérologie est bien adaptée aux études épidémiologiques de base, mais en condition de faible prévalence l'interprétation des résultats individuels doit être prudente : s'il y a 2 % de sujets immunisés dans la population, avec une spécificité de 98 %, quand on aura fait 100 tests, on aura 4 positifs dont 2 vrais positifs et 2 faux positifs, donc un résultat positif n'aura une valeur prédictive positive que de 50 %. Pour dire les choses simplement 50 % des positifs seront des faux positifs.

    Il sera donc important de savoir dans quel but le patient fait le test, s'il a eu ou pas un tableau évocateur, et dans le cas opposé d'être capable de lui expliquer, qu'en dépit de son résultat positif, il n'est pas forcément immunisé.
    Ce n'est pas parce qu'on a les clés d'une voiture qu'il est possible de rouler sans permis.

    J Sartre

  • Intervention nécessaire du biologiste et du médecin

    Le 30 mai 2020

    On peut être officinal et penser que les biologistes ont raison.
    Délivrer un test ou le faire à l'officine engage notre responsabilité ; les connaissances encore bien incomplètes sur ce virus et l'immunité liée me semble nécessiter l'intervention du biologiste et du médecin.

    Prenons du recul et attendons du matériel à la fiabilité irréprochable.

    Marie-Odile Marchal (pharmacien)

  • Je ne m'y hasarderais pas

    Le 31 mai 2020

    Les biologistes ont parfaitement raison ! Car leur crainte est fondée.
    A ce stade des connaissances, prendre la responsabilité pour un officinal non rompu aux exigences strictes de la sérologie, constitue un risque pour les clients en attente de vraies compétences...et si j'étais officinal, je ne me hasarderais pas à le prendre !

    ACR (pharmacien)

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