Sport sans ordonnance

Paris, le lundi 5 mai 2014 – Plusieurs instances se sont intéressées ces dernières années à l’opportunité de promouvoir la prescription d’activité physique et sportive (APS). A l’heure de l’explosion des maladies chroniques, favorisées ou tout au moins aggravées par la sédentarité, de nombreux observateurs considèrent en effet que face à l’efficacité toute relative des incitations, l’ordonnance pourrait s’avérer un moyen plus pertinent. D’ailleurs, on le sait, des expériences sont actuellement menées, notamment à Strasbourg. Les spécialistes estiment que cette prescription d’APS est un enjeu de santé publique, mais également une promesse d’économies pour les comptes de l’Etat. Au printemps 2012, l’IMPAS, société affiliée à la Mutualité française dédiée à la pratique du « sport santé » estimait en effet que l’Assurance maladie pourrait économiser 56,2 milliards d’euros par an si elle finançait à hauteur de 150 euros par an une APS adaptée à 10 % des patients relevant du système ALD.

Coach sportif en officine

L’économie pourrait être plus importante encore si comme il existe des médicaments sans ordonnance, les patients adoptaient le sport sans ordonnance. Comme pour les premiers, il serait guidé vers cette APS sans prescription par leur pharmacien ! Depuis quelques années, ces derniers s’impliquent en effet de plus en plus largement dans l’accompagnement des personnes atteintes de maladies chroniques, afin qu’elles prennent conscience de l’influence de leurs modes de vie sur leur santé. C’est ainsi notamment qu’un nombre croissant de pharmacies offre des conseils diététiques à leurs patients. Demain, ils pourraient devenir des « coach sportifs ».

1 100 patients suivis pendant un an

L’idée a émergé au sein du programme national nutrition santé (PNNS) : faire des pharmaciens les premiers interlocuteurs des personnes atteintes de maladies chroniques en ce qui concerne la pratique d’une APS. Aussi, une étude a-t-elle été lancée au début de l’année sous l’égide de la Société française de médecine de l’exercice et du sport (SFMES). Pharmaps se déroule dans onze officines réparties dans toute la France. En pratique, les pharmaciens participant proposent à leurs patients traités pour une maladie chronique d’intégrer l’étude. S’ils y sont favorables, ils leur remettent alors un kit composé d’un carnet d’information et de suivi, d’un podomètre et d’un guide listant l’offre locale d’activités physiques et sportives (un dispositif mis en place par l’IMAPS). Par ailleurs, les patients sont invités à « rendre compte » régulièrement de leurs efforts auprès de leur pharmacien, à l’occasion de plusieurs entretiens et rendez-vous et ce pendant une période d’un an. Au total, 1 100 personnes doivent être inclues.

La santé sans ordonnance, à quel prix ?

Le premier objectif de cette étude est de mesurer « l’efficacité de l’implication des pharmaciens d’officine dans la promotion de l’acticité physique et sportive chez leurs clients connus, porteurs d’ordonnance pour pathologies chroniques, en vue de modifier leur comportement sur le long terme » expliquent les promoteurs de l’étude. Plus spécifiquement, pour juger de l’impact de l’intervention des pharmaciens, il faudrait pouvoir obtenir une augmentation de 20 % de la pratique d’APS, une diminution de la sédentarité de 10 % et une amélioration de la qualité de vie. Quelques mois après le lancement de l’expérimentation, les retours des patients, mais aussi des pharmaciens, sont positifs. Ces derniers voient en effet dans ce type de projet l’occasion de démontrer à quel point leur proximité et leur accessibilité peuvent être des atouts dans la mise en place de tels programmes d’éducation thérapeutique. Cependant, si le dispositif était généralisé, se poserait peut-être la question de la rémunération (sur objectifs ?) des pharmaciens. A suivre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • APS

    Le 11 mai 2014

    Les kinésithérapeutes sont les professionnels compétents et formés pour ce type d'activité.

    Marthe Bernard

  • Professionnels formés au sein des unités de formation des APS

    Le 11 mai 2014

    Pour réagir au commentaire précédent qui voit encore les MK comme les professionnels compétents n'importe où, je dirais que ce sont les professionnels formés au sein des unités de formation et de recherches aux sciences et techniques des Activités Physiques et Sportives et non les professionnels formés au sein des IFMK...
    Une petite question quand même :
    c'est parce qu'on est formé qu'on est compétent ?
    De ce fait, car il y a complémentarité, les masseurs kinés, les enseignants en activités physiques adaptées, les médecins, les pharmaciens, les "coach sportifs" sont nécessaires pour faire bouger les gens. Ouverture et complémentarité s'il vous plait.

    Mathieu Vergnault

  • Prendre en compte le vieillissement de la population

    Le 11 mai 2014

    Je suis d'accord en ce qui concerne les kinés mais ils sont déja assez occupés. En ce qui concerne l'explosion des maladies chroniques il faudrait aussi prendre en compte le vieillissement de la population. L'activité physique n'est bénéfique que si elle est adaptée à l'age et à l'état de santé et au porte monnaie.

    Dr Yvonne Cadoret

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