Toucher vaginal : les médecins et les internes se sentent « salis »

Lyon, le vendredi 6 février 2015 – Sans surprise, les réactions et commentaires ont été nombreux après l’évocation par le site metronews de documents présents sur le site de la faculté Lyon Sud (et depuis retirés) suggérant que l’apprentissage du toucher vaginal par les étudiants en médecine pouvait se faire sur des patientes endormies au bloc opératoire. Bientôt chez les journalistes présentant cette information et plus encore chez les lecteurs, des représentations non réellement directement suggérées par ces « carnets de stage » germèrent où les femmes étaient réduites à l’état de cobaye, auprès desquelles des lignées d’étudiants venaient s’exercer sans scrupules. Or, si de nombreux et divers témoignages l’attestent, des touchers vaginaux sont bien réalisés aux blocs par des médecins en formation (avec probablement dans certains cas des manquements dans l’information délivrée aux patientes sur la qualité d’étudiant de ces derniers), ils interviennent dans le cadre des soins ayant nécessité l’intervention et ne sont jamais multipliés à l’envie.

Des années de travail et d’effort remis en cause

« L’affaire » en elle-même et de telles fantasmagories ont profondément ébranlé le corps médical et les étudiants, en particulier à Lyon, dont la faculté Lyon Sud s’est prioritairement sentie visée par les attaques. Dans de nombreux échos de ces praticiens et étudiants, le même sentiment d’avoir vu leur image injustement ternie par de telles révélations était clairement exprimé. « Cela m’a révolté. J’ai passé toute ma carrière à respecter mes patientes et là, je me retrouve presque au ban de la société » a ainsi déploré, cité par 20 minutes le professeur Daniel Raudrant, ancien chef du service de gynécologie de Lyon Sud, dont le nom figure sur le fameux carnet de stage. Même réaction désolée chez Carole Jozan, interne de 28 ans dans le service du professeur François Golfier. « C’est choquant parce qu’on s’investit le mieux possible auprès de nos patientes et avec ce genre d’informations, on salit notre travail ».

Une présentation totalement déformée de la réalité

Plus encore que les médecins chevronnés, les internes ont été particulièrement sensibles à la présentation qui a été faite dans certains médias de leurs méthodes d’apprentissage de gestes essentiels. « Evidemment que des touchers vaginaux sont pratiqués avant une opération, c’est logique et cela reste toujours dans le cadre des soins. Là avec cette polémique, on imagine que des touchers vaginaux se font à la chaîne, par des gens étrangers à l’opération, dans le seul but de pratiquer. C’est complètement faux, je n’ai jamais vu cela ni à Lyon-Sud, ni lorsque j’étais à Paris » martèle ainsi Carole Jozan, citée par Lyon Capitale.

Un consentement expresse pour chaque acte est-il nécessaire ?

Pourtant, en dépit de ces dénégations sincères et de ces regrets quant à la façon dont l’affaire a été portée par les médias, un malaise demeure sur la question de l’information réelle donnée aux patientes. Savent-elles toujours que des étudiants seront présents lors de l’intervention et qu’ils pourront réaliser différents examens ? Pour François Golfier, cela ne fait aucun doute. « Lors d’un bloc, les étudiants participent aux soins des patients et interviennent sur la sphère génitale et mammaire, puisque dans ce service, ces actes sont notre quotidien. Mais les patientes sont informées qu’il s’agit d’un externe et peuvent refuser » assure-t-il dans les colonnes de 20 minutes. Pourtant, les déclarations des internes et d’autres spécialistes confortent le doute, tout en mettant en évidence les limites d’une « transparence » totale. « Si pour chaque détail, on doit faire signer un papier à tous les patients, on ne s’en sortira jamais » déclare Carole Jozan. De son côté, Bernard Hédon, le président du Centre national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) qui s’est exprimé sur le site de l’Obs sur cette affaire observe : « Une patiente signe énormément de choses avant une intervention chirurgicale, elle reçoit beaucoup d’informations de la part de son médecin. Mais il n’est pas dit explicitement qu’elle va de nouveau subir un toucher vaginal juste avant l’intervention. Lorsqu’un chirurgien palpe un testicule avant d’extraire une tumeur, l’interne le touche aussi. Est-il vraiment nécessaire de préciser à la patiente qu’elle va subir un toucher vaginal et que cet examen pourra également être pratiqué par un étudiant » s’interroge-t-il.

Derrière ces remarques, les praticiens semblent évoquer les limites et les conséquences d’une philosophie qui imposerait une « transparence » totale, un « consentement » systématisé sur le bon déroulement des soins. Ils estiment par ailleurs qu’une telle logique pourrait constituer une entrave dans la relation de confiance qui doit nécessairement se nouer avec les patients.

Des positions qui sans doute, au-delà de certaines présentations outrancières et mensongères, continueront d’alimenter le débat.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (15)

  • Complot ?

    Le 06 février 2015

    Je pense qu'on est en train d'assister à une grande campagne de dénigrement des médecins qu'ils soient encore des étudiants ,des internes ou des diplômés.
    Probablement d'origine politique pour opposer les malades aux médecins pour pouvoir mieux imposer une loi. Pour détruire la fameuse relation médecin/malade qui ne permet pas d'évaluer, de quantifier et de budgétiser et qui ne rentre encore dans aucun protocole.
    La déshumanisation de la médecine est en place.

    DrPH

  • En pratique...

    Le 06 février 2015

    ...il est rare qu'une patiente refuse qu'un étudiant fasse un toucher vaginal si la demande est faite par le "senior" avec les formes qu'il se doit.

    Dr Pascal Pozzi

  • Cris d'orfraie

    Le 06 février 2015

    Je ne vois vraiment pas en quoi il est choquant de profiter d'une anesthésie pour faire un examen désagréable, humiliant et surtout éventuellement douloureux (kystes ovariens tordus, endométriose, grossesse extra-utérine) à une femme pour laquelle une intervention est déjà décidée (parfois l'anesthésie générale n'est indiquée que pour faire l'examen).
    Ceux qui s'en offusquent sont, soit des pudibonds, soit des féministes d'un autre âge, soit des partisans de la suppression de l'examen clinique au profit de l'imagerie à tous crins, qui, outre son coût, est très déshumanisante (et parfois irradiante).
    Une chose est de pousser des cris d'orfraie, une autre de réfléchir, voire de raisonner.
    JF Warlin

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