Un drame incite à renforcer la protection des professionnels de santé réalisant des signalements

Paris, le mardi 22 septembre 2020 - Le 26 août dernier, une jeune psychologue âgée de 33 ans, Morgane Nauwelaers est abattue d’un coup de fusil de chasse dans son cabinet. L’auteur des faits, qui sera rapidement interpellé et qui reconnaitra les faits, est un homme de 75 ans qui aurait dû être visé par un signalement pour des faits de « nature sexuelle sur mineure de moins de 15 ans dans le cadre familial » que s’apprêtait à établir la praticienne.

Des situations à risque

La disparition de la professionnelle a soulevé une importante vague d’émotion dans le quartier d’Annecy où elle exerçait et où ses patients ont été nombreux à lui rendre hommage. Ce jeudi, une marche blanche est organisée en sa mémoire, à laquelle participera le Syndicat national des psychologues.

Au-delà du souvenir de Morgane Nauwelaers qui laisse un enfant de 18 mois, le syndicat veut rappeler la nécessité de renforcer la protection des professionnels de santé réalisant des signalements. Si des faits d’une telle gravité sont heureusement extrêmement rares, la violence est cependant régulièrement constatée autour de ces procédures, dans lesquelles les praticiens s’engagent souvent avec une certaine réserve et en tout cas avec prudence. « C'est toujours un contexte délicat lorsqu'il s'agit de faits d'agressions sexuelles, d'inceste. On vient toucher à des secrets familiaux et la violence est donc potentiellement présente. Cela se traduit parfois par des altercations verbales très vives avec les personnes concernées, parfois par des dégradations dans les cabinets des psychologues », détaillait dans les colonnes du Parisien, Patrick-Ange Raoult, membre du syndicat national des psychologues, exerçant à Chambéry.

Renforcer la protection pour inciter à agir

Sans doute, la procédure ne permet pas toujours de parfaitement garantir l’anonymat des professionnels. « Il faudrait un système discret, pouvoir prévenir les associations, plutôt que la police », note interrogé dans le Monde, le patron du Syndicat des médecins libéraux, Philippe Vermesch. Ce dernier note par ailleurs, que les difficultés s’observent également dans le cas des violences conjugales (qui depuis très récemment peuvent être signalées par le médecin sans l’accord de la victime), où les auteurs présumés des faits sont loin d’être toujours systématiquement incarcérés. Il n’est pas impossible que de meilleures garanties de protection permettraient de favoriser les signalements, dont aujourd’hui (selon la Haute autorité de santé et l’Ordre des médecins) seuls 2 à 5 % émaneraient du corps médical, alors que beaucoup considèrent qu’ils sont des témoins privilégiés des maltraitances subies par les plus jeunes.

A.H.

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Vos réactions (2)

  • Protéger ?

    Le 22 septembre 2020

    Ayant signalé aux services sociaux mes présomptions de défaut de soins chez une enfant, j'ai vu débarquer dans mon cabinet les grands parents furieux, "l'assistante sociale est venue enquêter chez notre fille en prétextants car vous avez fait un signalement ...".

    Je comprend ce courroux qui pourrait être évité avec un peu de courage... expérience rare heureusement.

    Dr GT

  • Dénoncer des violences sur mineur revient à se mettre en danger

    Le 23 septembre 2020

    Lorsqu'un médecin établit une information préoccupante, l'auteur de l'agression est aussitôt informé: "le Dr ... dit que...".

    Dans ces conditions, je me suis déjà retrouvé face à des menaces ou insultes après dénonciations de violences familiales ou incestes, sans parler d'une inquiétude latente en sortant tard le soir du cabinet.

    Aujourd'hui, dénoncer des violences sur mineur revient à se mettre en danger, ce qui explique la frilosité de certains.
    Il faut changer la loi: enquêter d'abord et ne révéler l'auteur du signalement que si les faits sont avérés et à partir du moment où la justice intervient.

    Dr JJP

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