Un risque d’AVC majoré de 50 % en cas de rétinopathie diabétique

La rétinopathie est l’une des complications dégénératives les plus fréquentes et les plus préoccupantes du diabète. Elle témoigne d’une atteinte de la microcirculation rétinienne et, à ce titre, s’inscrit dans le cadre de la microangiopathie. A cette dernière s’associe le retentissement du diabète sur les artères autrement dit la macroangiopathie. Les liens entre l’une et l’autre ont longtemps été sous-estimés, mais il semble désormais acquis que la macroangiopathie est une comorbidité volontiers consubstantielle à la rétinopathie diabétique, même si leurs mécanismes pathogéniques diffèrent quelque peu.

L’étude de cohorte prospective ACCORD (Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes) Eye study l’illustre bien au travers d’une analyse secondaire de ses données.

Celles-ci concernent 2 828 patients atteints d’un diabète de type 2 initialement inclus dans un essai randomisé visant à évaluer la stratégie la plus adaptée au traitement de la rétinopathie diabétique. Cet essai a permis de constituer une cohorte suivie à long terme afin d’établir des associations entre maladie cardiovasculaire et rétinopathie.

L’AVC est l’une des cibles privilégiées de l’étude. Le risque d’AVC en fonction de l’état de la rétine a été évalué au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox sous la forme d’un hazard ratio (HR) ajusté et de son intervalle de confiance (IC) à 95 %.

Pas d’influence apparente des stratégies thérapeutiques mises en œuvre

Au cours d’un suivi moyen de 5,4±1,8 années ont été dénombrés 117 AVC (4,1 % de la cohorte). A l’état basal, il existait une rétinopathie diabétique chez 874 participants (30,9 %) : une éventualité qui s’est avérée significativement plus fréquente en cas d’AVC, soit 41,0 % versus 30,5 % en l’absence de cette complication (p = 0,016). De fait, l’analyse multivariée selon la méthode de Cox a confirmé que la rétinopathie diabétique était associée à une augmentation du risque d’AVC, ceci indépendamment des autres facteurs de risque, le HR ajusté correspondant étant en effet de 1,52 [IC 95%, 1,05-2,20] ; p = 0,026). Cette association n’a en rien été affectée par la stratégie thérapeutique mise en œuvre dans le cadre de l’essai randomisé qui a été le précurseur de cette étude d’observation et cela vaut pour les interventions visant le contrôle de la glycémie, des paramètres lipidiques ou encore de la pression artérielle.

Cette étude de cohorte prospective fait donc apparaître une association significative entre la rétinopathie diabétique et le risque d’AVC au cours du diabète de type 2, indépendamment des autres facteurs de risque. Il semble que l’atteinte microcirculatoire inhérente à cette rétinopathie puisse impliquer la circulation cérébrale selon des mécanismes qui restent à déterminer. La glycémie, le bilan lipidique pas plus que la pression artérielle n’entreraient en ligne de compte, si l’on en juge d’après les résultats des interventions visant à leur contrôle, ce qui reste tout de même à confirmer.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Wong K-H et coll.: Diabetic Retinopathy and Risk of Stroke: A Secondary Analysis of the ACCORD Eye Study. Stroke. 2020; 51(12):3733-3736. doi: 10.1161/STROKEAHA.120.030350.

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Vos réactions (1)

  • AVC et RD

    Le 02 mars 2021

    Incroyable que ni la glycémie, ni le bilan lipidique, ni la pression artérielle n’entrent en ligne de compte !

    Dr Dominique Megraoua

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