Un verre, ça va… mais en mangeant, et pas tous les jours !

Il faudrait être sourd et aveugle pour ignorer que l’alcool est une cause établie de cirrhose. Ce que l’on connaît moins toutefois c’est l’influence du mode de consommation. Le risque pourrait en effet ne pas être le même si l’alcool est toujours consommé pendant les repas. La fréquence de consommation et le type d’alcool ont-ils une influence sur le risque de cirrhose ? Autant de questions qui ne sont pas encore complètement résolues.

La Million Women Study est une source inépuisable de données de santé. Il s’agit d’une étude prospective qui a inclus, de 1996 à 2001, 1,3 million de femmes aux États-Unis (1 habitante sur 4 nées entre 1935 et 1950). En 2001, ces participantes ont rempli un questionnaire évaluant leur consommation d’alcool en précisant leurs habitudes (alcool pendant les repas ou en dehors, nombre de verres par semaine). Un autre questionnaire leur a été envoyé en 2010.

Dés dégâts même avec une consommation modérée

Au cours du suivi, de 15 ans en moyenne, sur 401 806 femmes sans antécédent de cirrhose ni d’hépatite rapportant boire au moins 1 boisson alcoolisée par semaine, 1 560 ont été hospitalisées pour une cirrhose (n = 1 518) ou sont décédées de cirrhose (n = 42). Sans trop de surprise, l’incidence de celle-ci augmente avec la consommation d’alcool. Ainsi, à partir de 15 unités par semaine (220 g d’alcool), le risque est plus de 3 fois supérieur à celui encouru avec 1 à 2 unités (environ 30 g) (risque relatif RR 3,43 ; intervalle de confiance à 95 % IC 2,87 à 4,10).

Toutefois, pour une même quantité d’alcool consommée, l’excès de risque de cirrhose est inférieur d’un tiers environ si l’alcool est habituellement consommé pendant les repas (RR 0,69 ; IC 0,62 à 0,77). A quantité hebdomadaire égale, l’excès de risque est supérieur d’environ 2 tiers chez les femmes qui consomment quotidiennement de l’alcool, par rapport à celles qui le font occasionnellement (RR 1,61). Il est doublé si, à quantité égale, l’alcool est consommé quotidiennement et plutôt en dehors des repas.

Plus de la moitié des participantes indiquent boire plusieurs types d’alcool et un tiers ne boit que du vin. Il n’existe en ce cas que peu de différence dans le risque de cirrhose. Pour la minorité qui ne boit que des alcools forts, de la bière ou du cidre, leurs caractéristiques personnelles et leurs habitudes diffèrent trop de celles qui ne boivent que du vin ou plusieurs types de boissons alcoolisées, ce qui limite la possibilité de comparaison.
 
Les auteurs mettent en garde contre cette élévation du risque de cirrhose, survenant pour ce qu’ils estiment être un « niveau de consommation modéré » chez les femmes, dans ces tranches d’âge.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Simpson RF et coll. : Alcohol drinking patterns and liver cirrhosis risk: analysis of the prospective UK Million Women Study. Lancet, 2018 ; publication avancée en ligne le 21 novembre. doi: 10.1016/S2468-2667

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Vos réactions (1)

  • Une demande à Mr JIM

    Le 06 décembre 2018

    Par chance, nous vivons en Europe où le vin et la bière sont des plaisirs. Le fameux régime crétois comporte (ait ?) du vin et il diminue la fréquence des maladies cardio-vasculaires comme l'a montré l'étude de Lyon. La dernière étude européenne indiscutable a montré qu'un groupe d'Italiens ne suivant pas de régime méditerranéen avaient moins de maladies cardio-vasculaire qu'un groupe comparable que ne buvaient pas de vin. Les recherches de l'université de Bordeaux ont découvert ce qui fait l'intérêt du vin rouge, à savoir le resvératrol. Sil vous plait, Mr JIM, abstenez-vous de publier des articles américains portant sur l'alimentation…


    Dr Guy Roche, ancien interniste et amateur de vin - Un verre le soir à 83 berges...

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