Une utilisation du baclofène dans des troubles du comportement alimentaire inquiète l’ANSM

Paris, le lundi 5 janvier 2015 – Depuis mars 2014, le baclofène longtemps prescrit hors AMM par une proportion assez importante de médecins prenant en charge des patients alcoolo-dépendants a enfin obtenu une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Les autorités de tutelle ont ainsi accepté de reconnaître un fait confirmé depuis plusieurs années par de nombreux spécialistes : dans un domaine marqué par une grande difficulté de prise en charge des patients et par la rareté des stratégies thérapeutiques efficaces, sans être un remède miracle, le baclofène s’imposait comme un atout indéniable.

Le hors AMM contrôlé de très près

Cette « RTU » n’a cependant pas mis un coup d’arrêt total à l’utilisation « hors AMM » du baclofène. Outre les cas où le traitement est prescrit à des malades alcoolo-dépendants en dehors des conditions très strictes de la RTU, ces derniers mois ont été marqués par une augmentation des utilisations chez des patients souffrant de graves troubles des comportements alimentaires (du type boulimie hyperphagique). En ayant recours au baclofène, l’objectif est sans doute, comme avec l’alcoolo-dépendance, de freiner les comportements addictifs, qui se "retrouvent" dans certains comportements alimentaires pathologiques. Cependant, l’ANSM n’observe pas d’un très bon œil ce « nouveau détournement ». D’abord, parce que depuis l’affaire du Mediator, elle ne craint rien plus que les utilisations hors AMM. Ensuite, parce que le baclofène est un médicament associé à des effets secondaires, parfois graves, notamment lorsque les posologies prévues dans l’AMM de base ne sont pas respectées. Aussi a-t-elle publié la semaine dernière une mise en garde contre ces pratiques. « En l’absence de démonstration d’un bénéfice dans ces situations, et considérant le risque de survenue d’effets indésirables potentiellement graves associés à l’utilisation du baclofène, l’ANSM déconseille formellement l’utilisation du baclofène dans les troubles du comportement alimentaire ou dans le cadre de régimes amaigrissants, ainsi que dans toutes autres situations non couvertes par l’AMM ou la RTU ».

Des précisions nécessaires

Si les médias ont tôt fait de voir dans cette affaire un scandale potentiel transformant le baclofène en nouvelle « pilule pour maigrir », difficile, au-delà des quelques témoignages de patients glanés sur les forums, de connaître avec précision l’ampleur de cette pratique, ses modalités (quelle posologie est utilisée ?), ses indications (les troubles alimentaires du comportement sont-ils seuls concernés ?) et surtout son efficacité.

Peut-être faudra-t-il attendre un Olivier Ameisen boulimique pour en savoir plus pour faire bouger les lignes ou au contraire le témoignage d’un médecin lanceur d'alerte révélant l’ampleur d’une pratique opaque, répandue et dangereuse.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Comment pouvons nous ignorer les ... travaux de Henri Laborit ?

    Le 11 janvier 2015

    Comment pouvons nous ignorer les ... travaux de Henri Laborit ?
    Chirurgien en retraite, je suis étonné de voir que la prescription de ce médicament fasse encore l’objet de débats inutiles quand des dizaines de milliers d’alcooliques, non sevrés meurent sur les routes, dans les hôpitaux, vont en prison avec les vrais délinquants alors que ce sont des malades.
    Ils y apprendront la délinquance. Quand des jeunes en grand nombre sont dans des addictions incorrigibles jusqu’ici.
    Voyons le cas précis de la boulimie cette addiction qui provoque des obésités. Elle coûte à la SS plein d’argent avec des opérations de sleeve gastrectomie par exemple. Alors les AMM et les intérêts des firmes ne comptent pas.
    J’ai connu deux médicaments, dès leur apparition, et ceci dans les années 60. Comment ? En lisant les deux grands livres d'Henri Laborit et celui de Maria Wollemann et en traduisant en anglais le dernier livre dernier d’H.L, L’inhibition de l’action.
    Le Gamma-OH, commercialisé en 1963, mais surtout le baclofène (Lioresal) commercialisé en 1972, agissent, le second beaucoup plus que le premier (encore prescrit en Italie : Alcover), sur les comportements des rats en cage à qui il a été donné de pousser sur une pédale pour obtenir de la morphine, de la nicotine, de l’héroïne, de la cocaïne, bref dans toutes les addictions.
    Ce ne sont pas les canadiens, mais des chercheurs français qui l’ont retrouvé. Plusieurs mentionnent les cas de boulimies addictives avec des succès incontestables.
    Alors que tout médecin, qui se veut au moins indépendant, doit garder sa totale liberté de prescription ce que le code de déontologie impose d’ailleurs et une indépendance totale.
    Article 5 - Indépendance professionnelle (14/08/2009, article R.4127-5 du code de la santé publique) : « Le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme que ce soit. Cette indépendance est acquise quand chacun de ses actes professionnels est déterminé seulement par le jugement de sa conscience et les références à ses connaissances scientifiques, avec, comme seul objectif, l'intérêt du malade ».
    Dr Jean Doremieux

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