Victoire de la lame courbe pour intuber, on respire !

Drôle de sujet, nous direz-vous, alors qu’en France, la laryngoscopie directe pour l’intubation des enfants et des adultes fait appel aux lames de laryngoscopes courbes de Mac Intosh, les lames droites de Miller étant réservées aux nourrissons et à quelques situations rarissimes chez l’adulte. La lame courbe est conçue pour s'adapter à la courbure de la langue pour soulever la partie souple du palais, tandis que la lame droite est positionnée en arrière de l'épiglotte pour permettre la visualisation des cordes vocales. La littérature suggère que l'épiglotte est mieux visualisée avec la lame droite alors que l'intubation est plus facile avec la lame courbe. En Europe, les lames courbes sont considérées comme plus faciles à utiliser que les lames droites, par les médecins qui dans l’immense majorité des cas, réalisent les manœuvres de réanimation cardio-pulmonaires.

En Amérique du Nord, la plupart des opérateurs apprennent traditionnellement à utiliser les deux types de lames, puis se tournent vers l'une ou l'autre en raison de préférences personnelles ou institutionnelles. Toujours en Amérique du nord, dans le contexte extra-hospitalier, les intubations sont réalisées par les « ambulanciers paramédicaux ». Or, une méta-analyse a révélé que le taux d'échec des non médecins était de 15 %, alors que le taux d'échec des médecins était de seulement 10 %. Parmi les explications possibles de cette disparité, l’étude mentionne les différences dans la formation initiale, les moindres possibilités d'effectuer une intubation et le non accès aux curares. Comme il n’existe aucune étude pré-hospitalière sur le succès de l'intubation selon le type de lame, c’est donc fort logiquement que des auteurs Nord-Américains ont comparé les taux de réussite de la première tentative d’intubation avec des lames courbes ou droite, en analysant rétrospectivement 2 299 dossiers de patients, au cours de 9 années d’activité (2007 – 2016).

La courbe tient la corde

Au total 1 865 patients ont eu une première tentative d’intubation avec une lame courbe, 367 avec une lame droite et 67 avec les deux. Le succès de la première tentative a été de 86 % avec une lame courbe et de 73 % avec une lame droite, soit une différence de 13 % (intervalle de confiance à 95 % IC 95 % : 9-17). Les deux groupes de patients étaient comparables en terme d’âge, de poids et de genre. Lame courbe : âge moyen 69,1 (19,2) ans ; poids 83,8 (28,6) kg ; 52,8 % d’hommes. Lame droite : âge moyen 68,7 (20,3) ans ; poids 84,3 (28,9) kg ; 57,4 % d’hommes. Le succès global a été de 96 % avec une lame courbe et de 81 % avec une lame droite, soit une différence de 15 % (IC 95 % : 12-18). Il y a eu en moyenne 1,11 tentative d'intubation par patient avec une lame courbe et 1,13 tentative par patient avec une lame droite (différence de 2 %, IC 95 % : -3-7).

Il n’est jamais trop tard pour bien… intuber

Cette étude montre que les taux de réussite de la première tentative et de l'intubation globale par les ambulanciers paramédicaux sont plus élevés aves les lames courbes.  Une des limites de l'étude est que, bien que tous les ambulanciers paramédicaux aient la même certification nationale, il pourrait y avoir des compétences et une expérience personnelles différentes. Et les auteurs de rejoindre nos habitudes européennes en concluant qu’il pourrait être avantageux pour les programmes de formation des ambulanciers paramédicaux de les initier le plus tôt possible à la lame courbe.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Alter SM, Haim ED, Sullivan AH, Clayton LM : Intubation of prehospital patients with curved laryngoscope blade is more successful than with straight blade. Am J Emerg Med. 2018 Oct;36(10):1807-1809. doi: 10.1016/j.ajem.2018.01.100.

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Vos réactions (1)

  • Comparaison biaisée

    Le 23 octobre 2018

    La comparaison entre le taux de réussite des médecins à l'hôpital et des paramedic sur le terrain n'est pas viable, les conditions d'intervention sont évidemment très différentes.

    Julien Metais

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