Voyager… sans chloroquine ni artémisia

Paris, le mardi 2 juin 2020 - Avec le déconfinement et la réouverture progressive des frontières, les centres de conseils aux voyageurs et de vaccinations internationales voient leur activité redémarrer. Lentement, certes -les impatients de partir ne sont pas légion- mais sûrement, avec la reprise des activités professionnelles même s’il est probable que l’on bougera moins avec le développement du télétravail et la prise de conscience écologique… Ça tombe bien : fidèle à son planning annuel, le HCSP vient de publier ses « Recommandations sanitaires pour les voyageurs 2020 »*.

Bien plus pratique

N’y cherchons pas d’information sur la pandémie actuelle dont la fulgurance n’a pas laissé aux auteurs le temps d’intégrer ce nouveau risque - qu’auraient-ils pu écrire qui ne risquerait pas d’être obsolète en quelques mois, semaines ou même jours ? Mais il y avait assez de quoi dire avec tout le reste : voyager reste (ou sera plus que jamais) un acte non anodin qu’il vaut mieux préparer par une consultation, et souvent au moins une vaccination recommandée (hépatite A) ou obligatoire (fièvre jaune).

En 2019, les lecteurs de la revue ont été sollicités par une enquête pour améliorer le document. Ainsi, malgré un nombre de pages encore en augmentation (91 pages pour 83 l’an dernier), on s’y retrouve mieux grâce à un sommaire détaillé et surtout interactif, qui fait tout l’avantage du document téléchargé : d’un seul clic on peut rejoindre le chapitre de notre choix.

Parmi les nouveautés appréciables, un encadré spécifique de plusieurs pages concerne les femmes enceintes ou allaitantes, évitant d’aller chercher l’information dans chaque chapitre.

Vous avez dit chloroquine ?

Côté vaccination, peu de changement. Dans le tableau qui concerne la vaccination antiamarile, les recommandations par zones dans les pays où elle n’est pas obligatoire (malgré l’endémie, en Amérique du sud notamment) sont bien détaillées. On appréciera aussi la planisphère sur la présence de rage canine ou humaine.

Enfin, avec 15% de formes graves à l’origine de 10 décès sur les 2830 cas d’importation déclarés en 2019, le paludisme reste un risque, majeur en Afrique subsaharienne. « Le non-respect des recommandations de prévention est à l’origine de la plupart des cas », d’où la mise en garde contre l’utilisation de la tisane d’artemisia, réelle perte de chances par rapport aux dérivés d’artemisine, certes synthétiques, mais qui ont fait leur preuve. Cette même plante est actuellement vantée par certains contre la COVID-19. Et si l’on parle ici de chloroquine, dans ses rares indications résiduelles (certains voyages à risque en Amérique tropicale/Caraïbes), c’est surtout pour rappeler sa génotoxicité (contre-indiquée chez la femme enceinte et allaitante) et pour mettre en garde contre les intoxications accidentelles. On rappelle que tout a été écrit avant …

*BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire) hors-série 19 mai 2020

Dr Blandine Esquerre

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Vos réactions (2)

  • Stop désinformation

    Le 03 juin 2020

    Le mode d'action de l'Artemisia, annua ou afra, contre le palu, n'a absolument rien à voir avec l'artémisinine qui n'est qu'une seule des molécules que contient cette plante (et elle en contient des centaines). L'A. afra n'en contient pas du tout, et pourtant sa tisane marche aussi... Les voyageurs revenus de pays impaludés avec le palu et ayant pris de l'artemisia en préventif, dont la presse fait grand frais, n'avaient pas pris la posologie recommandée de tisane (qui est importante et la tisane n'est pas très goûteuse !). Donc on raconte partout que cela ne marche pas, mais si vous prenez 50 mg d'aspirine, je doute que vous réussissiez à faire passer votre céphalée... des milliers de patients français par jour ne prennent pas les poso recommandées de leurs traitements, ça ne fait pas la une des journaux pour autant.

    De plus, certes il n'y a pas eu d'essais randomisés (sur une plante, très difficile à mettre en œuvre car il faut du budget +++), mais il y a bien eu des études "proof of concept" dont les résultats indiquent 0% de parasitémie après une cure (et 0% de résistance à l'artémisinine). Ce qui est exceptionnel. Les chinois l'utilisent depuis 5000 ans.

    Bref : il faudrait arrêter de bâtir des montagnes de désinformation et de fake-news (oui, raconter que l'artémisinine de la plante engendre des résistances, c'est une fake news !).


    Emilie Teyssières (pharmacien)

  • Cette plante qui pousse partout ne coûte rien !

    Le 03 juin 2020

    Oser écrire que l'artémisine a fait ses preuves alors que la tisane d'artesemia n'aurait pas fait la preuve de son efficacité prouve une fois de plus de la puissance des lobbies pharmaceutiques.

    Rappelons que la tisane d'artesemia guérit la malaria à +/- 95 % et a une action protectrice de trois mois. Mais son principal problème c'est que cette plante qui pousse partout ne coûte rien !

    Pour en savoir plus, contacter Mr Pierre LYGEN : lutgenp@gms.lu qui vous fournira tous les détails et qui fait tout cela gratuitement lui …

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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