Une splénomégalie fébrile

M. TARDY

Service Pédiatrie, Centre hospitalier, Firminy

 

Une jeune fille turque de 16 ans, arrivée en France depuis 2 mois (date de son mariage), consulte aux Urgences pour des douleurs abdominales au niveau inguinal droit, associées à des leucorrhées nauséabondes, dans un contexte de fièvre évoluant depuis 15 jours.

Histoire clinique

L’interrogatoire est rendu difficile à la fois par la barrière linguistique et par une réticence de la patiente à fournir des informations médicales. Nous attribuerons par la suite cette attitude à une usurpation d’identité effectuée par ses proches pour l’introduire sur le territoire français. L’examen clinique initial trouve un état général altéré, une fièvre à 39,7 °C avec sueurs. L’examen abdominal met en évidence une sensibilité diffuse du flanc gauche associée à une douleur à l’ébranlement rénal gauche. Le toucher vaginal est sans anomalie notable, en dehors des leucorrhées. Il existe un retard de règles de 15 jours. L’examen cardio-pulmonaire, ORL, cutané, neurologique est sans particularité. Les aires ganglionnaires sont libres. Un bilan biologique est prescrit (encadré 1).

 

Encadré 1.
Biologie initiale

• NFP : – GB : 2 400/mm3 (polynucléaires neutrophiles : 1 300/mm3 [54 %]) ;  – Hémoglobine : 12,3 g/dl ; – Plaquettes : 170 000/ml
• Ionogramme sanguin : normal ; • ALAT : 63 UI/l ; • CRP : 53 mg/l ; • βHCG : négatives


La patiente est hospitalisée pour mise en route d’un traitement par rocéphine dans l’hypothèse d’une pyélonéphrite aiguë. L’évolution dans le service est marquée par la persistance de douleurs abdominales diffuses (fosse iliaque droite, hypochondre gauche), de l’état fébrile avec sueurs profuses et l’apparition d’un ictère. La consultation auprès du gynécologue, avec réalisation d’une échographie endo-vaginale, permet d’éliminer une infection génitale haute (salpingite, endométrite) ; le prélèvement vaginal montre une mycose banale (recherches de mycoplasme et des chlamydia négatives). L’échographie abdominale ne montre pas d’anomalie des voies urinaires, mais une splénomégalie mesurée à 18 cm, qui n’avait pas été perçue cliniquement en premier lieu car de consistance « molle ».

Il est décidé d’élargir le bilan biologique.

Les résultats du bilan biologique complémentaire sont résumés dans l’encadré suivant.

Encadré 2.  Examens complémentaires

Bilan biologique standard :  • NFP : – GB : 2 500/mm3 ; – Hémoglobine et plaquettes : normales
• Tests hépatopancréatiques : – γGT : 144 UI/l ; – ASAT : 307 UI/l ; – ALAT : 165 UI/l ; – Lipase : 177 UI/l
• VS : 15 mm/h
• CRP : 50,5 mg/l
• Coagulation et ionogramme sanguin : normaux
• Virologie
• Sérologie HIV, hépatites A et C négatives
• Sérologie EBV et CMV en faveur d’une infection ancienne
• Sérologie hépatite B : – Antigène HBs : négatif ; – Anticorps anti-HBc : positif ; – Anticorps anti-HBs positif : 542 UI/l
• Parasitologie : – Recherche de paludisme : négative (frottis sanguin + antigènes)
• Bactériologie : – ECBU : stérile ; – Sérologie Gonocoque, Leishmaniose, Chlamydia : négatives
– IDR à la tuberculine : négative
– Séro-agglutination de Wright : fortement positive ++++
– Deux hémocultures positives pour Brucella melitensis


Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, octobre 2009

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