TROUBLES DES CONDUITES ALIMENTAIRES AVEC PHOBIES SOCIALES ET INHIBITION DEPRESSIVE CHEZ UNE ADOLESCENTE

Françoise est admise une première fois en consultation par un psychiatre en 1988 à la demande de son médecin généraliste. Elle a 21 ans et est étudiante en faculté de sciences. Elle présente, dans un contexte dépressif, un syndrome boulimique.

Les troubles de la sphère oro-alimentaire ont commencé à 18 ans lorsqu'elle était en terminale, seule fille dans une classe de garçons. Anorexique, elle a alors perdu 20 à 25 kgs et était très anxieuse pour le baccalauréat, qu'elle a finalement obtenu. Elle n'a pas été admise en IUT en raison de sa chute pondérale.

Elle est triste, dit ne s'intéresser à rien, paraît assez perdue. Elle est incapable de formuler un projet pour l'avenir.

Elle apparaît au médecin comme très grande, très grosse, très masculine au point que le praticien a cru initialement être en présence d'un garçon. Elle rougit facilement, souffrant d'une timidité spectaculaire. La verbalisation est très pauvre. L'entretien est vécu de façon projective et persécutoire.

Françoise a deux sœurs jumelles avec lesquelles elle ne communique pas davantage qu'avec le reste de la famille. La mère évoque l'isolement de sa fille et perçoit le caractère compensateur de ses conduites boulimiques. Elle dépeint le père comme impulsif, coléreux et tentant au maximum d'éviter de parler des conflits familiaux, notamment entre Françoise et ses sœurs. Enfin, sa fille est décrite comme un garçon manqué. A partir de 4 ans, elle a refusé, avec des colères violentes, d'adopter le moindre vêtement féminin. Même pour sa première communion, elle a exigé de porter un pantalon.

Françoise fera l'objet d'une courte hospitalisation pour un bilan, essentiellement consacré à l'anamnèse. Pendant 7 ans, elle sera suivie par un psychothérapeute en ville.

Elle sera revue dans le cadre d'une consultation hospitalière en 1995 et, depuis, suivie régulièrement. La présentation est inchangée, avec une allure très masculine. Elle dit d'emblée ne plus savoir se situer entre «il ou elle». Elle déclare ne pas supporter certaines parties du corps classées «elle», avoir parfois envie de se raser. Prendre une douche et voir son corps est pénible : elle s'y soumet par hygiène. Elle parle du «cauchemar menstruel». «S'habiller et se déshabiller, c'est compliqué». Ce n'est que récemment, précise-t-elle, qu'elle a pu parler de son problème avec son corps. Elle n'avait jamais pu l'évoquer pendant l'année qu'elle avait passée dans un centre psychothérapique. Elle insiste sur le fait qu'elle n'accepte pas sa féminité. Elle ajoute qu'elle ne supporterait sans doute pas autre chose, qu'elle n'est rien ! Elle n'a pas trouvé de travail, sa problèmatique jouant sans doute un rôle dans cet échec car elle a un bon niveau (DESS de chimie). Elle dit n'avoir aucune communication avec ses parents qui se montrent même, semble-t-il, assez hostiles. Le terme d'homosexualité a été prononcé une fois en famille.

Les inhibitions sociales persistent mais sont moindres, notamment depuis qu'elle fréquente un groupe amical préoccupé par les problèmes d'identité sexuelle et qui lui a permis de recueillir nombre d'informations, en particulier sur les traitements hormonaux, les interventions chirurgicales etc.

Un bilan psychologique pratiqué en 1996 confirme les principaux éléments cliniques évoqués. Le Rorschach suscite chez elle beaucoup de commentaires marquant l'inquiétude, le doute, la perplexité. Elle éprouve des difficultés à parvenir à une vision précise : «ça n'a rien de précis, il n'y a pas de formes, il y a des personnages mais je ne les vois pas bien... Ies contenus sont parfois flous». On note sa difficulté à s'identifier à des êtres humains. De manière générale, on constate le manque d'assurance vis-à-vis d'elle-même et du monde environnant. Au TAT, l'accent est porté sur les limites, les contours.

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