Le vieillissement cutané : de la physiopathologie à la clinique

M. KOURDA,

Hôpital Razi, La Manouba, Tunisie

Le vieillissement cutané (VC) comprend :

– le VC intrinsèque (VI) ou chronologique génétiquement programmé,
– le VC extrinsèque (VE) dû aux UV, particulièrement les UVA (photo-vieillissement ou hélio dermie), au tabac et aux polluants atmosphériques. Nous passerons en revue le VI et le photo-vieillissement car, dans ce dernier, les effets des UV sont fondamentaux dans la genèse du VC, alors que les autres facteurs extrinsèques
– tabac et polluants atmosphériques
– intensifient les effets des UV.

Par ailleurs, les facteurs hormonaux, dont la ménopause, entraînant une diminution des estrogènes et de la progestérone avec une augmentation relative des androgènes, accentue le VC.

Modifications histologiques et conséquences cliniques et fonctionnelles

Au cours du vieillissement intrinsèque, ces modifications sont résumées dans le tableau 1 et lors du photo-vieillissement dans le tableau 2. Les modifications histologiques (figure 1) et les conséquences cliniques et fonctionnelles du VI et du photo-vieillissement sont différentes, mais les signes cliniques sont très proches, voire indiscernables. Le photo-vieillissement potentialise et intensifie le VI. Cependant, ce sont les parties découvertes super exposées aux UV qui sont atteintes au cours du photo-vieillissement, alors que le VI touche tout le revêtement cutané.

Aspects cliniques du vieillissement

Ces aspects cliniques sont la conséquence des altérations dermo-épidermiques, annexielles, vasculaires et pigmentaires.

Le VC varie d’un sujet à un autre selon des facteurs génétiques, mais aussi selon l’âge, le phototype, l’intensité d’exposition au soleil et le type de photo-protection externe. Au visage, le photo-vieillissement ou l’héliodermie peut représenter jusqu’à 90 % du VC chez les sujets à phototype clair qui ont été longtemps et intensément exposés au soleil.

Les signes cliniques du VC sont nombreux et varient selon le type d’altérations cutanées (tableau 3). Nous passerons en revue les principaux signes cutanés du VC, nous n’aborderons pas les tumeurs malignes bien qu’elles soient fréquentes, favorisées par l’âge avancé et par l’exposition intense au soleil. En effet, il n’y a pas toujours de parallélisme entre le degré de VC et l’apparition de cancers cutanés.

Rides On distingue différents types de rides qui sont dues à la perte de l’élasticité et au relâchement de la peau :

– rides fines précoces et peu profondes ; elles sont encore appelées ridules et sont dues à des modifications dermo-épidermiques ;
– rides d’expression ; elles correspondent à l’accentuation permanente des plis d’expression et des sillons normaux du visage. Elles sont plus marquées dans les régions péri-orificielles, inter-sourcilière (rides glabellaires), péri-oculaires (rides de la patte d’oie) et au front (figures 2 et 3);
– rides du sommeil dues à un appui nocturne prolongé où les rides sont perpendiculaires aux rides dynamiques, initialement réversibles et généralement unilatérales ;
– les plis d’affaissement sont plus tardifs et secondaires au relâchement cutanéo-musculaire et graisseux.

La classification de Glocau distingue 4 types de sévérité croissante :

– Type I : absence de rides.
– Type II : rides en mouvement, pas de rides au repos.
– Type III : rides au repos.
– Type IV : peau totalement couverte de rides.

Xérose cutanée

Elle est due à la déshydratation cutanée et peut être responsable de prurit souvent invalidant.

Peau citréine de Milian (figure 4)

Au visage, la peau est jaune citréine, due à l’élastose ; elle est rugueuse, épaisse ou parfois atrophique. Elle est parcourue par de profonds sillons avec dilatation des orifices folliculaires.

Lentigos actiniques (figure 5)

Ce sont des macules brunes, plus rarement noires, arrondies ou ovalaires de 1 mm à plusieurs cm de diamètre ; elles sont localisées aux dos des mains et parfois plus étendues aux parties découvertes. Les lentigos actiniques peuvent être difficiles à distinguer des kératoses actiniques et des kératoses séborrhéiques.

Kératoses séborrhéiques (figure 6)

Elles réalisent des lésions jaune grisâtre ou brunes ou noires, bien limitées, de 2 mm à plus de 20 cm, de nombre variable. Elles sont caractérisées par la présence en surface d’un enduit squamo-kératosique gras, facilement décollable.

Kératoses actiniques (figure 7)

Il s’agit de petites lésions kératosiques, grisâtres ou brunâtres se localisant aux zones découvertes. Leur aspect rugueux les rend plus facilement détectables au toucher. Elles sont considérées comme des lésions précancéreuses, voire malignes par d’autres auteurs, et doivent être traitées précocement.

Élastoïdose à kyste et à comédons de Favre et Racouchot (figure 8)

Elle associe à l’élastose une atteinte des follicules pilo-sébacés, des kystes et des comédons ouverts de grande taille. Elle prédomine aux régions temporo-malaires, sur le pourtour des yeux et sur les joues.

Nuque rhomboïdale (figure 9)

La peau de la nuque est épaissie, de couleur jaunâtre avec présence de sillons profonds dessinant des losanges.

Erythrosis interfollicularis colli (figure 10)

Encore appelée érythrose interfolliculaire, elle se localise aux faces latérales du cou, épargnant le losange sous-mentonnier. Elle réalise de petites papules jaunâtres délimitées par l’entrecroisement de sillons sur un fond télangiectasique ressemblant à l’aspect de « peau de poulet déplumé ».

Hyperplasie sébacée (figure 11)

Elle réalise de petits nodules blanchâtres prédominant au visage.

Hypomélanose en gouttes (figure 12)

Ce sont de petites macules hypopigmentées idiopathiques des zones photo-exposées, particulièrement aux jambes.

Pseudo-cicatrices stellaires (figure 13)

De petites lésions blanches en étoiles sont dispersées sur le dos des mains et sur les faces d’extension des avant-bras. Elles surviennent spontanément et sont dues à des déchirures du derme sans atteinte épidermique.

Atteintes vasculaires Elles sont de différents types :

– télangiectasies prédominant au visage ;
– lacs veineux séniles : lésions nodulaires bleu violacé acquises de 5 à 10 mm qui se vident à la pression et se remplissent quand la pression est relâchée ;
– angiomes séniles ou taches rubis : petites lésions papulonodulaires rouge vif, surtout du tronc (figure 14),
– angiomes séniles de la lèvre : de couleur bleutée, de consistance molle, touchant surtout la lèvre supérieure (figure 15),
– purpura sénile de Bateman : taches purpuriques, d’apparition spontanée, de taille variable pouvant atteindre plusieurs cm, localisées au dos des mains et aux faces d’extension des avant bras (figure 16).

Dermoporose

Ce terme a récemment été proposé par analogie à l’ostéoporose pour décrire un syndrome d’insuffisance et d’atrophie cutanée extrême chez des sujets très âgés. La dermoporose se localise sur les zones photo-exposées, d’apparition spontanée ; elle comporte une atrophie cutanée associée au purpura de Bateman et aux pseudo-cicatrices stellaires. Elle serait due à une diminution de l’acide hyaluronique CD44dépendant ; l’application locale d’acide hyaluronique de taille intermédiaire peut corriger.

Quatre stades sont décrits de gravité ascendante :

– Stade I : atrophie cutanée, purpura, pseudo-atrophie stellaire.
– Stade IIA : déchirures spontanées limitées.
– Stade IIB : lacérations.
– Stade IIIA : hématomes débutants.
– Stade IIIB : hématomes disséquants.
– Stade IV : nécrose cutanée.

Conclusion

Le VC entraîne progressivement des modifications de l’aspect morphologique du visage et de l’image de soi. Ces modifications sont le plus souvent mal acceptées par les personnes concernées et par la société. En effet, de nos jours où l’apparence est primordiale, les demandes sont de plus en plus grandes en photo-protection, en soins, en cosmétiques et en traitement par comblement et lasers.

Pour en savoir plus

• Passeron T, Ortone SP. Le vieillissement cutané et sa prévention. Presse Med2003 ; 32 : 1474-82.

• Beylot C.Vieillissement cutané : aspects cliniques, histologiques et physiopathologiques. Ann Dermatol2009 ; S2, S263-S269.
• Faucher N, Cudennec T. Le vieillissement cutané. Successful Againg Database2003.
• Gurkan K. La dermoporose. Vieillissement cutané. Springer 2014, 24-31.
• Leccia MT. Vieillissement cutané photoinduit. EMC Cosmétologie et Dermatologie Esthétique2006 ; 50-050-B-10, 1-10.

Copyright © Len medical, Dermatologie pratique, Janvier/février 2016

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