Pollution de l’air intérieur : faut-il ouvrir les fenêtres ?

V. BEX, É. DALIBERT, J. LARBRE, G. SALINES,

Service parisien de santé environnementale, ville de Paris

Les enfants, comme les adultes, passent en moyenne 85 % de leur temps dans des environnements clos, en particulier dans les logements. Dans ces milieux intérieurs, ils peuvent être exposés à de nombreux polluants chimiques (composés organiques volatils, monoxyde de carbone, particules, etc.) mais également à des biocontaminants (moisissures, allergènes domestiques, pollens, etc.). Ces polluants qui altèrent la qualité de l’air intérieur peuvent avoir des origines très diverses et provoquer des effets sur la santé et le bien-être. Quel comportement recommander à nos patients ?

Des polluants chimiques

La pollution chimique des environnements intérieurs provient de multiples sources, souvent en lien avec les activités humaines (figure 1).

Le polluant le plus dangereux, car il provoque régulièrement des intoxications aiguës et pour lequel une vigilance accrue s’impose, est le monoxyde de carbone (CO). Le CO est émis dans l’environnement intérieur dès lors qu’il y a des sources de combustion comme une chaudière ou une gazinière. C’est un gaz incolore et inodore, donc non décelé quand il est présent. Sa concentration dans l’air peut devenir dangereuse lorsque la combustion est incomplète, c’est-à-dire que les appareils sont mal entretenus ou mal réglés. Les premiers symptômes sont des maux de têtes, de la fatigue, puis viennent les vomissements, la perte de connaissance et cela peut aller jusqu’au décès des occupants du logement. Pour prévenir de tels risques, il est important de faire entretenir régulièrement ses appareils de combustion, de vérifier les ventilations et de bien aérer son logement. Parmi les polluants chimiques de l’air intérieur pouvant entraîner des effets à long terme, les composés organiques volatils (COV) suscitent actuellement beaucoup d’intérêt. Cette famille englobe une grande partie des composés chimiques présents dans l’air. Dans les environnements intérieurs, les sources sont multiples : les produits et matériaux de construction ou de décoration, les produits ménagers, la cigarette, les parfums d’intérieur, les produits de bricolage, les meubles, etc. Les effets sur la santé de ces COV sont globalement aspécifiques, allant du mal de tête aux symptômes respiratoires, en passant par des effets irritants. Afin de limiter leur présence, quelques gestes simples suffisent : vérifier l’étiquetage des matériaux de construction (figure 2) et de décoration, réduire le nombre de produits ménager, ne pas fumer dans son logement, ne pas diffuser de parfum d’intérieur en continu et aérer son logement deux fois par jour. 

À ces polluants chimiques, viennent également s’ajouter les particules dans nos ambiances intérieures. Elles proviennent pour beaucoup de sources de combustion telles que les chaudières, les gazinières, la cigarette ou les cheminées. Toutefois, 10 à 20 % des particules présentes dans l’air proviennent d’une remise en suspension par le simple mouvement humain dans l’environnement. Ces particules ont des effets reconnus sur la santé avec des impacts sur le système respiratoire (asthme, cancer, etc.) ou sur le système cardio vasculaire (thrombose, hypertension, arythmie, etc.). Pour diminuer les concentrations de particules dans l’air, il faut maintenir un logement propre par l’usage de l’aspirateur, ne pas fumer dans son logement, faire vérifier régulièrement ses appareils de combustion et utiliser une cheminée à foyer fermée dotée d’un label flamme verte.

Des contaminants biologiques

La qualité de l’air intérieur peut également être altérée par la présence de contaminants biologiques comme les moisissures, les allergènes d’acariens ou d’animaux (chat, chien, blattes, etc.) ou encore par les pollens apportés par l’air extérieur.

• Les moisissures Champignons microscopiques présents naturellement sur la matière organique inerte, les moisissures sont constituées de filaments (mycélium) assurant leur maintien, leur croissance et leur multiplication, et de spores, organes de résistance, de reproduction et de dissémination. Les moisissures pénètrent ainsi dans les bâtiments par les portes et fenêtres, les systèmes de ventilation ou via les occupants euxmêmes, et se développent si les conditions leur sont favorables. L’humidité joue alors un rôle essentiel dans leur croissance, celle-ci pouvant, par exemple, être causée par un dégât des eaux, une fuite, des infiltrations ou de la condensation, et à une mauvaise ventilation. Au-delà de l’aspect esthétique (figure 3), les moisissures peuvent avoir des effets allergisants, toxiques et infectieux.

Leur présence peut entraîner le développement et l’exacerbation de l’asthme chez l’enfant. Elles peuvent aussi être à l’origine de rhinites, toux, maux de tête, irritation de la gorge, du nez et des yeux. Les moisissures potentiellement responsables de pathologies respiratoires les plus fréquemment isolées dans l’habitat sont Aspergillus, Penicillium et Cladosporium. L’exposition aux moisissures dans les environnements intérieurs concernerait, selon les sources, entre 14 et 20 % des logements en France. Pour limiter leur développement, il est important d’agir. La prévention doit passer par une ventilation efficace du logement, une aération régulière et le traitement des causes de l’humidité. Dès l’apparition de moisissures, il est nécessaire de gratter et nettoyer rapidement les surfaces contaminées avec un nettoyant ménager, en se protégeant avec masque, gants et lunettes.

• Les acariens domestiques Invisibles à l’œil nu, les acariens vivent 2 à 3 mois et se nourrissent de phanères (ongles, poils, cheveux), de moisissures, etc. Ils sont porteurs d’allergènes dans leurs déjections, leur cuticule et leurs glandes salivaires, qui vont persister dans la poussière domestique bien après la mort des acariens. Il existe environ 50 000 espèces d’acariens, mais ce sont Dermatophagoides pteronyssinus (Der p) et Dermatophagoides farinae (Der f) qui sont les plus représentés en France. Tout comme pour les moisissures, l’humidité est un facteur influençant leur développement (optimum à 60-80 %) ainsi que la température (20-25 °C en ma telas suffisent pour leur prolifération) et la nourriture. Il faut savoir que la desquamation journalière d’une personne suffit à nourrir des milliers d’acariens pendant plusieurs mois ! Les deux symptômes majeurs de l’allergie aux acariens sont la rhinite allergique (RA) et l’asthme perannuel. Ceux-ci perturbent la qualité de vie en compromettant les performances scolaires, la vie professionnelle et les activités récréatives, en particulier sportives. Les acariens domestiques sont ainsi responsables de 49 % des RA. Pour limiter le développement des acariens et surtout en cas d’allergie, des conseils simples peuvent être prodigués : aspirer et dépoussiérer régulièrement le logement, limiter la quantité de tapis, moquettes et autres textiles qui favorisent l’accumulation de poussières, laver les draps tous les 15 jours en machine à 40 °C. Pour les allergiques, il est conseillé d’installer une housse anti-acariens sur le matelas.

• Les pollens Les grains de pollen sont essentiellement présents à l’extérieur, mais peuvent pénétrer nos logements. Émis dans l’atmosphère en grandes quantités, les pollens dits anémophiles (transportés par le vent) sont souvent responsables de réactions allergiques appelées pollinoses, car ils entrent en contact avec les muqueuses respiratoires et oculaires du fait de leur petite taille. Ces pollinoses se manifestent principalement par des rhinites saisonnières ou des rhino-conjonctivites, par une irritation des bronches et plus rarement par de l’asthme. En France, on estime que 10 à 20 % de la population est allergique au pollen (7 à 20 % des enfants, 30 % des adultes). L’allergie au pollen dépend de la sensibilité des individus mais aussi de la quantité de pollens dans l’air et du potentiel allergisant de chaque plante. Pendant la période pollinique, les patients allergiques peuvent appliquer les conseils suivants : se rincer les cheveux le soir, privilégier l’ouverture des fenêtres avant le lever et après le coucher du soleil, éviter les activités extérieures qui entraînent une surexposition aux pollens comme les activités sportives ou encore éviter de faire sécher le linge à l’extérieur.

Pour en savoir plus 

• Asthme & Allergies Infos service : www.asthme-allergies.org
• Prévention maison, tous les conseils pour une maison plus sûre et plus saine : www.prevention-maison.fr
• Conseillers médicaux en environnement intérieur : www.cmei-france.fr
• Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA) : www.pollens.fr
• Association des pollinariums sentinelles de France (APSF) : www.alertepollens.org
• Observatoire de la qualité de l’air intérieur : www.oqai.fr

Copyright © Len medical, Pediatrie pratique, avril 2018

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Vos réactions (1)

  • Et le radon !

    Le 08 octobre 2018

    Et pour les personnes vivant dans les départements des montagnes d'Auvergne (Région Auvergne, Rhône Alpes), le gaz trouvé dans la nature, n'est pas que celui qui rend les eaux naturellement "pétillantes". N'oublions pas l'émission naturelle du Radon (gaz radioactif présent dans les zones volcaniques ou à construction volcanique) émis par le sol.
    L'aération quotidienne voire pluriquotidienne des locaux permet de baisser cette charge dans les maisons, responsable de cancers.
    Intérieurs, extérieur... on est de toute façon cernés !

    Charlaine Durand

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