Big Brother

Pékin, le samedi 1er juillet 2017 – Les progrès de la science peuvent représenter des outils délétères quand ils sont utilisés par les régimes totalitaires. Faut-il ainsi redouter que certains pays moins soucieux que les états occidentaux du respect des droits humains et de la vie privée fasse un usage non modéré des nouvelles techniques de séquençage génétique ? L’exemple de la Chine pourrait le faire redouter. Récemment, l’association Human Rights Watch a dénoncé la pratique de séquençages génétiques quasiment systématiques dans certaines régions du pays. Pour l’association, la constitution d’une base de données génétiques sur la population semble un véritable projet politique.

Minorités ethniques visées

Ce rapport, évoqué récemment dans les colonnes de la revue Nature, révélait notamment comment la police de Xinjiang vient de commander 12 séquenceurs d’ADN à haut débit, un matériel permettant d’analyser jusqu’à 2000 échantillons d’ADN par jour. « Nous sommes dans un contexte qui va au-delà de recherches de routine » estime Symio Sugano, chercheur en génomique de l’université de Tokyo. Les « capacités déployées semblent propices à la construction d’une véritable base » ajoute-t-il dans les colonnes de Nature. Ce sont les minorités ethniques, notamment celle des Uighurs, qui seraient particulièrement visées par les velléités du gouvernement chinois. Récemment, un programme ayant duré pendant quatre mois, a ainsi très fortement incité la population du Xinjiang et notamment les Uighurs à se prêter à des examens sanguins, officiellement dans le cadre d’une campagne de santé. Il est apparu qu’un certain nombre de personnes qui avaient tenté de se dérober y ont été forcées.

Opacité

Les autorités chinoises continuent cependant à affirmer que le recueil d’échantillons d’ADN n’a d’autre but que de faciliter l’élucidation de crimes (même si la loi autorise ce type de prélèvement y compris sur des personnes non incarcérées et non impliquées dans des affaires criminelles). Les suspicions demeurent notamment parce qu’il n’existe aucune transparence sur la façon dont les échantillons sont collectés et les résultats conservés. Aujourd’hui, on estime que la Chine a réalisé un fichier comptant 44 millions d’entrées sur au moins 40 millions d’individus ; fichier incluant 1,5 millions d’échantillons d’ADN.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article