Exclusif : une majorité de professionnels de santé favorable à l’application du passe sanitaire à l’hôpital

Paris, le jeudi 26 août 2021 - Depuis le lundi 9 août, en théorie, toutes personnes se rendant dans un établissement de santé ou un établissement hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), hors situation d’urgence, doit présenter un passe sanitaire.

Dans les faits, une semaine de « tolérance » a suivi l’entrée en vigueur de cette nouvelle règle, qui a permis aux équipes de réaliser auprès des patients et de leurs accompagnateurs, un important travail de pédagogie en amont. Cependant, après dix jours de fonctionnement « effectif », difficile de mesurer si le passe sanitaire a entraîné ou non des difficultés significatives.

Jusqu’ici tout va bien

Les témoignages individuels, publiés par les médias et sur les réseaux sociaux, créent le sentiment que la perception de la situation est très influencée par la position de chacun sur la pertinence du passe sanitaire à l’hôpital. Ainsi, certains médecins, qui ne cachent pas leur hostilité au dispositif, déplorent des reports de rendez-vous, et s’inquiètent des conséquences délétères pour la santé des malades. A contrario, ceux qui n’ont pas partagé les inquiétudes du Conseil de l’Ordre vis-à-vis du passe sanitaire à l’hôpital certifient que tout se déroule sans encombre. Du côté des directions hospitalières le bilan est globalement positif, tant en ce qui concerne les patients et les visiteurs, que les agents. Les taux évoqués dans la presse régionale suggèrent qu’autour de 85 % des patients se présentant pour des soins programmés et leurs éventuels accompagnateurs présentent un passe sanitaire. Pour la très grande majorité des autres, la possibilité de réaliser un test antigénique à proximité des hôpitaux permet de résoudre le problème très rapidement. Demeurent quelques exceptions, qui parfois font la une des réseaux sociaux, mais qui demeurent rares et qui bénéficient le plus souvent de la souplesse des directions. Mais n’est-ce pas encore trop tôt pour tirer un bilan ? La période des vacances raréfie en effet, dans de nombreuses spécialités, le nombre de consultations programmées. De la même manière, certains personnels sont en vacances ou ont pu choisir d’utiliser des congés pour ne pas se confronter à l’impératif du passe sanitaire : les contestations pourraient être ravivées à partir du début du mois de septembre.

Scission très nette entre infirmières hostiles et médecins favorables

Dans ce contexte, les résultats de notre sondage sur la perception par les professionnels de santé du passe sanitaire à l’hôpital et dans les EHPAD apporteront un complément d’éclairage intéressant. Il apparaît que 66 % des professionnels de santé lecteurs du JIM se déclarent favorables, hors situation d’urgences, à l’application du passe sanitaire dans les hôpitaux et les EHPAD, tandis que 32 % y sont opposés et que 1 % ont considéré comme difficile de se prononcer (en raison peut-être de l’absence de distinction dans notre question entre les patients, les accompagnateurs et les soignants).

Sondage réalisé sur le site JIM.fr du 11 au 23 août 2021


Mais comme pour toutes les questions mettant en jeu la vaccination et notamment une vaccination contrainte, il existe une forte scission entre les infirmières d’une part et les pharmaciens et médecins d’autre part. Ainsi, dans notre sondage, 65 % des infirmières se déclarent hostiles au dispositif, alors que 73 % des médecins et 70 % des pharmaciens l’approuvent.

Loin de l’Ordre

Le refus de se voir imposer pour soi et pour ses patients une obligation vaccinale déguisée semble clairement se dessiner chez les infirmières, dans les résultats de ce sondage. A contrario, la constatation durablement établie que la Covid a été et reste une maladie nosocomiale pousse les médecins et les pharmaciens à se montrer en faveur de ce dispositif. Il est également probable qu’ils voient dans l’application du passe sanitaire à l’hôpital un encouragement, nécessaire, à la vaccination. Avec un tel résultat, les médecins se démarquent de la position exprimée par plusieurs de leurs instances représentatives et notamment par l’Ordre, qui ont signalé leurs réserves vis-à-vis du passe sanitaire. De fait, l’un des problèmes majeurs soulevés par ce passe est l’extrême difficulté pour un patient (et pour un responsable de la sécurité) de déterminer ce qu’est une « urgence ». Et dans cette perspective, on peut redouter qu’une mauvaise détermination de la notion d’urgence (influencée par le fait de disposer ou non d’un passe sanitaire) favorise des reports de soins dommageables. Mais outre une distance entre les médecins et leur Ordre, les conclusions de notre sondage et la différence marquée entre les différentes professions du soin suggère également que les répondeurs y ont vu une question pour eux-mêmes. Or, alors que les taux de vaccination contre la covid sont plus élevés chez les médecins que chez les infirmiers, l’acceptation du passe sanitaire à l’hôpital est inévitablement plus élevée chez les praticiens.

L.C.

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Vos réactions (1)

  • Comment un soignant pourrait il éthiquement assumer le risque d'être porteur

    Le 29 août 2021

    Comment un soignant, travaillant dans un établissement de santé en équipe avec plusieurs personnes soignantes comme lui, peut il refuser la vaccination (ou son succédané le passe sanitaire) ?
    - nous sommes déjà tous vaccinés contre l'hépatite B ; ce vaccin est fortement recommandé à la population sans être obligatoire
    , mais l'obligation pour les soignants est admise depuis longtemps !
    - la COVID est (encore) une maladie nosocomiale : comment un soignant pourrait il éthiquement assumer le risque d'être porteur, contagieux et contaminant, pour les patients et visiteurs mais aussi pour ses propres collègues ?(même vaccinés nous ne sommes pas à l'abri).
    La vaccination et le passe sont des gestes altruistes en dehors des hôpitaux mais une obligation morale et professionnelle en dedans, sans oublier la dimension altruiste du soignant : l'exemple !(pour ses collègues non encore vaccinés et pour les non professionnels de santé : une IDE qui donne son sang , un médecin qui se fait vacciner contre l'hépatite B, un aide soignant qui se fait vacciner contre la COVID, l'acceptation sans réserve du passe dans nos lieux de travail ... voilà l'exemple que nous devrions tous donner)

    Dr F Chassaing

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