Hôpital public : 1200 démissions de chefs de service sur le bureau d’Agnès Buzyn

Paris, le mardi 14 janvier 2020 - Ce matin, à la faculté de médecine de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, s’est jouée une tragédie impensable pour qui croyait encore aux grands patrons et aux mandarins tout-puissants. Une vingtaine de chefs de services hospitalo-universitaires, parfois très émus ont détaillé les raisons pour lesquelles ils quittaient leurs fonctions administratives.

Décision inédite et difficile

Ils font partie d’un mouvement plus large, national, débuté mi-décembre par une tribune dans le Journal du Dimanche (JDD) où 660 médecins, presque tous chefs de service et exerçant à l’hôpital public faisaient part de leur intention de ne plus assurer leurs fonctions administratives pour protester contre le naufrage de l’hôpital public. Un cri d’alarme qui n’aura apparemment pas suffi à engager les négociations qu’ils appelaient de leurs vœux et qu’ils réclament encore fortement.

Fin décembre, ils étaient 1000, soit « 10% des chefs de service toutes spécialités et services confondus sur l'ensemble du territoire », selon le décompte du Pr André Grimaldi, à mettre leur démission dans la balance contre l’hôpital-entreprise.

Aujourd’hui, comme promis, fatigués de « gérer l’austérité » selon les mots du Pr Agnès Hartemann (diabétologie – Pitié Salpêtrière) en conférence de presse, ils annoncent leur démission qui prend effet dès aujourd’hui et qui sera suspendue en cas d’ouverture d’hypothétiques discussions.

Aussi, ont-ils transmis 1200 lettres à Agnès Buzyn pour l’alerter de leur « inédite et difficile » décision de démissionner et dénoncer l'insuffisance du plan d'urgence annoncé le 20 novembre dernier. Dans certains établissements, plus d’une dizaine de chefs de service participent au mouvement (comme à Nantes ou à Toulouse).

Trop peu, trop partiel

« C’est trop peu, trop partiel, trop étalé dans le temps (…) Il faut un plan avec un volet national et un volet régional. Le financement de ce plan doit être calculé en fonction des objectifs de santé. Le démantèlement en cours de l’hôpital public coûtera beaucoup plus cher à la société que l’investissement massif qui doit être réalisé. Le plan régional confié aux Agences régionales de santé (ARS) devrait porter notamment sur la coordination entre l’hôpital et la médecine extra-hospitalière pour répondre aux besoins de santé dans les territoires, sur l’évaluation des embauches de personnels nécessaires et sur la réduction des disparités de revenus entre les professionnels libéraux et hospitaliers à qualification et activité comparables » expliquent-ils notamment dans leur courrier.

Trois mesures essentielles

Pour les 1200 signataires, également soutenus par 5000 soignants, le volet national de ce plan devrait « comprendre trois mesures essentielles ».

D’abord une « revalorisation significative des salaires, en plus des diverses primes annoncées ».

Ensuite, un Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) 2020 n’imposant pas de nouvelles économies aux hôpitaux. Pour ce faire, « il manque 600 millions » estiment les praticiens.

Ils attendent enfin et surtout « une révision profonde du mode de financement afin de permettre d’appliquer la règle du juste soin pour le patient au moindre coût pour la collectivité, d’inciter à la pertinence des prescriptions et des actes au lieu de rechercher à développer les activités rentables pour l’établissement, de donner un sens à une cogestion effective médico-administrative disposant d’une réelle autonomie grâce à une rénovation de la gouvernance impliquant médecins et gestionnaires, personnels et usagers ».

F.H.

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