Jamais sans mon scribe : les assistants médicaux (américains) plébiscités

Paris, le lundi 24 septembre 2018 – Mesure phare du plan de réforme (ou de sauvetage) de notre système de santé : des milliers d’assistants médicaux devraient être déployés dans les cabinets médicaux à partir de l’année prochaine. Au-delà de cette annonce, de multiples interrogations demeurent concernant le rôle de ces assistants, leur formation et leur financement. Pour préciser les contours de ce nouveau métier, les exemples étrangers peuvent être pertinents. Aux États-Unis notamment, une nouvelle profession s’impose depuis quelques années : celle de "scribe".

Toutes tâches administratives

En ville comme à l’hôpital, les scribes suivent discrètement les médecins comme leur ombre, munis d’un léger ordinateur portable. Comme leur nom l’indique, ils s’occupent de tout ce qui relève de l’écrit, du papier (mais sous forme informatique !). Ils retranscrivent les points essentiels des consultations médicales auxquelles ils assistent, mettent à jours les dossiers des patients, envoient les ordonnances, collectent les résultats d’examens, transmettent les protocoles de consentement, organisent les prises en charge complémentaire, suivent les paiements. Ainsi, les scribes déchargent les médecins de toutes leurs tâches administratives chronophages.

Comparaison avant/après

Le gain pour les praticiens est essentiel, mais il l’est également aussi pour les patients. Avec l’invasion des ordinateurs dans les cabinets médicaux, beaucoup se plaignent d’une relation dégradée avec des médecins dont les yeux sont désormais bien plus souvent rivés sur leur écran que sur leur patient. Par ailleurs, les tâches administratives ont tendance à générer une irritation chez les praticiens qui ne peut que rejaillir sur leurs liens avec les patients. Plusieurs enquêtes ponctuelles ont mis en évidence les bénéfices des scribes tant pour l’équilibre professionnel et mental des praticiens que pour la relation avec les patients.

Une étude d’une plus grande envergure publiée il y a quelques jours dans le JAMA Internal Medecine confirme ces données. Conduite par l’équipe de Pranita Mishra (Kaiser Permanente Californie du Nord), elle a été menée pendant douze mois dans deux centres médicaux, a inclus 18 médecins et a consisté à comparer des périodes de même durée selon la présence ou non d’un scribe. Parallèlement 753 patients ont été interrogés.

Un dialogue plus constructif, des journées moins longues

Les résultats montrent que l’aide d’un scribe permet bien de diminuer le nombre d’heures de travail supplémentaire non médical (un peu moins d’une heure par jour pendant la semaine et le week-end). Les médecins notent également qu’en présence du scribe, ils consacrent 75 % de leur temps de consultation à leur patient et moins de 25 % à consulter leur ordinateur. Les compte-rendus de consultation étaient par ailleurs plus souvent complétés le jour même. Les patients se montrent également satisfaits de la présence du scribe : 57 % ont pu observer que le médecin passait moins de temps devant son écran, tandis que 49,8 % ont estimé que leur médecin leur parlait plus.

Globalement, l’expérience a été jugée positive par 61,2 % des malades, tandis que 36,4 % la considèrent comme neutre et que 2,4 %, préférant peut être se retrouver totalement seuls avec leur médecin, la jugent négative. Les médecins ont de la même manière pu noter une légère augmentation du taux de satisfaction des patients en présence du scribe (69,4 % vs 63,9 %), mais cette donnée n’a pas été considérée comme parfaitement significative par les auteurs. Néanmoins, d’une manière générale, ces derniers estiment que leurs résultats confirment que ces assistants médicaux ont un impact réel sur la qualité des soins et la relation entre soignants et soignés ainsi que sur le risque d’épuisement professionnel des médecins.

Jamais sans mon assistant ?

Aujourd’hui, 20 000 scribes médicaux travaillent outre-Atlantique et des projections affirment qu’ils pourraient être 100 000 en 2020. Leur formation est organisée par les agences qui les recrutent et les placent dans les centres médicaux, dont la plus célèbre Scribe American n’hésite pas à affirmer à travers son slogan « Les médecins sauvent des vies, les scribes sauvent les médecins ». Si des questions persistent certainement après la lecture d’un tel panégyrique (concernant l’harmonisation de la formation, le respect de la confidentialité entre le médecin et le malade ou la responsabilité du médecin vis-à-vis des agissements du scribe), il démontre néanmoins que face à des écueils universels que sont les tâches administratives et le burn out des médecins, des solutions efficaces paraissent exister.

Aurélie Haroche

Référence
Pranita Mishra et coll. : « Association of Medical Scribes in Primary Care With Physician Workflow and Patient Experience » JAMA Intern Med. publication avancée en ligne le 17 septembre 2018. doi:10.1001/jamainternmed.2018.3956

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article