Journée mondiale du diabète : l’insuline, un luxe aux Etats-Unis !

Sir Frederick Banting, co-découvreur de l'insuline et Prix Nobel de Médecine 1923

Paris, le jeudi 14 novembre 2019 – La journée mondiale du diabète a un visage aux États-Unis. Le visage douloureux d’une mère qui vient de perdre son fils âgé de 26 ans. Alex Smith, souffrait d’un diabète de type 1 et n’avait pas osé avouer à ses proches qu’il n’avait plus les moyens de s’acheter son insuline. Il y a quelques jours, il a été retrouvé mort chez lui, victime d’un coma diabétique.

4 600 dollars par an

La situation d’Alex Smith est celle de milliers d’Américains, alors que le prix de l’insuline a connu une forte augmentation ces dernières années. Aujourd’hui, le coût de l’insuline aux États-Unis pour un adulte non couvert par une assurance est en moyenne de 18 dollars pour 100 unités, comme le rappellent les docteurs Michael Fralick et Aaron S. Kesselheim (Mount Sinai Hospital) dans un article publié dans le New England Journal of Medicine le 7 novembre dernier. Ainsi, pour un adulte de 70 kilos, devant recevoir une UI par kilo et par jour d'insuline ordinaire, le coût par an atteint près de 4 600 dollars, quand en France, l’insuline est intégralement prise en charge pour tous les patients. Or, face à la flambée des prix de l’insuline (le coût était de 20 cents par UI en 1940 ce qui correspond à 3 dollars de 2019), plusieurs compagnies d’assurance ont décidé de fixer des seuils de remboursement. Ainsi, Cigna, l’une des plus importantes compagnies d’assurance américaines a récemment limité ses remboursements d’insuline à 25 dollars par mois.

Sans concurrence, le marché est plus fou

Cette situation s’explique par la possibilité offerte par la loi américaine à l’industrie pharmaceutique et aux grossistes de fixer leurs prix librement. Or, cette augmentation n’a pas été atténuée par le jeu de la concurrence qui est très faible dans le domaine de l’insuline. En effet, les produits actuellement disponibles sur le marché ne connaissent pas encore tous de génériques, tandis que s’agissant de médicaments biologiques, la production de génériques est plus complexe et plus coûteuse, réduisant d’autant plus la compétitivité.

Des lois insuffisantes

La situation n’est pas ignorée par les pouvoirs publics. Plusieurs projets de loi d’initiative parlementaire ont tenté d’atténuer les conséquences des dispositions sur le libre prix des médicaments, pour assurer l’accès aux traitements essentiels, tels l’insuline, mais leur portée reste limitée. Plusieurs états ont par ailleurs adopté des lois permettant l’importation d’insuline du Canada, mais en l’absence d’un feu vert fédéral, elles ne peuvent entrer en vigueur. Le gouvernement Trump a pourtant promis d’œuvrer sur ce sujet, mais les négociations avec les différents acteurs concernés, sont délicates, notamment avec le Canada, qui redoute des pénuries pour ses propres citoyens.

Triste héritage

Le sujet est en tout état de cause politique et a été à plusieurs reprises abordé lors de la campagne électorale débutante. Ainsi, cet été, le candidat démocrate Bernie Sanders s’est rendu au Canada pour accompagner des patients acheter leur insuline à la frontière où l’on peut acquérir la dose nécessaire d’insuline pour un mois pour 20 dollars ; des achats transfrontaliers du même type existent également au Mexique. Outre les représentants politiques, beaucoup, dont les auteurs de cet article du New England, déplorent que l’héritage de Frederick Banting et de John Macleod qui ont découvert l’insuline et qui ont été récompensés par le Prix Nobel de Médecine 1923 soit si mal honoré. Alors qu’on proposait aux deux hommes de déposer un brevet pour leur découverte, ils avaient en effet répondu : « L’insuline ne nous appartient pas, elle appartient à l’humanité ».

Aurélie Haroche

Référence
Fralick M et coll.: The U.S. insulin crisis. Rationing a lifesaving medication discovered in the 1920s. N Engl J Med 2019; 381: 1793-95.

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