La chair est triste hélas… même quand elle est dans les livres !

Malte, le samedi 10 juin 2017 – Recevoir toute la journée des jeunes patients, s’intéresser aux conséquences des soins non prescrits et non réglementés délivrés aux jeunes enfants, se pencher sur les antécédents psychiatriques des femmes enceintes n’est pas une sinécure même quand ces différentes missions ont pour cadre idyllique l’île de Malte. Alors, on tente de sourire un peu. Le professeur associé en pédiatrie à l’Université de Malte, Victor Gresh ne lit pas que la littérature médicale. Il a également feuilleté Cinquante nuances de Grey. Il a surtout pu lire les comptes-rendus émoustillés de millier de lectrices à travers la planète, n’hésitant pas à avouer que la lecture du best seller de E.L. James avaient réveillé en elle quelques passions charnelles enfouies.

Peut-être pas si piquant…

Déformation professionnelle peut-être, qui dit plus d’activité sexuelle, dit plus de naissances pour le praticien maltais. Aussi, a-t-il voulu en avoir le cœur net. En s’appuyant sur les statistiques de la natalité américaine au cours des dernières années, il a cherché à déterminer si la publication des différents tomes de la saga Cinquante nuances de Grey correspondait à un pic des naissances. Ses recoupements statistiques l’ont conduit à constater qu’aucun boom des naissances n'avait accompagné le phénomène littéraire ! Ne voulant pas croire que la littérature puisse avoir un aussi faible pouvoir suggestif (ou pire que Cinquante nuances de Grey soit un mauvais livre ou encore que les lectrices aient un peu exagéré l'effet qu'il avait eu sur elles !) Victor Gresh qui s'est par ailleurs intéressé à la question du sex ratio a cherché à savoir si les naissances de garçons avaient été plus nombreuses ! Plusieurs études ont en effet signalé une augmentation des naissances mâles après une activité sexuelle plus soutenue ; l'absence de pic ne serait alors due qu'à l'efficacité des méthodes contraceptives. Mais la encore fausse route : on n’observe pas d’augmentation des arrivées de petits garçons dans les mois ayant suivi la publication des divers tomes de l’ouvrage érotique. Victor Gresh n’aura pas poussé la démonstration jusqu’à s’intéresser à la fréquence des infections sexuellement transmissibles, mais ces premiers résultats suggèrent que l’effet Cinquante nuances de Grey n’a peut-être pas été à la hauteur de certaines déclarations.

De Grey à Gresh

L’histoire ne dit pas pour quelle raison le praticien maltais (peut-être son nom proche de celui du héros du roman britannique ?) dont la dizaine de publications, toutes très sérieuses, sont énumérées sur la page qui lui est consacrée sur le site de l’université de Malte, s’est intéressé aux effets secondaires de cette littérature sensuelle. Pour l’heure, en tout cas, cet article paru dans Early Human Development en mai et signalé par le journaliste du Monde Pierre Barthélémy n’a pas été ajouté à sa liste de titres et travaux !

Aurélie Haroche

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