La vaccination contre le méningocoque B recommandée pour tous les nourrissons

Paris, le jeudi 24 juin 2021 - C’est une donnée qui n’est pas nécessairement parfaitement bien appréhendée par les professionnels de santé : le méningocoque B est aujourd’hui la première cause d’infections invasives à méningocoque (IIM) en France. Ainsi en 2017, 42,1 % des méningites à méningocoques étaient dues au méningocoque B, tandis que chez les nourrissons de moins d’un an le méningocoque B est en cause dans 70 % des IIM.

Pourtant, une enquête réalisée en avril 2019 à l’occasion de la journée de sensibilisation aux méningites, conduite auprès de médecins avait révélé que seuls 50 % des pédiatres et 30 % des généralistes identifient la méningite B comme la plus fréquente.
Incidence en baisse mais une létalité toujours importante

Sur le front épidémiologique, ces dernières années ont été marquées par une diminution, suivie d’une stagnation des infections invasives à méningocoques B en France. Ainsi, le taux de déclarations de ces infections étaient de 0,36 /100 000 habitants en 2019 contre 0,60 entre 2003 et 2011.

« La létalité, quant à elle, est comprise entre 9 % et 12 %, un chiffre stable depuis 2013. Environ 6 % des cas ont présenté des séquelles précoces. En 2019, chez les moins de 5 ans, 88 cas et 3 décès ont été enregistrés » complète la Haute autorité de Santé dans un avis qui vient d’être publié. Par ailleurs, les périodes de confinement et les mesures de distanciation adoptées depuis le début de l’épidémie de Covid ont conduit à une baisse importante de l’incidence des IIM en 2020. Néanmoins, la Haute autorité de Santé relève que « cette baisse est (…) « conjoncturelle (…). La reprise d’une vie sociale normale laisse présager une possible reprise épidémique des infections invasives à méningocoques en France ».

Pas de recommandation officielle, mais une attente forte

Un vaccin dirigé contre les méningocoques de sérogroupe B, Bexsero (laboratoires GSK) a été autorisé sur le marché européen en 2013 (il est le seul indiqué à partir de l’âge de deux mois aujourd’hui, le vaccin Trumemba étant réservé aux plus de 10 ans). En France, cette vaccination n’était jusqu’alors recommandée (et remboursée) que chez les sujets « à risque élevé de contracter une infection invasive à méningocoques B et pour des populations ciblées dans le cadre de situations spécifiques (foyers de cas, épidémie, hyperendémie localisée) ». Cependant, depuis plusieurs années, la majorité des professionnels sont convaincus de la pertinence de proposer Bexsero à tous les nourrissons de plus de 2 mois. Ainsi, dans une enquête citée par la HAS, 90 % de généralistes et de pédiatres se sont « prononcés en faveur de l’inscription de la vaccination contre les infections invasives à méningocoques B dans le calendrier vaccinal, et 53 % des médecins interrogés (69,5 % des pédiatres et 29,7 % des généralistes) proposaient déjà la vaccination avec Bexsero ». Cependant, l’absence de recommandation officielle et dès lors de prise en charge par la Sécurité sociale étaient identifiés par ces praticiens comme des freins majeurs.

Des données en vie réelle très encourageantes

C’est dans ce contexte que la HAS a procédé à une nouvelle analyse des bénéfices de la vaccination par Bexsero. Elle note que si « les données observationnelles et celles provenant des essais randomisés n’ont pas montré d’impact de la vaccination sur le portage et donc sur la transmission des méningocoques du sérogroupe B (…), les données dites « en vie réelle » provenant du Royaume-Uni ainsi que celles provenant de programmes de vaccination mis en place plus récemment en Italie et au Portugal montrent une réduction de l’incidence des infections invasives à méningocoques B suite à l’introduction du vaccin Bexsero (réduction en Angleterre comprise entre 60 % et 80 %) et une efficacité en vie réelle (estimations entre 50 et 99 % en Italie et au Portugal, selon les bornes statistiques). Quelques études suggèrent également une efficacité sur d’autres souches (notamment les souches W) ». Parallèlement, aucun signal de sécurité n’a été mis en évidence tandis que les données britanniques suggèrent une protection au moins jusqu’à l’âge de quatre ans.

Vers une diminution du prix

Forte de ces données, la HAS recommande désormais la vaccination de tous les nourrissons ; une recommandation qui ouvre la voie à une prise en charge. Cette préconisation s’appuie sur un schéma vaccinal simplifié qui repose sur l’administration de deux doses et non plus de trois. La HAS espère que sa position conduira à une « diminution  du prix du vaccin ». Elle signale encore que les recommandations préexistantes demeurent maintenues et rappelle que « la vaccination des nourrissons n’exonère pas de mettre en place une chimioprophylaxie antibiotique pour les sujets contacts de cas sporadiques d’infections invasives à méningocoques B, qui reste le moyen le plus efficace de prévention de cas secondaires ».


A.H.

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