Le calvaire d’une enfant relance le débat sur l’avortement en Argentine

Buenos Aires, le jeudi 28 février 2019 – En Argentine, une jeune fille de 11 ans enceinte à la suite d’un viol a dû subir une césarienne alors qu’elle demandait de pouvoir interrompre sa grossesse. Une affaire qui relance le débat épineux du droit à l’avortement dans le pays.

Le 9 août dernier, après des semaines de débats passionnés et de manifestations de grande ampleur, le Sénat argentin, sous la pression de l’Église catholique, rejetait à une courte majorité le projet de loi visant à légaliser l’avortement jusqu’à 14 semaines de grossesse. Six mois plus tard et alors que les militants pour le droit à l’avortement ne démobilisent pas, une triste affaire vient relancer le débat.

Une fillette de 11 ans, enceinte après avoir été violée par le mari de sa grand-mère, a dû subir une césarienne après 23 semaines de grossesse. Conformément à la loi argentine de 1921 qui autorise l’avortement en cas de viol ou de danger pour la mère, la jeune fille avait demandé à la justice à pouvoir interrompre sa grossesse. Mais les autorités ont délibérément fait trainer la procédure afin de rendre l’avortement impossible. Les médecins ont invoqué leur clause de conscience pour refuser de pratiquer l’IVG tandis que le Service provincial de santé (Siprosa) a affiché sa volonté de « sauver les deux vies ».

A 23 semaines de grossesse, les médecins de l’hôpital Eva Peron de Tucuman, dans le nord du pays, ont finalement jugé que la vie de la fillette était en danger et qu’il fallait pratiquer une césarienne. « Son corps n’est pas suffisamment développé pour supporter une grossesse de 23 semaines » a expliqué la gynécologue Cecilia Ousset qui a réalisé l’intervention. L’enfant est né vivant mais n’a quasiment aucune chance de survie.

Forcer les enfants à accoucher est une torture

Les autorités de la région de Tucuman estiment n’avoir commis aucune faute dans la gestion de l’affaire, considérant qu’elles avaient mis en œuvre « les procédures nécessaires pour sauver les deux vies ». « J’ai l’obligation de défendre la vie, toujours » s’est ainsi défendu le responsable des services de santé de la région. Pourtant, le drame a provoqué l’indignation des militants du droit à l’IVG. Dans un communiqué, la campagne nationale pour le droit à l’avortement, une association regroupant 500 ONG, affirme que « les grossesses forcées ne peuvent pas être une politique publique, forcer les enfants à accoucher est une torture ».

Une affaire similaire avait déjà défrayé la chronique en janvier dernier : une jeune fille de 12 ans, également victime de viol, avait elle aussi dû subir une césarienne après que sa demande d’avortement était restée lettre morte.

Quentin Haroche

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