Le temps du sang et des larmes

Londres, le samedi 15 juillet 2017 - La plupart des pays compte leur lot de scandales étouffés depuis de nombreuses années et dont les victimes paraissent attendre en vain une reconnaissance et une réparation. La France n’en manque pas, mais elle est loin d’être la seule. En Grande-Bretagne, les victimes du scandale du sang contaminé n’ont jamais bénéficié d’une véritable attention des pouvoirs publics et de la justice. Dans les années soixante-dix, faisant face à de graves pénuries de stocks de produits sanguins, le National Health Service a pris la décision d’importer des produits, notamment des Etats-Unis. Cependant, les conditions de collecte étaient loin de répondre aux règles de sécurité : les donneurs étaient non seulement fréquemment rémunérés, mais ils étaient parfois recrutés parmi les prisonniers. Pourtant, les NHS ont continué à s’approvisionner ainsi tout au long des années 80 et ce n’est qu’en 1991 que des tests virologiques ont été imposés sur tous les produits.

Terrible injustice

Ce mode d’approvisionnement a contribué à la contamination par le virus de l’hépatite C et du VIH de 7 500 personnes, dont 2 400 sont mortes. Les victimes ont, à de nombreuses reprises, exigé réparation, sans jamais être entendues. Plusieurs indices d’un défaut de vigilance des autorités ont été révélés. Ainsi, en 2007, la BBC affirmait que le responsable du centre de surveillance du système de santé avait écrit en mai 1983 une lettre au ministère de la Santé lui indiquant l’existence d’un risque de transmission par le VIH associé à certains produits sanguins. Cette missive s’achevait par ces lignes : « D’après l’information disponible, ma conclusion est que tous les produits sanguins importés des Etats-Unis depuis 1978 ne doivent plus être utilisés jusqu’à ce que le risque de transmission du sida soit déterminé précisément ». Un avertissement clair qui n’aurait pas été entendu et qui aurait pourtant pu sauver la vie à certains des 1 243 hémophiles contaminés par le virus du sida en Grande-Bretagne au début des années 80. Deux ans après ces révélations de la BBC, un rapport public confirmait que des mesures auraient pu et dû être prises plus rapidement et auraient permis d’éviter une partie des contaminations. Cette reconnaissance de la responsabilité des pouvoirs publics n’a cependant pas ouvert la voie à des poursuites judiciaires. Aujourd’hui, le gouvernement britannique y semble prêt : il a en effet annoncé ce mardi l'ouverture d'une enquête publique pour déterminer les responsabilités de chacun. Le ministre de la Santé, Jeremy Hunt, a jugé qu’il était « nécessaire d'établir les causes de cette terrible injustice ». Cette action publique pourrait enfin permettre l’ouverture d’actions judiciaires.

Léa Crébat

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Vos réactions (1)

  • Conditions de prélèvement

    Le 15 juillet 2017

    En Belgique, nous avions affaire à des petits centres de prélèvements où on connaissait tous ceux qui venaient. Quand c'était quelqu'un de nouveau, on mettait son sang de côté pour des dévirés mais on ne le gardait pas pour des transfusions. Il n'y a eu pratiquement aucun cas d'hépatite C.

    Quand les vaccins pour l'hépatite B étaient réalisés à partir de sang, les vaccins destinés à la Belgique étaient réalisés avec du sang de donneurs belges...

    Il n'y a pas qu'en Angleterre et aux USA qu'on prélevait du sang sur des prisonniers. C'était une pratique courante en France, jusqu'au scandale du sang contaminé...

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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