Médecines alternatives : confiance des patients et bienveillance des soignants

Paris, le jeudi 31 janvier 2019 – La Haute autorité de Santé (HAS) mène actuellement une consultation consacrée à l’évaluation de l’homéopathie ; consultation dont le JIM n’a pas pu apprécier les questions (jugées par certains observateurs comme "orientées" en faveur de l’homéopathie), le « statut juridique » du JIM n’ayant pas été considéré par la HAS comme lui permettant de prendre part à la consultation !

Une lutte très isolée

Cette relative discrétion de la HAS s’explique probablement par l’extrême sensibilité du sujet. Alors que pour la première fois avec une telle ampleur des médecins ont dénoncé l’année dernière le maintien du remboursement de l’homéopathie en dépit de son absence d’efficacité propre démontrée (hors placebo) et d’une manière générale la tolérance dont bénéficient aujourd’hui au sein du corps médical les médecines alternatives complémentaires (MAC), l’homéopathie et les autres MAC jouissent d’une forte adhésion non seulement des patients mais également, dans une moindre mesure, des soignants.

La moitié des Français consomment de l’homéopathie, ce qu’ignorent les médecins

Tels sont les enseignements importants d’un sondage réalisé par Odoxa pour Orange, l’Asip Santé, Sciences Po, le Figaro Santé et France Inter. Les responsables de cette enquête insistent sur l’écart observé entre les attitudes et perceptions des patients et celles des professionnels de santé. De fait, on constate une forte sous-estimation de la part des praticiens de l’aura des MAC (dont l’homéopathie) chez leurs patients. On notera par exemple que le niveau de confiance attribué à chaque MAC (« croyez-vous à ses bienfaits ») est inversé entre les Français et les professionnels de santé. Ainsi, 72 % des Français "croient" en l’homéopathie, presque autant en l’acupuncture (78 %), quand ils sont moins nombreux (mais toujours majoritaires) à estimer les bienfaits de la sophrologie (60 %) et de la méditation (47 %). A l’inverse, c’est l’homéopathie qui est en bas du tableau chez les professionnels de santé : "seuls" 49 % croient en ses vertus (et 33 % chez les médecins), alors que l’hypnose moins bien jugée par les Français (65 % y "croient") suscitent un plébiscite (83 % des professionnels la jugent positive et 85 % des médecins). Autre témoignage des disparités entre soignants et patients et probablement d’un défaut de dialogue : les médecins sous-estiment largement la fréquence du recours à l’homéopathie. Ainsi, 52 % des Français admettent utiliser l’homéopathie pour se soigner ; pour les médecins, cette tendance ne concernerait cependant que 27 % de leurs patients (28 % pour l’ensemble des professionnels de santé).

51 % des médecins qui recommandent des médicaments homéopathiques sont convaincus de leur efficacité propre

Mais au-delà de cette illustration de la méconnaissance par les médecins des pratiques de leurs patients que l’on pourrait sans doute constater dans d’autres domaines, ce sondage signale la très forte adhésion des Français à l’homéopathie mais aussi celle des médecins, dans des proportions qui pourraient être considérées comme inquiétantes par certains (mais qui n’alerteront pas les organisateurs du sondage qui s’interrogent sur les raisons de la « frilosité » à proposer des MAC). Il apparaît ainsi que 63 % des Français jugent que l’homéopathie est la plus efficace pour soigner les maladies bénignes par rapport aux traitements classiques et 81 % estiment que la médecine conventionnelle est bien plus nocive à long terme que l’homéopathie. Cette perception peut avoir un impact sur l’adhésion aux traitements : ainsi près de trois français sur dix indiquent avoir déjà refusé un traitement prescrit par leur médecin au profit d’un traitement alternatif (l’enquête ne dit pas néanmoins combien ont refusé une recommandation de traitements alternatifs !). Mais surtout, on observe qu’un médecin sur deux (et 69 % des professionnels de santé) qui recommandent ponctuellement ou régulièrement de l’homéopathie à leurs patients, le font parce qu’ils considèrent que ces traitements ont une efficacité intrinsèque, au-delà de l’effet placebo. C’est un résultat qui ne manquera pas de surprendre, quand beaucoup songeaient sans doute que c’est l’effet placebo qui était principalement recherché (23 % des professionnels et 41 % des médecins) ou la volonté de satisfaire une demande des patients (7 et 8 %). De même 54 % des professionnels considèrent que le qualificatif « utile » s’appliquent plutôt bien à l’homéopathie (et 39 % des médecins).

Paradoxes à dose plus qu’homéopathique

Au-delà de la question de l’homéopathie ou des MAC, cette étude met en évidence comme d’autres enquêtes précédentes des comportements paradoxaux des Français vis-à-vis de la science et de l’information scientifique. On observe ainsi que 86 % des Français affirment avoir confiance dans la science et 87 % dans la médecine, mais ils sont néanmoins 34 % à déclarer ne pas avoir confiance dans les vaccins et 66 % dans les antidépresseurs. Enfin, alors que 60 % des Français (et 70 % des soignants et 69 % des médecins) jugent néfaste l’influence d’internet sur les questions de santé et s’ils assurent qu’ils auraient une « totale confiance » dans les informations délivrées par un site officiel labélisé, quand on les interroge sur les meilleurs sites pour s’informer sur des questions de santé, ils placent les forums au même niveau que les sites animés par des médecins…

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Lutter contre les charlatans

    Le 02 février 2019

    Les médecins opposés à la "médecine" parallèle ont un moyen très simple. Ils doivent refuser d'être médecin référant à tous ceux qui sont adeptes de ce type de "médecine" et ne les soigner qu'en cas d'urgence. Un médecin est libre de refuser à un patient d'être son médecin référent sans avoir à se justifier.

    Dr Guy Roche

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