Opioïdes en France : incitation à la vigilance mais rien de comparable avec les Etats-Unis

Paris, le jeudi 21 février 2019 – Aux États-Unis, la mortalité liée au mésusage des opioïdes initialement délivrés sur prescription médicale représente un véritable désastre. Selon les Centers for Disease Control and Prevention, 115 personnes meurent chaque jour aux États-Unis d’une overdose d’opioïdes (licites ou illicites). 17 087 personnes seraient décédées en 2016 aux États-Unis après prise d'opioïdes sur prescription.

Amélioration de la prise en charge de la douleur

Cette situation incite aujourd’hui l’ensemble des pays occidentaux à la vigilance, même si les contextes sont très différents. En France, les « conditions de prescription, de délivrance, de prise en charge des traitements par antalgiques opioïdes » constituent comme le rappelle l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) des gardes fous efficaces. Cependant, on a assisté ces dernières années à une progression de la consommation d’antalgiques dans notre pays, accroissement en partie liée au vieillissement de la population et qui signale par ailleurs une amélioration souhaitable de la prise en charge de la douleur. Néanmoins, il ne faut pas également éluder l’influence exercée par une certaine pression marketing, qui si elle est bien moindre qu’aux États-Unis existe également. Dans une tribune publiée sur le site The Conversation, le professeur Nicolas Authier (psychiatre, Université Clermont Auvergne) évoque ainsi parmi les facteurs ayant contribué à la hausse des prescriptions en France « d’autres sont commerciaux, avec l’arrivée sur le marché de nouveaux médicaments (...) ou la reformulation d’anciens médicaments (…) et le développement de nouvelles formes pharmaceutiques à action rapide (…). Ces différentes évolutions ont permis à ces médicaments de bénéficier d’une promotion par les laboratoires pharmaceutiques auprès des professionnels de santé ».

Quatre décès par semaine en France

Dans ce contexte international et national, les autorités sanitaires ont décidé d’exercer une vigilance renforcée en mettant en place une veille spécifique. Les résultats d’un premier bilan publiés aujourd’hui confirment que la hausse des consommations s’est accompagnée en France d’une augmentation concomitante des détournements et des situations problématiques. Ainsi, le nombre de décès liés à la consommation d’opioïdes est passé de 1,3 à 3,2 décès par million d’habitants entre 2000 et 2015. On estime ainsi aujourd’hui que quatre personnes meurent chaque semaine en France d’une overdose d’opioïdes. Outre ces chiffres concernant la mortalité, de multiples signaux témoignent d’une même évolution : le nombre d’hospitalisations (de 15 à 40 par million d’habitants entre 2000 et 2017), les taux de notifications d’intoxication aux antalgiques opioïdes (de 44/10 000 à 87/1000 notifications entre 2005 et 2016) et les cas de "troubles d’usage" (qui ont plus que doublé entre 2006 et 2015) ont tous progressé ces dix dernières années.

Des femmes majoritairement concernées

L’ANSM précise par ailleurs que le profil type du patient concerné est âgé en moyenne de 52 ans pour les opioïdes faibles et de 64 ans pour les opioïdes forts, tandis qu’une majorité sont des femmes. « Cette problématique touche principalement des patients qui consomment initialement un antalgique opioïde pour soulager une douleur et qui développent une dépendance primaire » indique encore l’ANSM, tandis que dans Le Figaro le professeur Authier précise : « Nos patients présentent systématiquement des facteurs de vulnérabilité ».

Tant l’ANSM que les spécialistes se veulent rassurants : les chiffres présentés sont sans commune mesure avec le drame américain actuel. « Les dommages sont faibles par rapport à l’Amérique du Nord » insiste le professeur Authier. Cependant, une sous-estimation n’est pas exclue. Par ailleurs, l’augmentation incite à un renforcement de l’information, tant des médecins (de nombreux rapports aux États-Unis mettent en évidence la responsabilité d’une trop faible prise de conscience des praticiens des risques de certaines prescriptions) que des patients. Concernant les premiers, une meilleure formation aux facteurs de risque de mésusage apparaît nécessaire. Auprès des patients, une plus grande sensibilisation semblerait également pertinente, afin d’éviter des dérives liées à un sentiment d’innocuité conférée par la prescription médicale. Un message délicat à transmettre mais essentiel.

Aurélie Haroche

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