Prière pour les fous

Nyakumasi, le samedi 22 juillet 2017 – La situation scandaleuse et totalement indigne de millions de personnes atteintes de troubles mentaux à travers le monde ne suscite pas toujours un intérêt à la hauteur de l’enjeu. L’ampleur des défis sanitaires que doivent relever les états les plus pauvres de la planète conduit parfois à laisser de côté la question de la prise en charge de la maladie mentale, faisant le lit de traitements inhumains. Cependant, les associations humanitaires offrent une attention de plus en plus marquée à cette problématique et dénoncent régulièrement le sort tragique de ceux qui sont abandonnés par tous et d’abord par les pouvoirs publics. C’est notamment le cas de Human Rights Watch (HRW) qui multiplie les enquêtes et les rapports sur ces sujets.

Des moyens inexistants

Exclusions, violences, traitements délétères et malveillants sont le lot d’une grande partie des personnes atteintes de troubles mentaux en Afrique. Les pays de ce continent consacrent en moyenne moins de 1 % de leurs budgets de santé à la santé mentale (contre 6 à 12 % en Europe ou en Amérique du Nord) selon des chiffres publiés par le site Afrique Renouveau. A cette indigence des moyens, s’ajoute le poids de la stigmatisation qui est ici redoublée par rapport aux pays occidentaux (où elle est encore forte) parce qu’elle est comme encouragée par le silence des services sanitaires.

Attachés pendant des semaines, sans nourriture et sans soins

La mobilisation est de fait très lente. Ainsi, en 2012, HRW avait publié un rapport accablant sur le sort des malades mentaux au Ghana, intitulé « Comme une peine de mort ». L’association dénonçait l’enfermement et l’enchaînement de milliers de malades dans des centres se présentant comme des centres de guérison spirituelle, souvent financés par des organisations chrétiennes. Dans certaines de ces structures, les patients sont régulièrement attachés à des arbres « le plus souvent en plein soleil, et on les oblige à jeûner pendant des semaines » avait décrit HRW qui indiquait par ailleurs que les rares malades prenant des médicaments étaient privés de leur traitement. Cinq ans plus tard, malgré les appels formulés dans ce premier rapport, rien ne semble avoir évolué. Une coalition d’ONG, dont fait partie HRW, formule exactement les mêmes dénonciations et les mêmes inquiétudes. Elle évoque des milliers de camps de prière où les patients demeurent enchaînés pendant plusieurs semaines. Privés de nourriture, ils reçoivent des concoctions d’herbes,  et doivent souvent demeurer dans leurs excréments.

Une façon indécente de traiter un être humain

Les appels à la libération de ces prisonniers et leur accueil dans des hôpitaux psychiatriques seront-ils enfin entendus ? Le démantèlement d’un camp à Nyakumasi où vivaient enfermées seize personnes dont une fillette âgée de 12 ans le laisse espérer, ainsi que les prises de position de personnalités ghanéennes et non plus uniquement étrangères. « Enchaîner quelqu’un en raison d’un trouble de santé mentale, réel ou supposé, n’est pas une façon décente de traiter un autre être humain. Les personnes atteintes d’un handicap psychosocial doivent jouir des mêmes droits et de la même dignité que quiconque » a déclaré Dan Taylor, directeur de MindFreedom, une ONG ghanéeene, cité par Géopolitis.

Des hôpitaux psychiatriques peu enviables

Reste à savoir si les hôpitaux psychiatriques s’avèreront plus accueillants que les centres de prière : en 2012, HRW avait recueilli les témoignages de 170 personnes dénonçant l’indignité des conditions d’hospitalisation dans trois hôpitaux psychiatriques publics, surpeuplés, manquant de moyens et où la maltraitance était fréquente. On estime aujourd’hui que 650 000 Ghanéens souffrent de troubles mentaux et 97 % de ces patients sont privés de tous soins.

Aurélie Haroche

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