Quand la peste noire régnait sur Florence

La pandémie de COVID-19 continue d’inspirer les contributeurs de la presse médicale. Dans sa rubrique sur la Psychiatrie dans la littérature, le collaborateur du British Journal of Psychiatry consacre ainsi un article, « dans le contexte de notre COVID-19 », à l’évocation des ravages de la « peste noire » dans le célèbre Décaméron du Florentin Boccace (Giovanni Boccaccio, 1313–1375) : entre mars et juillet 1348, dans la région de Florence, « 100 000 personnes meurent pestiférées. »

Bocace décrit les stratégies des survivants de cette tragédie : certains « s’enferment dans des maisons où nul n’a été malade » et pour éluder l’angoissant sujet de la maladie et de la mort, ils « ne parlent jamais avec personne et ne prennent plus de nouvelles de l’extérieur », alors que d’autres affirment au contraire que « faire la fête jour et nuit à la taverne », en « chantant, riant, buvant sans compter... librement et de façon bestiale » permet de mieux conjurer leurs craintes. Le confinement préconisé par les uns est d’autant moins respecté par les autres que « toute autorité est dissoute et tombée en décadence, faute de collaborateurs qui, comme les autres hommes, sont tous morts ou malades. » C’est pourquoi, dans ce contexte quasi apocaplyptique, chacun a « le droit de faire tout ce qui lui plaît », du moins tant que la peste noire ne l’a pas encore frappé...

Bocace montre l’effacement de la socialisation et la décadence de l’humanité, suite à l’épidémie : « presque aucun voisin ne pense à l’autre et les parents se rendent rarement ou jamais visite, et ne conversent ensemble que de loin », une telle « terreur dans le cœur de tous incitant le frère à abandonner son frère, l’oncle son neveu, l’épouse son mari ; voire (ce qui est encore plus extraordinaire et presque incroyable) les pères et les mères refusant de rendre visite à leurs propres enfants ou de s’en occuper. » À défaut de masque chirurgical, on se promène en tenant « des fleurs, des herbes odoriférantes et autres sortes d’épices » qu’on porte « souvent au nez pour fortifier le cerveau de leurs odeurs » afin de combattre « la puanteur des cadavres » comme « celle des malades et des remèdes utilisés. » Et une attitude préfigure les migrations vers les résidences secondaires observées lors des récents confinements : pensant « qu’il n’y a pas de meilleur remède contre les pestes que de fuir devant elles », de nombreux citadins « abandonnent leur propre ville et cherchent la campagne, comme si la colère de Dieu se contentait d’affliger ceux qui se trouvent dans leur cité ! ».






Dr Alain Cohen

Référence
Greg Wilkinson: Epidemics: black death terror in Florence, 1348 – by Giovanni Boccaccio. Br J Psychiatry, 2021; 219: 374.

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