Santé mentale : au-delà des mesures cosmétiques, une véritable prise de conscience attendue

Paris, le jeudi 15 avril 2021 - La rencontre n’était sans doute pas innocente. Depuis le début de l’année, le Président de la République, a régulièrement mis en scène sa préoccupation pour les conséquences délétères du confinement et des autres mesures de restriction. Ainsi, à l’occasion d’une visite au CHU de Reims il a voulu dire sa plus grande reconnaissance aux équipes du service de pédopsychiatrie. Emmanuel Macron a encore laissé les journalistes retranscrire son échange sans nuance avec une jeune fille hospitalisée pour dépression : « Qu’est-ce que vous redoutez le plus ? » interroge le chef de l’Etat. « Un nouveau confinement » répond l’adolescente. Parallèlement à ce témoignage, le Président de la République a observé : « On voit monter quelque chose qu’on n’avait pas connu au premier confinement, une anxiété et des angoisses chez les plus jeunes qui se sont traduites dans les chiffres », notant encore que les consultations aux urgences pédiatriques ont progressé de 40 % depuis le début de l’épidémie. De son côté, la responsable du service de pédopsychiatrie, le professeur Anne-Catherine Rolland a indiqué que les demandes de consultations avaient doublé depuis septembre.

Des initiatives multiples mais qui manquent parfois d’efficacité

Face à cette situation, le chef de l’État a annoncé la mise en place « d’un forfait psy » de 10 séances remboursées à 100 % chez un psychologue pour les enfants et les adolescents, présentant depuis le début de l’épidémie, une souffrance psychique non détectée auparavant. Le dispositif devrait rester en vigueur au moins jusqu’à la fin de la crise. Depuis plusieurs semaines, les initiatives se sont multipliées pour élargir l’offre de soutiens et les soins psychologiques. Une campagne de sensibilisation inédite a ainsi été récemment lancée par Santé publique France. Des formations (d’une durée de quatorze heures) aux premiers secours en santé mentale (PSSM) sont proposées aux étudiants. Par ailleurs, des chèques psy dédiés aux étudiants ont été annoncés fin janvier, là encore par Emmanuel Macron. Le dispositif doit permettre aux jeunes ne pouvant obtenir de consultations rapides auprès des services de santé universitaires de consulter gratuitement en libéral. Mais le système peine aujourd’hui à réellement se déployer : la tarification (30 euros par consultation) est jugée trop insuffisante par un grand nombre de psychologues, tandis que globalement le dispositif est régulièrement qualifié de « bancal ».

Au-delà du bricolage

D’une manière générale, en ville comme à l’hôpital, le problème des effectifs est crucial. A Reims, Anne-Catherine Rolland a signalé qu’il faudrait deux à trois fois plus de personnes pour répondre de façon efficace et adaptée à l’ensemble des demandes. « Il faudrait doubler voire tripler les effectifs… On veut bricoler, ne le prenez pas mal, mais on est fatigués et c’est jamais fini, on est très sollicités en permanence. Même si à Reims on est mieux lotis que dans les Ardennes. On manque de psychologues et de pédopsychiatres, d’orthophonistes, de psychomotriciens et la grille salariale par rapport à leur haut niveau de compétences fait que les effectifs tournent beaucoup » a-t-elle expliqué à Emmanuel Macron. Même si sa communication actuelle autour de la santé psychique des Français n’est clairement pas exempte d’une certaine forme d’opportunisme, le chef de l’État semble être conscient que le problème n’est pas que ponctuel mais plus certainement structurel. Des assises de la Santé mentale ont ainsi été annoncées pour le mois de juin. Reste à espérer qu’elles ne seront pas uniquement l’occasion de nouveaux effets d’annonce.

Aurélie Haroche

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