Tabac : des ventes en baisse, des sevrages en progression, une mobilisation de tous à renforcer

Paris, le jeudi 26 octobre 2017 – Le gouvernement parviendra-t-il à transformer le rapport de notre pays au tabac afin qu’il ne puisse plus être considéré comme « anormal » pour reprendre le terme utilisé par Agnès Buzyn, ministre de la Santé dans son interview accordée ce week-end au Journal du Dimanche ? L’action du gouvernement, marquée par l’annonce de hausses successives du prix du tabac afin d’atteindre dix euros en 2020, est en tout cas portée par d’encourageants auspices. En effet, le tableau de bord du mois de septembre 2017 qui vient d’être publié par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) met en évidence un recul significatif de la vente de tabac depuis le début de l’année, avec une accélération ces dernières semaines. Ainsi, entre janvier et septembre 2017 les ventes de cigarettes ont diminué de 1,6 % (et les ventes à jours de livraison constants de 0,6 %) par rapport à janvier/septembre 2016. Cette baisse a atteint 9,1 % en septembre 2017. Alors que longtemps, la désaffection que connaissait la cigarette était compensée par un rebond du tabac à rouler, ce dernier perd de son pouvoir de séduction. Ses ventes ont reculé de 6,5 % pendant les neuf premiers mois de l’année et de 15,6 % en septembre ! Il faut dire que la hausse du prix de ces produits de 15,8 % a probablement contribué à ce phénomène, ce qui confirme une nouvelle fois l’importance de la question économique. Parallèlement au recul des ventes de cigarettes, la consommation de traitements d’aide à l’arrêt a explosé, augmentant globalement de 32,1 %. La hausse a été de 60,4 % pour les timbres transdermiques et de 18,1 % pour les médicaments. Ces différents mouvements sont probablement liés à des actions multiples : introduction du paquet de cigarette neutre, volonté plus affichée du nouveau gouvernement de lutter contre le tabagisme, passage du remboursement forfaitaire des substituts nicotiniques de 50 euros à 150 euros par an et réactivation de la prise en charge du Champix.

Fêtards ou pantouflards : en novembre 2017, tout le monde arrête

Pour transformer l’essai, le gouvernement compte dans l’immédiat sur la réussite de l’opération Moi(s) sans tabac dont la deuxième édition doit officiellement débuter dans quelques jours. Les opérations de sensibilisation ont en réalité déjà commencé avec notamment l’apposition de nombreuses affiches et la mise à disposition de "kits" dans les pharmacies et autres lieux de santé. Par ailleurs, la première "fan zone" de participants à l’opération Moi(s) sans tabac a ouvert ce mardi à Paris, avant l’installation de onze autres dans plusieurs grandes villes de France (dont Amiens aujourd’hui). Ces espaces sont conçus comme les zones de supporters aménagées pendant les coupes d’Europe ou du Monde de football. Ils offrent « aux visiteurs la possibilité de s’informer, de rencontre et d’échanger avec un professionnel de santé, de s’inscrire directement à MoisSansTabac et de participer à des jeux et des animations » précise Santé Publique France. Poursuivant la même volonté de faire triompher un esprit collectif positif, les fumeurs ont la possibilité sur Facebook de rejoindre des équipes thématiques ou régionales. « Les 16 équipes thématiques définissent avec humour les modes de vie des participants (fêtard ou pantouflard) ou leur type d’aide à l’arrêt (patché, coaché, vapoteur) », détaille Santé publique France. Les médias se mobilisent également : on devrait suivre en novembre le coaching par Michel Cymès de l’animateur Laurent Romejko.
Des outils indispensables pour faire du professionnel de santé l’acteur numéro un contre le tabac
La mobilisation des professionnels de santé est également attendue : des informations spécifiques à leur intention sont diffusées depuis plusieurs semaines, notamment sur le JIM, par Santé publique France. Cette piqûre de rappel à l’intention des soignants n’est pas inutile si l’on en juge par les résultats de l’enquête conduite par le Réseau de prévention des addictions (Respadd) auprès de 155 directeurs d’hôpitaux. Il apparaît que les actions mises en œuvre dans les établissements de santé contre le tabagisme manquent parfois de visibilité et de dynamisme. Ainsi, si la quasi-totalité des hôpitaux ont mis en œuvre les mesures de restriction du tabagisme (96,7 %), le contrôle de leur application est minoritaire : 75 % des hôpitaux n’ont pas déployé de procédure en la matière. Les actions des établissements pêchent également en ce qui concerne la communication : l’information du public sur la lutte contre le tabac n’est pas systématique dans 50 % des hôpitaux. La prise en charge des patients fumeurs est plus encore un parent pauvre : une aide spécifique n’est proposée que dans 30 % des cas. C’est enfin en ce qui concerne l’implication des personnels que les efforts les plus importants restent à faire : 51 % des directeurs disent ne pas avoir identifié de personnels fumeurs et ne disposent pas de circuit spécifique pour les accompagner. Par ailleurs, seuls 19 % ont mis en place une formation sur le sevrage tabagique à l’intention des professionnels de santé. Ces résultats confirment la nécessité de nouveaux outils, tels le Guide hôpital sans tabac ou la brochure Prise en charge systématique du patient fumeur qui viennent d’être présentés par le Respadd.

Mettre tous les atouts de son côté

Enfin, au-delà de la mobilisation essentielle des pouvoirs publics, de la promotion du sevrage tabagique comme une expérience positive et du renforcement de l’implication des professionnels de santé, beaucoup espèrent que tous les outils disponibles seront dans l’avenir mis à contribution. Beaucoup regrettent ainsi qu’à la différence de Stoptober (la version anglaise du Moi(s) sans tabac organisée depuis plus d’une décennie en Grande-Bretagne chaque mois d’octobre) les atouts de la cigarette électronique, interdite dans de nombreux lieux publics, ne soient pas plus mis en avant et exploités. D’autres enfin pourraient soutenir la proposition récente de Leclerc d’une commercialisation élargie des substituts nicotiniques, jusque dans les parapharmacies des supermarchés. A suivre.

Tableau de bord de l’OFDT : https://www.ofdt.fr/ofdt/fr/tt170918.pdf
Guide Hôpital sans tabac  : http://www.respadd.org/wp-content/uploads/2017/10/Guide-HST-BAT.pdf
Prendre en charge les fumeurs dans les lieux de santé : http://www.respadd.org/wp-content/uploads/2017/10/Livret-Prise-en-charge-LSST-BAT8-1.pdf

Aurélie Haroche

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