Vaccination : comment dépasser le plafond de verre ?

Un centre de vaccination vide aux USA

Paris, le jeudi 20 mai 2021 – Nous sommes encore en France dans cette phase où le premier défi de la campagne vaccinale est d’éviter que le rationnement des doses empêche de répondre en temps réel à une demande toujours forte. La tension est aujourd’hui d’autant plus importante que même si quatre vaccins sont autorisés en France, seuls deux (Pfizer/BioNTech et Moderna) sont pleinement utilisés. Mais certains pays connaissent aujourd’hui une étape différente. Leurs centres se désemplissent peu à peu, certains même ferment leurs portes, bien que 20 à 40 % de leurs habitants n’aient pas encore été vaccinés.

Diminutions inquiétantes

Ainsi en Israël, le nombre quotidien de premières injections est passé de 32 000 début mars à 2 500 début mai et 1 500 aujourd’hui. Par ailleurs, la part de la population (adultes et enfants confondus) vaccinée après avoir connu une progression rapide entre décembre et fin mars stagne désormais. Depuis le début du mois d’avril, le taux n’est ainsi passé que de 60 à 63 %, tandis que 81 % des adultes sont vaccinés. Le scénario est semblable en Grande-Bretagne où le nombre de premières injections est aujourd’hui trois fois moindre par rapport à mi-mars, dans un pays où 70 % des adultes ont reçu au moins une dose. Enfin, aux Etats-Unis, où les difficultés s’observent également, ce ne sont que 60 % des adultes qui sont protégés par au moins une injection, et le nombre de premières injections a été divisé par deux en un mois.

A la rencontre des personnes isolées

Bien sûr parmi les 20 (pour Israël) à 40 % (aux Etats-Unis) de personnes non encore protégées, demeure encore un certain nombre de sujets dont l’isolement et/ou le manque de connaissance des nouvelles technologies ont rendu difficile l’accès aux vaccins. Des dispositifs sont donc déployés en Israël comme aux Etats-Unis pour aller à la rencontre de ces populations. La campagne vaccinale devient ainsi itinérante. Des procédures de rappel sont également organisées.

Des signes précurseurs en France ?

Ces systèmes et processus existent déjà en France. Dans nos colonnes, Thierry Max, infirmier libéral (et membre de l’Ordre des infirmiers en Moselle) a ainsi évoqué les différentes formes prises par la stratégie du « aller vers », décrivant par exemple comment certaines équipes vont également à la rencontre des citoyens dans les espaces publics extérieurs (parcs, terrain de pétanque…). L’Assurance maladie contacte également depuis plusieurs semaines les plus âgés qui n’ont pas encore été vaccinés, afin notamment de leur proposer des rendez-vous. Un travail d’information et de conviction doit souvent être réalisé. Car en France, également, s’il n’est pas atteint pour l’ensemble de la population adulte, le plafond de verre commence à être redouté en ce qui concerne les plus âgés. On constate en effet après une progression rapide, que la vaccination des plus de 70 ans plafonne. Ainsi, pour la tranche d’âge de 70 à 74 ans, la progression a été de + 8,6  point entre le 19 et le 28 avril, + 5,2 points entre le 29 avril et le 8 mai et de seulement + 3,4 points au cours des dix jours suivants.

Prendre le risque en espérant que les autres vous sauveront

Outre les problèmes logistiques, il ne fait aucun doute que les campagnes étrangères et probablement bientôt la campagne française se heurtent à des réticences marquées. Il ne s’agit pas pour la plupart de personnes adhérant à des théories complotistes, mais de sujets inquiets des effets secondaires (et on le sait la transparence médiatique actuelle, si elle est indispensable, n’est pas sans effets contre-productifs), relativisant la dangerosité de la Covid, ou préférant tout simplement s’en remettre à leur destinée en choisissant de « prendre le risque » d’être infecté et malade. Bien sûr, chez ces réticents, existe probablement, plus ou moins consciemment l’idée que la vaccination des autres les protégera.

Un risque de saturation des réanimations à l’automne si 20 à 25 % des adultes ne sont pas vaccinés

Une idée fausse et dangereuse, mettent en garde certains spécialistes. Une très large couverture vaccinale est en effet nécessaire pour espérer un contrôle efficace de la circulation de SARS-CoV-2 (et ses variants). L’équipe de Simon Cauchemez de l’Institut Pasteur avait ainsi proposé une modélisation début avril (qui peut comme d’autres être discutée). Ayant  retenu comme base de travail une efficacité vaccinale permettant une réduction de 90 % des formes graves et de 80 % du risque d’être infecté, elle s’est ensuite fixée comme objectif un nombre d’admissions quotidien à l’hôpital inférieur à 1000. Considérant le R0 actuel d’un virus tel que le variant B.1.1.7 (dit britannique), les modélisateurs de l’Institut Pasteur évaluent qu’avec 90 % des plus de 65 ans vaccinés et 70 % des 18-64 ans, il resterait nécessaire de conserver des mesures permettant de réduire les taux de transmission de 15 à 27 %. Pour prétendre à un retour complet à une vie sans barrières, il faudrait soit une vaccination de 90 % des adultes, soit une vaccination des mineurs. Si les enfants pouvaient également être vaccinés, une vaccination de 60 % à 70 % des moins de 65 ans et de 90 % des plus de 65 ans pourrait ainsi permettre d’envisager la fin de toutes les mesures. En écho avec ces estimations (qui ne tiennent peut-être pas suffisamment compte des personnes immunisées naturellement), le Pr Bruno Megabarne, pourtant réputé pour son optimisme, mettait hier en garde sur LCI : « Avec 20 à 25 % d’adultes non vaccinés à l’automne prochain, les services de réanimation risquent fortement d’être saturés » à l’automne.

Vaccinez-vous, ça marche !

Quelle solution face à cette situation outre les mesures de sensibilisation des patients les plus isolés ? La pédagogie bien sûr et en la matière il existe probablement une marge de progression importante en France où la communication n’a pas toujours été optimale. Cette pédagogie peut s’appuyer sur les résultats en vie réelle en France qui permettent de confirmer l’efficacité de la vaccination. Ainsi, les premières données qui commencent à être diffusées (notamment par comme toujours l’excellent Guillaume Rozier) montrent en Corse une diminution par quatre du risque d’admission en réanimation avec au moins une dose de vaccin, soit une efficacité vaccinale que l’on peut évaluer autour de 75 %, soit un taux élevé et alors que les données sont encore parcellaires (avec notamment un recul encore restreint concernant les personnes complétement vaccinées). Mais la communication doit également pouvoir insister sur les bénéfices collectifs.

Pass vaccinal : un faux espoir ?

Les autres leviers reposent sur l’incitation, qui peut passer par des formes diverses. Il peut s’agir de gratifications diverses, mais c’est une attitude qui semble plus proche de l’esprit anglo-saxon que français et les initiatives en la matière devraient donc être très isolées dans notre pays. Ces incitations peuvent également consister en des avantages pour les personnes vaccinées. Là encore, il ne semble pas que cette orientation soit privilégiée en France quand en Allemagne les personnes vaccinées peuvent s’émanciper du couvre-feu alors qu’elles sont dispensées du port du masque aux Etats-Unis. Cependant, c’est également le principe du pass sanitaire. Néanmoins, difficile de garantir un effet réel, la proportion de la population voyageant ou participant à des événements de plus de 1000 personnes demeurant en réalité restreinte (et alors que demeure la possibilité de réaliser un test). L’obligation ne paraît pas plus à l’ordre du jour, y compris pour les professionnels de santé, même si une telle perspective, comme l’a montré un récent sondage réalisé sur notre site est approuvée par les médecins et les pharmaciens (mais pas par les infirmiers).

Mamie, si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour que je ne le fasse pas moi !

L’une des dernières soupapes est la vaccination des adolescents et des enfants qui semble encore loin d’être d’actualité en France et en Europe. En la matière, le travail d’explication concernant les bénéfices collectifs de la vaccination sera majeur, compte tenu du risque extrêmement faible de Covid grave et plus encore mortelle chez les enfants et adolescents. A moins que réticents à l’idée de voir leurs petits-enfants et enfants soumis à une vaccination peu nécessaire pour eux, les plus âgés récalcitrants finissent par se laisser convaincre ?

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article