Vaccination obligatoire : l’Allemagne booste le débat

D’ici la fin de l’année, les représentants allemands, au sein du Bundestag, du Bundesrat et du conseil fédéral des 16 Länder se prononceront sur la vaccination obligatoire contre la Covid. Si les élus sont invités à « voter en conscience » selon la formule du nouveau chancelier Olaf Scholz, ce dernier s’est prononcé en faveur de cette mesure. Cette dernière a déjà été adoptée en Autriche et concerne également depuis peu les personnes âgées de plus de 60 ans en Grèce. Dans ce dernier pays, à l’instar de ce qui est proposé en Allemagne, c’est un système d’amende qui sanctionne le non-respect de l’obligation. Ainsi, les personnes signalées comme non vaccinées par les services d’Assurance maladie devront s’acquitter d’une contravention mensuelle de 100 euros. En Allemagne, si l’obligation est adoptée, elle devrait s’appliquerait à partir du mois de février et pourrait reposer sur un système d’amendes progressif. Ainsi, chaque jour verrait doubler par deux le montant de la sanction qui commencerait par un centime le premier jour et atteindrait ainsi jusqu’à 100 euros en deux semaines et 10 000 euros en trois semaines !

Une mesure pour mauvais élève ?

Ces exemples européens et notamment allemand relancent le débat partout en Europe, confrontée à un rebond épidémique majeur lié au variant Delta et alors que la menace d’Omicron, même si elle est très incertaine, ravive les inquiétudes. Ainsi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a invité les Etats membres à engager une réflexion sérieuse sur la vaccination obligatoire. Immédiatement, le gouvernement français par la voix de Gabriel Attal et d’Olivier Véran, a indiqué que cette stratégie n’était pas l’orientation choisie par la France. Comme souvent, le porte-parole du gouvernement a mis en avant la meilleure couverture vaccinale de notre pays (même si près de 13 % des plus de 75 ans n’ont reçu aucune dose de vaccin) et le succès du passe sanitaire. « Les pays qui font appel à la vaccination obligatoire sont des pays qui, bien souvent, n'avaient pas mis en place les mesures que nous avons prises très tôt » s’est ainsi félicité Gabriel Attal.

Où est le problème ?

Pour autant, même si nous sommes habitués depuis le début de la pandémie à ce que de telles dénégations gouvernementales précédent souvent de quelques jours des changements radicaux de politique sanitaire et alors que dans les faits plusieurs pays européens n’ont en réalité pas attendu la France pour mettre en place un passe sanitaire (en particulier l’Autriche qui l’a fait plusieurs mois avant), le débat est bien lancé en France. Plusieurs personnalités politiques se sont ainsi exprimées en faveur de l’obligation vaccinale, tels le président des Centristes, Hervé Morin, le maire de Béziers Robert Ménard (proche du RN) ou le Haut commissaire au plan, François Bayrou. Ce dernier a ainsi remarqué : « J'ai du mal à voir le problème pour être honnête quand on sait qu'on fait des vaccinations obligatoires pour chaque enfant qui naît ». A contrario, Alexis Corbière de La France Insoumise s’est montré plutôt hostile à une telle idée. Du côté du Conseil scientifique et de son président, le professeur Jean-François Delfraissy demeure réservé, considérant que l’enjeu est d’abord démocratique et politique.

Un débat récurrent

Bien avant que l’Autriche, la Grèce et plus encore l’Allemagne (qui nous est si souvent montrée en exemple) ne créent ces précédents, l’obligation vaccinale avait déjà suscité des prises de position tranchées. Outre une proposition de loi portée par des députés socialistes début septembre (qui n’a pas été adoptée), dans nos colonnes dès le 9 juin 2021, le Dr Martin Blachier avait considéré que la vaccination obligatoire des plus vulnérables s’imposait. Nous avions également publié le 30 juillet 2021 une tribune de notre collaboratrice le Dr Anastasia Roublev allant dans ce sens. Sans parler des interminables débats sue ce sujet sur Twitter et les plateaux de télévision.

L’efficacité des méthodes actuelles semble épuisée

Invariablement, ces différentes prises de position rappellent que les questions soulevées par la vaccination obligatoire sont diverses, non pas seulement médicales, mais aussi logistiques, éthiques et démocratiques. D’un point de vue médical, les réticences peuvent être liées au fait qu’il est désormais avéré que la vaccination n’offre pas de protection suffisante contre l’infection et la transmission. Dès lors, la pertinence d’une vaccination obligatoire totale, présentée notamment comme acte de solidarité, semble discutable. De plus, on l’a vu à plusieurs reprises, les mesures ciblant les plus vulnérables ont quasiment toujours été rejetées dans notre pays. Cependant, alors qu’aujourd’hui moins de 20 000 vaccinations par jour sont des primo injections, on mesure bien que les dispositifs actuels (passe sanitaire renforcé, dispositifs d’aller-vers…) ont perdu complètement leur force de persuasion vis-à-vis de ceux qui n’ont encore reçu aucune dose.

Enjeux démocratiques

D’un point de vue logistique, la question du contrôle serait cruciale. Il est cependant possible d’envisager une vérification par les services de l’Assurance maladie et un système d’amende à assez dissuasif mais cependant acceptable socialement. Enfin, les aspects démocratiques sont multiples. Il est certain que vivre dans une société (et être protégée par elle) suppose d’accepter de renoncer à certaines de ses libertés pour le bien commun (bien commun qui comprend entre autres la préservation du bon fonctionnement des hôpitaux), de même que les responsables politiques sont notamment élus pour assurer la sécurité (mais aussi la liberté…) de leurs administrés. Il faut cependant éviter la tentation de vouloir faire le bonheur des individus contre eux-mêmes, tentation qui peut conduire à des dérives. L’obligation vaccinale contre la Covid, d’abord efficace pour se protéger individuellement  contre une forme grave, peut-elle être considérée comme une mesure qui en dépit de la restriction de liberté qu’elle suppose est légitime compte tenu de ses bénéfices pour chacun et pour tous ?

Se libérer du passe ?

Concernant les libertés individuelles, dans le contexte de l’épidémie actuelle et des mesures qui ont été prises pour tenter de la contenir, la perspective d’une obligation vaccinale suscite des réactions diverses. Certains considèrent que c’est un pas supplémentaire vers un contrôle social des comportements, s’appuyant sur un catastrophisme délétère. Mais d’autres observent que ce serait également la fin de l’hypocrise que constitue à certains égards le passe sanitaire qui n’est plus pour beaucoup qu’une incitation à la vaccination, voire la possibilité de s’émanciper de cet outil de contrôle que d’aucuns jugent démesuré.

A suivre.

Aurélie Haroche

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