Maradona : quelle responsabilité pour le corps médical ?

Buenos Aires, le samedi 22 mai 2021 - Il était sans doute la plus grande légende de son sport. Joueur de génie, fantasque mais aussi torturé, Diego Maradona a incarné à lui seul toutes les contradictions du football. Sur de nombreux aspects, la vie du footballeur a été un roman noir.

Et même dans l’au-delà, les circonstances troubles entourant son décès continuent d’alimenter les chroniques judiciaires.

Le 27 novembre dernier, plusieurs jours après le décès de l’Argentin, la justice ouvrait une enquête pour déterminer s’il y avait eu négligence dans la mort « d’el pibe de oro ».

Les circonstances de la mort, survenue plusieurs semaines après avoir été opéré d’un hématome cérébral ont été considérées comme suspectes par les proches de la victime, qui ont rapidement fait apparaitre plusieurs manquements potentiels (insuffisance du suivi post opératoire, retard des ambulances). D’après le rapport d’autopsie, le joueur serait décédé à l’âge de 60 ans « d’un œdème pulmonaire aigu secondaire et d’une insuffisance cardiaque chronique exacerbée ».

Plus particulièrement, c’est la responsabilité supposée d’un homme, le neurochirurgien Leopoldo Luque, qui est à l’origine d’une procédure judicaire ouverte pour homicide involontaire.

Procédure d’expertise

Un collège d’expert a été désigné par la justice pour enquêter sur les circonstances de la mort. Début mai, la commission médicale fustigeait le traitement « inadéquat, déficient et imprudent » ayant conduit à la lente agonie du numéro 10 argentin.

Le rapport de 70 pages offre un détail effrayant des dernières heures de la star, qui « aurait commencé à mourir au moins douze heures avant d’être retrouvé sans vie et enduré une période d’agonie prolongée ». Le mémoire précise également que « les signes de danger de mort qu’il présentait ont été ignorés » et que les soins infirmiers ont été « entachés de déficiences et d’irrégularités ».

Reprenant un concept proche de la « perte de chance » existant en droit français, la commission médicale a souligné que l’ancienne vedette « aurait eu de meilleures chances de survie » s’il avait été hospitalisé dans des conditions normales.

Mise en examen pour homicide volontaire !

Les sept mis en examen pour la mort de Diego Maradona en novembre dernier, jusqu'ici accusés d'homicide involontaire, sont désormais poursuivis pour homicide volontaire et encourent de 8 à 25 ans de prison. Un changement de qualification qui traduit l’existence, d’après le rapport, d’une faute professionnelle commise non seulement par le neurochirurgien, mais aussi par l’ensemble des professionnels de santé (infirmiers, psychologies, médecin coordinateur) ayant été au chevet de l’idole.

Charles Haroche

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