Accidents de la vie courante: moins de 15 ans et plus de 65 ans en première ligne

Paris, le jeudi 21 décembre 2017 – Souvent, la prévention des accidents de la vie courante (AcVC) est considérée comme un maillon faible du système de santé. Cependant, ces dernières années, un recensement plus précis a tenté d’offrir une meilleure visibilité à cette cause majeure de mortalité. Même si des difficultés persistent en raison entre autres du caractère fluctuant de la définition des accidents de la vie courante, la non intentionnalité constituant cependant un critère central.

Une nouvelle étude, publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) s’est ainsi donnée pour double objectif de mesurer « les taux d’incidence des accidentés » et d’ « identifier les facteurs associés aux AcVC». Cette seconde cible apparaît essentielle pour élaborer une politique de prévention efficace.

Dépression et accidents de la vie courante : des interactions multiples

En se basant sur les résultats de l’Enquête santé et protection sociale (ESPS) 2012 qui repose sur une interview directe ou sur un questionnaire auto-administré, Louis-Marie Paget et Bertrand Thélot (Santé publique France) ont pu mettre en évidence, pour les accidentés de plus de 15 ans, plusieurs facteurs associés, également retrouvés par la littérature internationale : « le fait d’avoir de l’attrait pour le risque, d’être jeune, d’avoir un niveau d’études supérieur au baccalauréat, d’être plutôt en mauvaise santé mentale ». Concernant les accidents ayant entraîné une incapacité sévère pendant quarante-huit heures et plus, on retrouve comme facteurs de risque le fait de vivre seul et de déclarer un mauvais état de santé mentale. Le rôle joué par la dépression est évoqué dans de nombreuses publications, bien que « l’interprétation visant à expliquer le risque augmenté de traumatisme non intentionnel chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques n’est pas très claire. Certains travaux évoquent un lien entre l’effet sédatif des psychotropes et la survenue de chutes chez les personnes âgées, d’autres indiquent que les comportements impulsifs chez les personnes souffrant de troubles de l’humeur pourraient expliquer la survenue plus fréquente de traumatisme non intentionnels ». On retiendra en outre que cette étude insiste sur le fait que l’attrait pour le risque semble particulièrement accroître la possibilité d’être victime d’un accident de sport et de loisirs.

Des statistiques variables d’une étude à l’autre

Plus généralement, l’ESPS qui a recueilli 23 047 réponses et qui est représentative de la population générale, met en évidence un taux d’incidence d’accidentés de 4,8 %. Ces chiffres sont comparables à la précédente version de l’étude, quand le Baromètre santé avait pour sa part constaté une hausse. Les méthodologies différentes pourraient expliquer cette variation. Il apparaît par ailleurs que 20,9 % des accidents concernent des personnes de moins de 15 ans et 20,7 % les 65 ans et plus. Les accidents domestiques (50,7 %) sont les plus fréquents, suivis de ceux liés à la pratique de sport ou de loisirs (26,5 %). La gravité est souvent significative : dans 81,9 % des cas, une limitation d'activité pendant quarante-huit heures a été déplorée. Parmi les autres différences notables avec les études antérieures, les auteurs citent le fait que les hommes ne semblent pas plus fréquemment victimes d’accidents que les femmes (à l’exception de la tranche d’âge 15-24 ans). Ces écarts confirment la difficulté des relevés épidémiologiques en la matière, déjà soulignée dans d’autres travaux (Linda Lasbeur et Betrant Thélot notaient ainsi dans une étude publiée en début d’année que le codage automatique des intoxications avait contribué à une hausse spectaculaire en brouillant la distinction entre intoxication intentionnelle et non intentionnelle).

Les jeunes (trop ?) chouchoutés

Ces différentes données doivent contribuer à l’élaboration de politiques de prévention pertinentes. A cet égard, on relèvera que la stratégie nationale de santé qui vient d’être présentée par le gouvernement prévoit dans son chapitre consacré aux jeunes générations de lutter contre les accidents de la vie courante. Malgré cette intention louable, on regrettera que cette préoccupation ne s’exprime pas pour l’ensemble de la population (et notamment les plus âgés), qui est entièrement concernée comme le confirment une nouvelle fois les chiffres publiés dans le BEH. Par ailleurs, la stratégie s’est donnée pour objectif de « promouvoir la formation aux premiers secours », là encore prioritairement à destination des jeunes.


Publication du BEH

Aurélie Haroche

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