Avoir un bon robot…

Toulouse, le samedi 23 octobre 2021 – L’incommensurable chagrin que représente la perte d’un enfant accroît encore la douleur engendrée par les épreuves qui ont pu précéder la mort. Ainsi, le souvenir des semaines pendant lesquelles leur fille n’a plus pu partager avec eux leur vie familiale a longtemps hanté Anne et Thierry Gauthier. Comment permettre aux jeunes patients qui doivent être isolés de pouvoir continuer à habiter leur maison, à se chamailler avec leurs frères et sœurs, à discuter librement avec leurs parents pendant que se prépare le repas ? Les possibilités des communications vidéos ne répondent qu’imparfaitement à ces besoins des familles et des petits malades. Ces systèmes ne sont en effet pas toujours complètement appropriés, notamment par les plus jeunes enfants.

Faire le pont

Aussi, Anne et Thierry Gauthier ont d’abord imaginé créer eux-mêmes grâce au soutien de l’Humanity Lab d’Airbus (au sein duquel travaille Thierry Gauthier) un robot humanoïde qui puisse faciliter les interactions entre l’enfant à l’hôpital et sa famille. Mais ils ont ensuite découvert Buddy, fabriqué par la société française Blue Frog Robotics et ont perçu en lui son important potentiel pour faire le pont entre les chambres stériles et les chambres familiales.

Cache-Cache

Atteignant moins d’un mètre de hauteur, doté d’un design ludique et attachant, Buddy peut soit afficher l’image de son utilisateur, soit un avatar. Surtout, sa petite taille lui permet de se faufiler partout où il est guidé. Voilà qui a permis à Alexis, âgé de 11 ans, atteint d’une leucémie qui l’a empêché de quitter sa chambre stérile du CHU de Toulouse pendant de longues semaines, de jouer à cache-cache avec sa petite sœur demeurée chez elle ou d’aller vérifier dans sa chambre l’ampleur des travaux réalisés par ses parents. La légèreté de Buddy, qui s’emporte facilement partout, permet également aux utilisateurs de participer à des réunions familiales ou à des visites. « L’avantage de Buddy, c’est que l’enfant est indépendant, il commande le robot depuis la tablette, il a le choix de mettre son visage ou d’avoir un avatar s’il n’a pas le moral. Il ne peut pas non plus se connecter seul, cela permet de conserver une certaine intimité pour les parents… Tout simplement parce que parfois papa et maman pleurent et qu’ils n’ont pas envie de le faire devant leur enfant, où lorsqu’ils discutent entre eux », explique Thierry Gauthier dans 20 minutes.

Souplesse

L’introduction de Buddy au sein du service d’hémato-oncologie pédiatrique du CHU de Toulouse a été permise par l’investissement du Dr Cécile Boulanger. L’unité a d’abord réfléchi « aux caractéristiques du robot pour une bonne adaptabilité au sein de l’unité de soins » explique le CHU. Les retours des professionnels ont conduit les membres de l’association de Thierry et Anne Gauthier, « The Hope of Princess Manon », d’adapter Buddy aux besoins spécifiques de l’établissement. « L’avantage, c’est qu’on peut travailler sur des softwares, les intégrer au robot pour le développer de manière spécifique pour l’hôpital. Nous l’avons donc dans un premier temps testé, et depuis, quatre enfants ont pu en bénéficier », explique encore Thierry Gauthier. L’expérience, bien qu’encore limitée, est concluante.

« Pour nous, l’idée est vraiment d’améliorer les soins des enfants et les soins de support. On sait que le côté psychologique et le vécu du traitement ont une part importante dans le résultat. Que l’enfant vive mieux l’étape de l’isolement en fait partie. Pour l’instant, sur les quatre familles qui ont testé Buddy, nous avons des retours très positifs, les enfants sont très contents », s’enthousiasme le docteur Cécile Boulanger.

Aujourd’hui, le CHU de Toulouse qui réfléchit à l’acquisition d’un second Buddy, prépare une étude destinée à mesurer les effets socio-psychologiques de l’utilisation de ce dispositif non seulement sur l’enfant, mais également sur sa famille et les rapports médecin/patient.

Aurélie Haroche

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