Benvingut a StopCovid

Samedi, le 6 juin 2020 - Mardi 2 juin. Cela fait désormais trois mois que je suis à la lettre toutes les recommandations du gouvernement dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus. Dans la guerre sanitaire déclarée par le Président de la République, je suis un soldat exemplaire. Je suis allé au théâtre pour continuer de vivre, avant de me confiner sans poser de questions. J’ai applaudi les soignants à 20 h et multiplié les hashtags de prévention sur les réseaux sociaux. J’ai fustigé les masques avant de critiquer ceux qui n’en portaient pas. J’ai respecté la distanciation physique tout en maintenant le lien social. 

Après deux mois d’attente, je vais enfin pouvoir, avec bonheur, adopter un nouveau geste barrière, un de plus, en téléchargeant StopCovid, l’application (géniale) de « contact tracking » du gouvernement, censée nous prémunir contre une seconde vague. Je n’écoute pas les jaloux qui crient à la surveillance généralisée et n’hésitent pas à convoquer Orwell. Peu m’importe ma vie privée : il faut lutter contre l’épidémie « quoi qu’il en coute ».

12h00. L’heure de StopCovid a sonné. Je me précipite sur mon Iphone, sans oublier avec quelle indignité Apple a refusé de collaborer avec notre gouvernement dans l’élaboration de l’application (penser à changer de marque de téléphone). Dans mon excitation, je télécharge la première application visible. « Salut, benvingut a StopCovid ». Un léger bug sans doute, mais on ne peut pas trop en demander aux informaticiens du gouvernement, qui ont travaillé jour et nuit pour sortir l’application (avec seulement un mois de retard). Mais alors que je plonge dans l’application, l’étrange sabire persiste. « Contribueix a contenir el coronavirus ».

Des vieux souvenirs de cours d’espagnol (ou presque) remontent à la surface. En lisant les commentaires, je comprends que les autres internautes sont aussi désemparés que moi. « Je ne comprends rien », « Traduisez l’application », « C’est Manuel Valls qui a codé l’appli ? » (probablement pas). Je finis par élucider le mystère : dans ma précipitation, j’ai téléchargé Stop Covid Cat, l’application de « contact tracking » du gouvernement catalan. Je désinstalle et repart à la recherche de la « vraie » application.

Cette fois pas d’erreur possible. L’application s’appelle Stop Covid et est parmi les plus téléchargés de l’Apple Store (je suis fier de mes compatriotes). Mais la joie est de courte durée. Une fois l’application ouverte, je me retrouve face à des pictogrammes incompréhensibles.

J’ai beau redémarrer mon smartphone, supprimer puis télécharger à nouveau l’application, rien n’y fait, les étranges signes persistent. Je comprends finalement que j’ai encore été victime de mon enthousiasme : je suis en face du Stop Covid géorgien, disponible depuis maintenant deux mois.

Passé l’étonnement de constater que les informaticiens sont visiblement plus efficaces à Tbilissi qu’à Paris, le désarroi m’envahit. Il est 15 heures et StopCovid est toujours indisponible. Je suis à deux doigts d’arracher mes posters de Cédric O. Enfin, à 18 h, c’est la libération : StopCovid, le vrai, le français, est enfin là. Je peux enfin partir boire un verre en terrasse l’esprit serein : je suis un homme traqué et donc heureux.

Au diner, un ami m’explique qu’il a, par erreur, téléchargé Stop Covid 19-KG, l’application du Kirghizistan. Ra suleli !*

* « Quel idiot ! » en Géorgien

Q.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Soyons fou !

    Le 06 juin 2020

    რა სულელი

  • Très actuel

    Le 06 juin 2020

    Un article très actuel. Tous les gouvernements essayent une application qui pour le moment recueille trop de données et donc difficile à sortir des conclusions utiles.

    Dr Maria Merce Bonet

Réagir à cet article