Choisir son camp entre blouse blanche et gilets jaunes

Paris, le samedi 9 février 2019 – C’est toujours une affaire de couleur. Noir à l’origine, pour accompagner les groupes de libération des afro-américains aux Etats-Unis. Rouge pour ceux qui s’inspirent des célèbres secouristes de la Croix Rouge. Et récemment le jaune. Ce jaune, bien sûr, qui est le signe depuis plusieurs semaines dans nos villes et nos campagnes d’une volonté de manifester, d’agir, d’exister. C’est aussi une histoire de couleur politique. Même si bien sûr en la matière, les nuances ont une grande importance. C’est en tout cas une question de soins et surtout de la volonté de faire partie d’une lutte.

Black panther

Les street medics sont nés aux Etats-Unis dans les années soixante. Ce qui lie ces militants n’est pas nécessairement leur formation médicale ou paramédicale mais leur désir d’offrir une première assistance à ceux qui manifestent lorsqu’ils sont victimes de violence. Ainsi, majoritairement, existe-t-il une forte adhésion entre les street medics et le discours des manifestants qu’ils accompagnent. Elle était incontestable chez les premiers street medics américains qui participaient aux manifestations des Black panther ou de l’American India Movement ou encore des vétérans opposés à la guerre du Vietnam.

Masque à gaz et sérum physiologique

En France, il faudra attendre l’arrivée des altermondialistes pour voir se former quelques groupes disparates de street medics. Ces "secouristes" qui sont très rarement médecins ou infirmiers et qui n’ont pas tous suivi une formation étaient notamment nombreux à assister les opposants à la construction de feu l’aéroport de Notre Dame des Landes. Et depuis quelques semaines, ces street medics sont de plus en plus nombreux dans les cortèges des gilets jaunes.

La plupart porte un tee-shirt blanc orné d’une croix rouge, mais beaucoup arborent également un gilet amaril, ce qui révèle bien leur adhésion au mouvement d’une manière générale. Dans leur sac, ils transportent des objets pour se protéger des gaz lacrymogènes (qui à l’instar des autres manifestants leurs sont souvent confisqués), des bandages et pansements, des désinfectants et du sérum physiologique. D’autres, qui le plus souvent sont réellement soignants, emportent également un stéthoscope ou un tensiomètre. S’ils peuvent intervenir face aux blessures les plus légères,  ces secouristes sont le plus souvent impuissants en cas de traumatismes plus graves. Néanmoins, ils peuvent isoler le blessé et orienter les secours ce qui se révèle souvent utile. Au fur et à mesure des semaines, les manifestants ont appris à reconnaitre ceux que l’on appelle parfois les "anges blancs".

Face aux forces de l’ordre, les "collabos" et les autres

Mais cette aide bénévole et souvent improvisée des street medics n’est pas sans soulever de nombreuses questions qui agitent leurs groupes. La plus importante concerne leur position vis-à-vis de la violence. Si tous la condamnent officiellement, une ambiguïté existe quant à l’attitude à adopter vis-à-vis des représentants des forces de l’ordre blessés. Certains groupes de street medics ont une ligne claire : ils viennent en aide aux policiers atteints comme aux manifestants, adoptant ici une neutralité qui est le principe observé par tous les professionnels de santé. Mais d’autres se montrent bien plus hostiles, remarquant que les forces de l’ordre ne prennent guère de précautions particulières face à eux et allant parfois jusqu’à adopter un discours militant. « Nous n’allons pas tendre le bras après s’être fait bouffer la main » peut-on par exemple lire sur la page Facebook des Street Medic Toulouse citée par le Figaro. Cette diversité des réponses n’est pas sans entraîner certaines frictions : les secouristes choisissant d’assister les policiers ayant tôt fait de se faire traiter de "collabos".

Exercice illégal de la médecine

L’autre question concerne les risques liés à une prise en charge déficiente. En effet, nous l’avons dit, tous les street medics n’ont pas reçu de véritable formation, ce qui peut s’avérer dangereux face à certaines blessures. D’ailleurs, quelques plaintes pour exercice illégal de la médecine ont été déposées destinées à rappeler les limites à ne pas franchir pour la sécurité des victimes. Ces rappels font parfois grincer des dents certains street medics, qui toujours partagés entre le militantisme politique (parfois à tendance anarchiste) et la véritable assistance, ne se montrent pas toujours transparents sur leur fonctionnement et leur niveau de formation.
De quoi voir jaune.

Aurélie Haroche

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