Connaissez-vous les chatbots ?

Paris, le samedi 15 décembre 2018 – Le monde est peut-être un perpétuel recommencement, mais il est cependant de nombreuses "innovations" actuelles que les plus de trente ans peinent à connaître ! A l’ère du numérique, une vedette chasse l’autre et il est parfois difficile de s’adapter à ce rythme effréné. Pourtant, comme le monde est sans doute un perpétuel recommencement, il n’est pas rare que l’on découvre que ce qui nous semble furieusement nouveau existe en réalité depuis plusieurs décennies.

Sur le divan d’Eliza

Ainsi sont les chatbots. Rien à voir avec une version mal écrite du Chat botté. Il s’agit de petit robot conversationnel, comme leur nom pourrait le laisser deviner. Aujourd’hui, les chatbots sont le nouveau produit d’appel des startups et autres entreprises de communication numérique. Mais les chatbots ne sont pas nés avec le web 3.0 ou les big data. Leur ancêtre s’appelle Eliza. Ce programme développé dans les années 60 par des chercheurs du MIT était capable de questionner un humain à la manière d’un psychothérapeute et de mener une conversation. Beaucoup s’y étaient laissé prendre.

Aide au diagnostic

Avec les puissances de calcul actuelles et la compilation de volumes de données incomparables par rapport à ceux disponibles à l’époque d’Eliza, il n’est pas difficile d’envisager les potentiels des chatbots d’aujourd’hui. Aussi, ces robots conversationnels se développent dans de nombreux domaines et notamment dans le secteur de la santé. Deux programmes de ce type se sont ainsi démarqués ces derniers mois. En juin, la Croix-Rouge française, le Centre ressource autisme Ile de France (CRAIF) et le Centre régional d’éducation et de services pour l’autisme en Midi-Pyrénées ont lancé un « Chatbot sécurisé via Infinity la première messagerie instantanée de santé ». L’objectif de ce chatbot, développé par BotDesign et le GIP MiPiH (structure de coopération inter-hospitalière) est de devenir un outil d’aide au repérage des troubles du spectre de l’autisme. Ce chatbot repose ainsi sur l’idée que « l’intelligence artificielle va être capable de compiler les réponses à un questionnaire réalisé sur mesure pour détecter ce type de troubles. Il sera rempli par un professionnel de la petite enfance en contact direct avec l’enfant soumis au test », expliquent les acteurs de ce projet.

Parallèlement à des chatbots au service des professionnels de santé, ce type de dispositifs peut également s’adresser directement aux patients. Ainsi, Wefight, start up créée par Benoît Brouard (ancien pharmacien hospitalier de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris) et Pierre Nectoux (ingénieur) a développé Vik. Cet agent conversationnel également décrit comme un compagnon virtuel (son design est d’ailleurs celui d’un petit animal sympathique) est intégré dans les applications de messagerie instantanée. Il offre une conversation fluide en langage naturel et des réponses contextualisées qui sont le fruit d’un important travail de machine learning. « Nous avons une énorme base de contenus, validée par des professionnels de santé, sur laquelle nous avons travaillé depuis l’été 2017 » expliquait il y a quelques mois Benoît Brouard au site Usine Digitale. « Vik (…) répond aux questions des patients et de leur entourage : nutrition, traitements, effets secondaires, douleur, vie sexuelle, fertilité, soin de la peau, remboursement par l’Assurance maladie, droits sociaux… Tous les sujets peuvent être abordés, même les plus confidentiels » indiquait encore au printemps un communiqué de présentation du premier Vik, dédié au cancer du sein. Après cette pathologie, Vik se décline et sera décliné pour répondre aux patients atteints de cancer du poumon, de dépression, d’asthme et d’autres cancers. Pouvant constamment être amélioré grâce aux nouveaux flux d’information et à l’affinement des simulateurs de conversation naturelle, Vik assure par ailleurs garantir une stricte confidentialité des données.

Remplacer les hommes par des robots ?

Cette question de la confidentialité rappelle que comme tout outil reposant sur les big data, les chatbots en santé ne sont pas dépourvus de risques et de limites. Ils ne sauraient en tout état de cause remplacer un dialogue avec un véritable être humain et expert. Benoît Brouard promet à cet égard : « Vik (…) ne dénature pas la relation avec le médecin, il remplit au contraire un vide en permettant aux malades de poser des questions, à toute heure, sur un large panel de sujets ». En beauté (botté) ?

Aurélie Haroche

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