Dépendance : pour nous soigner, soyons addict au numérique !

Paris, le samedi 15 juin 2019 – Addiction et numérique ne font pas bon ménage. Entrer ces deux mots dans un moteur de recherche donne inévitablement accès à une série d’articles mettant en garde contre les risques de dépendance aux outils numériques.

Un défi majeur loin d’être relevé

Pourtant, nos écrans, nos réseaux sociaux et autres nouvelles technologies d’information ne sont pas seulement des dangers, mais peuvent également représenter de véritables atouts ; notamment pour le repérage et la prise en charge des addictions. C’est le constat et le pari d’un rapport élaboré par les docteurs Michel Reynaud (président du Fonds Actions Addictions) et Jean-Pierre Thierry (conseiller e-santé) remis il y a quelques semaines à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA). Le président de la MILDECA, Nicolas Prisse, qui signe la préface de ce rapport rappelle que par l’ampleur du nombre de personnes concernées (par le tabagisme, l’alcoolisme, la dépendance au cannabis ect), « les conduites addictives constituent un défi majeur et permanent pour notre société qui nécessite une véritable mobilisation ». Pourtant, cette dernière est loin d’être au rendez-vous puisque « D’après certaines études, moins de 20 % des besoins [de soins] sont (…) couverts » rapporte Nicolas Prisse.

Tout le monde (ou presque) a un smartphone

Dans de nombreux domaines thérapeutiques, des outils numériques ont été développés, dont beaucoup (même si une petite partie relève de gadgets) permettent une amélioration du dialogue entre les patients et leur médecin et un meilleur suivi par les malades de leur prise en charge. Difficile de comprendre pourquoi les addictions devraient être exclues de ce mouvement, même si, peut-être plus encore que dans d’autres champs thérapeutiques, il est évidemment indispensable que les outils numériques ne remplacent pas le lien humain. On peut néanmoins estimer que face à des pathologies souvent honteuses, l’outil numérique, et notamment le smartphone, qui sont aujourd’hui omniprésents dans la vie de tous nos contemporains peuvent se révéler des tremplins facilement accessibles et pertinents pour initier une prise de conscience et une prise en charge.

Des outils concrets

Aujourd’hui, les dispositifs expérimentés bénéficient « d’un niveau de preuve suffisant pour justifier le déploiement » de solutions numériques « telles que les réseaux communautaires et sociaux, la téléconsultation et la télémédecine, l’aide téléphonique, les applications mobiles, certains objets connectés » énumère le rapport. Ce dernier estime que, s’appuyant sur ces données, il est possible d’affirmer que « L’e-Santé est susceptible d’apporter une amélioration du service médical rendu dans la prévention, le repérage, le diagnostic et le traitement des addictions ». Des exemples concrets ont été proposés par les auteurs du rapport : « Demain un alcoolodépendant pourra géolocaliser tous les bars de son quartier et lorsqu’il passera devant, il recevra un message "courage, tu as bien tenu jusqu’à présent". Et, s’il est anxieux, il pourra parler à un médecin en appuyant sur un bouton panique » a par exemple décrit cité par Le Parisien, Jean-Pierre Thierry.

Gardes fous

Après avoir présenté les différentes potentialités de l’e-santé face aux addictions, les deux auteurs ont formulé une série de recommandations en vue d’améliorer l’information, la prévention, le repérage des addictions et de créer des réseaux de soins virtuels à intégrer dans des infrastructures adaptées. Des expérimentations dans des régions pilotes sont notamment préconisées ainsi que certaines mesures qui dépassent le champ numérique (telle la reconnaissance de la situation de Longue Maladie pour les addictions sévères). Les deux auteurs insistent également sur le rôle pouvant être joué par les Big Data en ce qui concerne la recherche. Bien sûr cependant, sur ce point, des gardes fous sont indispensables pour éviter toute utilisation malveillante de certaines données, par exemple dans un but marketing de vente de produits… addictifs. A noter que les industriels du tabac et de l’alcool n’ont, quant à eux, pas attendus pour investir l’espace numérique.

Aurélie Haroche

Référence
Rapport Addictions et e-Santé : https://www.drogues.gouv.fr/sites/drogues.gouv.fr/files/atoms/files/rapport-e-sante-2019-num-v4.pdf

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