En avoir sa claque de la claque

Paris, le samedi 30 mai 2020 – Chaque jour à 20 h des Français applaudissent pour remercier les soignant pour leur travail.

Selon un sondage Harris Interactive, cette démarche serait suivie au quotidien par 21 % de la population qui dit "applaudir tous les jours ou presque" quand 59 % des Français affirment n'avoir jamais applaudi les personnels soignants depuis le début du confinement.

Parmi les sondés qui n’applaudissement pas 18% soulignent que "cela n'a pas de sens".
Un avis que partagent certains médecins.

Voter pour ceux qui restreignent les budgets et applaudir

En Belgique, face à ce soutien populaire, un urgentiste liégeois a poussé un "coup de gueule" dans la revue Le Vif, fin mars.

Dans sa missive acerbe, le Dr Antoine Dumont attaque bille en tête : « je ne supporte pas les gens qui applaudissent : les hôpitaux n'ont pas attendu le Covid-19 pour être dans la galère, en surbooking permanent (…) Une bonne partie des gens qui applaudissent, votent chaque année pour les connards qui diminuent les budgets » s’emporte-t-il.

« Donc merci quand même pour vos applaudissements, mais ça fait des années que le personnel hospitalier travaille dans des conditions de merde » invective-t-il encore. 

Ceux qui se font passer pour des héros abusent

Dans un langage plus châtié, en fin de confinement, le Dr Laurence Peignot, médecin généraliste libéral à Paris expliquait elle aussi son désarroi face à ces hommages vespéraux dans le magazine Le Point.
 « Qu'on s'entende bien : j'ai beaucoup d'admiration pour mes collègues hospitaliers qui, aux urgences et en réanimation, se sont donnés sans compter pour soigner les gens, affrontant la mort, luttant au péril de leur vie, se sacrifiant, pour certains, face à un virus qu'ils ne connaissaient pas » se défend elle dans un premier temps avant d’estimer que « ça suffit ».

« Ça va sûrement choquer que je dise ça, mais ceux qui se font passer pour des héros abusent », juge-t-elle. Elle poursuit : « à l'hôpital, beaucoup considèrent qu'ils n'ont fait que leur boulot. Ils l'ont très bien fait, certains ont pris des risques, mais, à un moment, il faut dire les choses : on fait le job, et c'est normal. D'une certaine façon, c'est une chance que de pouvoir travailler, gagner sa vie et sortir de chez soi ».

Mais le Dr Peignot ne s’arrête pas là et risque de s’attirer les foudres de certains de ses confrères  « certains médecins détournent à présent leur savoir et leur pouvoir pour alimenter une psychose collective qui va nous coûter cher sur le plan médical, social, psychologique et économique » et contribuent  « à entretenir des peurs irrationnelles face à la maladie et à la mort ».

Elle rapporte avoir « vu passer un tweet » dans lequel un urgentiste de l'AP-HP réclamait des fonds pour acheter des stéthoscopes. « Je me suis dit : il abuse carrément, ce mec. Des tas de gens sont dans la panade et attendent de pouvoir rebosser et, nous, on est en train de demander des sous en jouant sur la peur des gens. ».

Enfin, elle ironise : « tout le monde a compris que nous étions indispensables. Ce n'est peut-être pas la peine d'en rajouter et d'en profiter ! »

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Un prétexte pour se rassurer

    Le 02 juin 2020

    Très rapidement j'ai eu le sentiment que l'hommage aux soignants était devenu un signe de vie partagé entre voisins confinés. Un prétexte pour se rassurer que malgré les rues vides les appartements recelaient encore des vivants. Autre lecture du phénomène...

    Dr Martine Stroot

  • L'envers de la claque

    Le 03 juin 2020

    Chez moi, pas d'applaudissements, pas de reconnaissances quelconque. Pas de bris de mon pare-brise pour récupérer mon caducée lorsque je l'oubliais en allant faire rapidement mes courses. Caducée mis pour éviter les contrôles lors des déplacements. Mais des changements de trottoir lorsqu'on me reconnaissait. Je suis repérée... pourtant je n'exerce pas dans un hôpital. Cette reconnaissance ne me flatte pas du tout. Je me sens un peu comme une lépreuse avec sa crécelle... Combien de temps cela va-t-il durer ?
    L'envers de la claque peut-être.

    C. Durand

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