Ensemble

Paris, le samedi 5 mars 2016 – A l’instar de celui de l’artiste, le travail du médecin serait un mélange, a priori paradoxal, entre une solitude certaine et une confrontation constante avec les autres. Face aux souffrances énumérées au sein des cabinets, la tentation d’un certain isolement, d’un renfermement est parfois proche. Comme pour l’artiste, qui sous le poids du succès qui semble vouloir transformer et happer son œuvre, peut se détourner des foules. L’un des deux héros d’Encore une histoire d’amour, auteur admiré, est ainsi devenu agoraphobe. Boulimique et dépressif, ses échanges avec le monde extérieur sont restreints. Jusqu’à sa rencontre avec une jeune comédienne, belle et en partie paralysée (interprétée par Elodie Navarre). Avec lenteur et minutie, la pièce de Tom Kempinski (qui s’est inspiré de sa propre vie pour le personnage masculin) jouée au Studio des Champs Elysées est une belle digression sur la force de l’alliance, la force de l’union face aux adversités quotidiennes que sont le regard de l’autre et des autres.

Inspiration

Quand Tom Kempinski a intitulé sa pièce Encore une histoire d’amour, le docteur Jean-Marc Geidel aurait pu baptiser son roman Encore une histoire d’amitié. Avant d’être un récit sur la médecine, C’est vous qui voyez, Docteur est en effet l’histoire d’une amitié entre les docteurs Forget et Mory, qui décident d’ouvrir ensemble une maison médicale. Ils ne sont pas d’accord sur tout : Forget a des doutes sur le tout scientifique, tandis que Mory en est un adepte convaincu. Mais ils nourrissent le même projet de mettre le patient au centre de la médecine, au centre d’une alliance essentielle entre celui qui soigne et celui qui est soigné. C’est vous qui voyez, Docteur, est donc le parcours de ces deux compères, jalonné d’histoires comiques et tragiques, et qui s’achève par l’aventure burlesque de la recherche de remplaçants. Un portrait moderne de la médecine d’aujourd’hui, qui sans se concentrer sur les difficultés actuelles, préfère se consacrer à la force des liens, entre confrères et avec les patients.

Respiration

Il n’y a pas plus de solitude dans le projet d’Elisabeth Coureault. Comme d’autres patients avant elle, pour évoquer l’histoire de sa maladie (un cancer du poumon), pour dénoncer les petits et grands travers de la prise en charge médicale, elle aurait pu prendre seule la plume. Elle a au contraire souhaité faire œuvre commune avec les médecins et les infirmiers du Centre hospitalier de Lyon où elle était soignée et avec d’autres patients. C’est ainsi qu’est née De l’Air !, une bande dessinée dont les scénaristes sont des soignants et des patients (et les dessinateurs des élèves de l’école Emile Cohl). Il ne s’agit pas ici d’un programme didactique, entre prévention et explication, mais de tenter d’approcher le quotidien de patients atteints d’un cancer du poumon, avec comme point de départ, leur rencontre dans une salle d’attente…

Théâtre : Encore une histoire d’amour, de Tom Kempinski, Studio des Champs Elysées, 15, avenue Montaigne, 75008 Paris

Roman : C’est vous qui voyez, docteur, de Jean-Marc Geidel, Publibook, 256 pages, 17,95 euros

Bande dessinée : De l’Air !, d’E. Coureault, C. Rentler, S. Torrecillas, N. Bernadelli, J-B. Chatard, F. Giacomini, E. Jammes, M. Martin, E. Perrotin, C. Pourrot, A. Zapata, Editions Ellipses, 44 pages, 12,50 €

Aurélie Haroche

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