Et voici pourquoi vous regrettez d’avoir eu vos enfants

« Hamm, le fils : - Maudit fornicateur, pourquoi m’as-tu fait ?
Nag, le père : - Je ne pouvais pas savoir que ce serait toi ».

Samuel Beckett, Fin de partie

Poznan, le samedi 15 octobre 2021  - Après 8 heures passées en voiture avec un enfant qui chouine, alors que votre fils bien-aimé exclut d’accepter qu’il n’ait pas cette glace à la fraise, que votre fille de 5 ans insiste pour se maquiller,  ou devant ce grand dadais mutique, père et mère lecteurs du JIM vous avez peut-être regretté d’avoir eu vos enfants.

Mais pour certains, ce sentiment diffus et fugace est un état d’âme permanent et ils regrettent profondément ce choix (ou ce non-choix) d’engendrement.

Si vous pouviez remonter le temps, décideriez-vous à nouveau de devenir parent ?

Konrad Piotrowski, chercheur à l'Institut de Psychologie de l'université de Poznań publie à ce sujet dans Plos One une étude qui explore ce sentiment encore tabou.

Pour ces travaux, il a étudié deux échantillons représentatifs de la population polonaise rassemblant 1 175 et 1 280 personnes ayant au moins un enfant. Le premier groupe rassemblait des parents âgés de 18 à 40 ans, dont l'âge moyen des enfants était de 6 ans et demi. Le second groupe était plus jeune avec des parents de moins de 30 ans dont les enfants avaient en moyenne 3 ans. Les femmes représentaient respectivement 57 et 64 % des échantillons. Chaque participant devait répondre à cette question : « Si vous pouviez remonter le temps, décideriez-vous à nouveau de devenir parent ? » en choisissant une des deux réponses proposées : « Non, je choisirais une vie sans enfants » ou « Oui, je choisirais d'avoir des enfants ».

Dans le premier échantillon, près de 14 % des parents ont choisi la première option. Dans le second groupe, ils étaient 10,7 % à avouer leur regret d'être parent. Ces chiffres sont plus élevés que ceux rapportés dans d'autres études menées aux États-Unis et en Allemagne notamment, dans lesquelles 7 % à 8 % des parents auraient préféré ne pas avoir d'enfants. Si certains pourraient y voir que les petits allemands et les petits américains sont plus faciles à vivre que les petits polonais, l’auteur suggère que c’est la politique très restrictive de la Pologne en matière d'interruption volontaire de grossesse qui est en cause. En outre, les études allemandes et américaines avaient été faites sur de beaucoup plus petits échantillons.

Ceux qui voulaient un polytechnicien

Les analyses menées par Konrad Piotrowski montrent que certaines caractéristiques sont plus présentes chez les personnes qui regrettent avoir eu des enfants, en particulier les difficultés financières et les relations de couple instable. Mais aussi, le fait d’avoir eu soi même une enfance difficile prédisposerait à regretter d’être parent plus tard. Un point plus inattendu : la quête du perfectionnisme.  « Les parents ayant un niveau plus élevé de perfectionnisme » souffriraient davantage « de burn-out parental », écrit le chercheur. Il est vrai que d’apprendre que décidément non Camille et Igor ne seront pas polytechniciens peut être déroutant.

Dans l'étude menée en Allemagne en 2016, les femmes qui disaient regretter avoir eu des enfants pointaient, elles, un empêchement dans leur développement personnel et professionnel, ainsi que des sacrifices trop importants concédés  pour leur famille.

Et Konrad Piotrowski de conclure : « Les résultats indiquent que le regret de devenir parent est une question sociale et psychologique importante qui devrait devenir un objet d'intérêt pour les chercheurs de diverses disciplines et pour les autorités chargées de la politique sociale ».

Qu’en pensent les parents de Konrad Piotrowski ?

F.H.

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