La mobilisation de tous les professionnels, essentielle pour faire reculer le tabac

Paris, le vendredi 6 octobre 2017 – Alors que le Moi(s) sans tabac connaîtra en novembre sa deuxième édition et que par ses annonces de hausses répétées du prix du tabac pour atteindre 10 euros en 2020 le gouvernement a manifesté sa volonté de renforcer son action contre le tabagisme, l’importance du rôle des professionnels de santé dans cette bataille est régulièrement rappelée par les acteurs principaux de cette lutte. Ici, les responsables du Réseau de prévention des addictions insistent sur cette dimension.

Par les membres du Réseau de prévention des addictions*

Faire reculer le tabagisme est un enjeu de santé publique majeur. C’est un combat qui nécessite l’implication de tous les acteurs : patients, professionnels de santé, autorités de santé, agences régionales de santé, directions des établissements publics, etc. Le nombre de personnes dépendantes est tel qu’une mobilisation de l’ensemble des professionnels de santé est indispensable pour la complémentarité des réponses dans l’aide à l’arrêt du tabac. Tout professionnel de santé, qu’il soit médecin généraliste, médecin du travail ou spécialiste, pharmacien, sage-femme, chirurgien-dentiste, infirmière, kinésithérapeute ou d’une autre profession paramédicale devrait soit prendre en charge lui-même le suivi, soit orienter vers un praticien formé à l’arrêt du tabac. L’ampleur de la consommation de tabac et ses lourdes conséquences sanitaires, sociales et économiques appellent ainsi  à une coopération soutenue entre les acteurs de santé mais aussi avec les acteurs sociaux et éducatifs.
Chaque année plus de 73 000 personnes(1) meurent en France des conséquences du tabagisme, le tabac provoquant ainsi la mort de plus de 200 personnes par jour et étant à l’origine de près de 20% de la mortalité prématurée. Un fumeur sur deux qui poursuit sa consommation de tabac décédera d’une maladie liée à cet usage : plus de vingt maladies lui sont attribuées qu’il en soit la cause principale, un facteur de risque ou une cause aggravante.

Informateur, accompagnateur ou relais

Face à cette épidémie, pour un produit dont le seuil de toxicité commence dès la première prise et dont le potentiel addictogène est le plus élevé des drogues, il est crucial que l’ensemble des professionnels de santé s’impliquent et intègrent dans leurs pratiques de soins une prévention et une prise en charge systématiques du tabagisme. Ils doivent pouvoir être tour à tour informateur, accompagnateur ou relais.

Le rôle d’informateur s’exerce dans le cadre de la sensibilisation des patients aux méfaits du tabac lors d’une consultation ou de la dispensation d’un traitement. Ce rôle peut être appuyé par la mise à disposition de brochures.

Le dépistage du tabagisme est l’affaire de tous : il doit être systématique et répété. A défaut, le professionnel doit cibler les situations ou les groupes les plus à risque : femmes enceintes ou sous contraceptifs oraux, patients présentant des maladies chroniques, jeunes etc. Un conseil d’arrêt de quelques minutes délivré par un professionnel de santé est considéré comme essentiel pour encourager le fumeur au sevrage(2). Il consiste en pratique à poser à chaque patient qui consulte la question « est-ce que vous fumez ? » et si la réponse est « oui » et sans tenir compte d’une envie d’arrêter, d’insister immédiatement sur le besoin d’arrêter de fumer en délivrant des arguments de motivation adaptés et de proposer une aide.

La relation de confiance entretenue entre le professionnel et sa patientèle doit lui permettre de proposer l’aide la mieux adaptée à la situation : arrêt progressif, substitution nicotinique, consultation médicale spécialisée.
Le rôle d’accompagnateur prend tout son sens dans le cadre de la prise en charge et du suivi du patient lors de la mise en place d’un traitement, notamment par substitution nicotinique en renforçant le bon usage et veillant à l’observance indispensable à la performance du traitement. En cas de difficultés, c’est en orientant vers une consultation spécialisée que le professionnel poursuit son accompagnement. Il existe en outre des formations en tabacologie, tels les Diplômes inter universitaires (DIU) ouverts entre autres aux médecins, infirmières, sages-femmes, pharmaciens, nutritionnistes, psychologues. Ces enseignements sont organisés par de nombreuses facultés de médecine. Par ailleurs, des Diplômes d’études spécialisés complémentaires (DESC) d’Addictologie sont ouverts aux internes en cours de D.E.S et à certains spécialistes (en psychiatrie, santé publique, médecine du travail notamment).

 

Principaux risques liés au tabagisme

Consommé par plus d’un tiers (34%)(1) de la population (qu’il s’agisse de consommations quotidienne ou occasionnelle), le tabac est la première cause de mortalité évitable en France. Les effets néfastes du tabac sur la santé sont connus : augmentation des risques de maladies cardiovasculaires (cardiopathie ischémique, accident vasculaire cérébral), de cancers (poumons notamment), de maladies respiratoires (première cause de broncho-pneumopathie chronique obstructive BPCO).

Les décès liés au tabac représentent 22 % de la mortalité masculine (1 décès sur 3 parmi les 30-69 ans) et 5% de la mortalité féminine(3). La moitié de ces décès a lieu avant 70 ans. La part des décès féminins liés au tabac est en progression du fait du développement du tabagisme des Françaises au cours des quarante dernières années. L’espérance de vie d’un fumeur est réduite de 20 à 25 ans par rapport à celle d’un non-fumeur.

De plus, il ne faut pas sous-estimer les effets négatifs du tabagisme passif sur la santé : le risque d’être sujet à une cardiopathie ischémique ou un cancer du poumon augmente de 25% chez l’adulte, tandis que les enfants auront plus de risques d’être victimes de mort subite du nourrisson, d’infections respiratoires, d’otites et d’asthme. Le tabagisme de la femme enceinte peut provoquer des naissances prématurées ou une mortalité périnatale ou néonatale augmentée, un retard de croissance portant essentiellement sur le poids de naissance.

D’autres effets du tabac sont moins repérés, mais également délétères : aggravation de nombreuses maladies chroniques (ex : diabète), augmentation des complications péri-opératoires, diminution de l’efficacité de certains traitements (antihypertenseurs, chimiothérapies anticancéreuses…).
L'ensemble des composants du tabac agit en particulier sur :
- la fonction vasculaire: le tabac augmente la pression artérielle, accélère le rythme cardiaque et détériore les artères. Les risques coronariens et les décès par infarctus du myocarde sont deux fois plus élevés chez les fumeurs ;
- la fonction respiratoire : les fumeurs s'exposent à des troubles au niveau de tout l'appareil respiratoire, notamment au risque de bronchite chronique et au risque de cancer du poumon ;
- la fonction digestive : la nicotine augmente la sécrétion des acides gastriques.
- Le tabac limite l'apport d'oxygène au cerveau et aux muscles. Il est responsable de maux de tête, de vertiges et d'une diminution de la résistance à l'exercice.
- La dépendance est confirmée chez la plupart des fumeurs, avec une sensation de manque à l'arrêt (tension, nervosité, irritabilité, angoisse voire dépression).



Pour en savoir plus, nous invitons les professionnels de santé à profiter des outils mis en place dans le cadre de l’opération #MoisSansTabac disponibles sur l’espace professionnel de la plateforme Tabac info service.

 

*Signataires :
Pour les membres du conseil d’administration du RESPADD :
• Anne Borgne, Addictologue, CSAPA Victor-Segalen, Clichy
• Chantal GAISNE-REUZE, Cadre Supérieur de Santé, E.P.S.M de la Sarthe
• Pierre MALHERBE, Directeur-adjoint, Hôpitaux universitaires Paris centre, AP-HP
• Laurence ROLLAND-BURGER, Département de l’Organisation Médicale / addictologie, AP-HP
• Bernard GOUGET, Conseiller Santé Publique, Fédération hospitalière de France
• Chittra KICHENARADJA, Directrice, Centre hospitalier du Val de Saône
• Brigitte BOUCHET-BENEZECH, addictologue, Centre hospitalier d’Albi
• Hanna EID, chef de Pôle, Addictologie Clinique, Centre Hospitalier de Pfastatt
• Bertrand DAUTZENBERG, pneumologue, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, AP-HP
• Francine BONFILS, administratrice de la Mutuelle nationale des hospitaliers
• Marie VAN DER SCHUEREN-ETEVE, tabacologue, CHU de Caen
• Julien BOUVRET, Cadre de santé, CHS St Ylie Jura, Dôle
• Françoise DURANDIERE, Conseiller médical, FEHAP

Pour le RESPADD :
• Nicolas BONNET, pharmacien de santé publique, directeur
• Anne-Cécile CORNIBERT, sociologue, chargée d’études

(1) Baromètre sur la consommation de tabac en France, Santé publique France, mai 2017
(2) Présentation de la méthode des 5A – Annexe à la recommandation de bonne pratique « Arrêt de la consommation de tabac : du dépistage individuel au maintien de l’abstinence », octobre 2014 Haute autorité de Santé https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2014-11/annexe_methode_5a.pdf
(3) Ribassin-Majed L, Hill C. Trends in tobacco-attributable mortality in France. Eur J Public Health 2015.

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Vos réactions (1)

  • Rôle de l'éducation nationale

    Le 07 octobre 2017

    Je suis étonné de ne voir (sauf erreur de ma part) aucune contribution majeure de l'éducation nationale à la lutte contre le tabagisme. Cette éducation doit commencer très tôt et l'école est un bon endroit pour transmettre quelques notions majeures d'hygiène de vie (entre autres, le risque tabagique). J'ignore si cela est possible dans les programmes actuels de l'éducation nationale : en tous cas il est nécessaire que chaque élève sache, très tôt, que le tabac est un poison. Cette éducation sanitaire me semble être un devoir national auquel chacun, chaque parent (et, bien sur, tout particulièrement le personnel de santé) doit contribuer. Il ne me semble pas que cela soit bien perçu au niveau du gouvernement. Au fait, quelle est la proportion de fumeurs au sein du gouvernement, et du personnel des ministères ? Pour ma part, j'ai le sentiment que la nécessité de la lutte contre le tabac n'est pas ressentie comme une urgence par la communauté des responsables politiques.

    Dr R. Masseyeff, professeur à la Faculté de Médecine de Nice, aujourd'hui retraité.

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