Le selfie de l’observance

Paris, le samedi 27 octobre 2018 - L’amélioration de l’observance est un défi majeur. Un grand nombre "d’acteurs" sont convaincus du rôle positif des nouvelles technologies en la matière. Les messages de rappel et les applications qui affichent des alertes sont déjà testés depuis plusieurs années. Cependant, à l’instar de leurs ancêtres, les pense-bêtes en papier et autres minuteries, ils ne permettent pas de contrer les inévitables oublis et la lassitude qui s’empare de nombreux patients. Aussi, d’aucuns suggèrent que les nouvelles technologies pourraient être utilisées pour multiplier les contrôles. Le pas a été franchi il y a quelques mois aux Etats-Unis avec l’autorisation d’un premier médicament connecté indiqué dans la prise en charge des patients atteints de schizophrénie (l'Abilify en l'occurence). Puisque la prise du médicament déclenche l’envoi d’un message à une plateforme de professionnels de santé, son absence est immédiatement détectée.

Le contrôle de l’observance en trois clics

Dans le même esprit, plusieurs cliniques américaines testent aujourd’hui une application programmée pour réaliser des selfies des patients prenant leur médicament. Le logiciel réalise le même test que les professionnels qui s’assurent dans certains centres de désintoxication que les patients ont bien pris leur traitement de sevrage : en les observant avaler leur pilule et en leur faisant ouvrir la bouche pour constater la réalité de la prise. L’application fonctionne de la même manière : dès qu’il prend son médicament, le patient réalise une série de selfies où il place les médicaments dans sa bouche, les avale et enfin montre qu’il les a bien ingurgités. Plusieurs cliniques américaines, de Seattle, San Francisco, Los Angeles et Houston utilisent déjà ce système pour contrôler l’observance de traitements antituberculeux. Economiquement, les résultats sont probants, puisque le dispositif permet d’économiser 100 000 dollars en une année, grâce à la réduction des frais d’infirmiers qui ne sont plus contraints de se rendre au domicile des patients pour s’assurer du bon suivi du traitement. Aujourd’hui, les équipes enthousiastes réfléchissent à la possibilité d’étendre ce système à d’autres prises en charge, dont celle de l’hépatite C. Déjà, des centres de désintoxication ont adopté des applications similaires qui permettent par ailleurs d’évaluer rapidement les conditions psychologiques des patients.

Des écueils multiples

Mais le système suscite des interrogations éthiques multiples. D’abord, il représente une intrusion dans la vie privée et la liberté des patients. Ces intrusions pourraient être particulièrement difficiles à maîtriser dans le cas des patients atteints de troubles mentaux, qui sont déjà très vulnérables et dont les droits peuvent être fréquemment menacés. Beaucoup s’interrogent en outre sur la sécurité des données ainsi transmises. Enfin, certains observateurs redoutent une nouvelle fois que les assureurs s’emparent de ce type de logiciels pour conditionner leurs remboursements à la bonne observance des patients.

Eliminer la tuberculose

Au-delà, l’enthousiasme suscité par ce type de technologies n’est pas unanime. Les travaux publiés en la matière ne garantissent pas une efficacité totale de ces dispositifs connectés qui  pourraient eux aussi échouer sur le long terme à assurer une parfaite observance. Mais les promoteurs de ces outils sont eux catégoriques. « Si nous voulons éliminer la tuberculose, nous avons besoin des nouvelles technologies » insiste le Dr Richard Garfein de l’Université de Californie, interrogé par l’Associated Press sur ce sujet.

Léa Crébat

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