Le service des autres chevillé au corps

Paris, le samedi 4 novembre 2017 – La nuit était déjà avancée. Pourtant, affaires municipales obligent, il est encore debout. Pas nécessairement vaillant. La fatigue forme une ouate épaisse autour de tous ses gestes depuis plusieurs jours. Mais soudain, les sensations se transforment. La terre tourne, il ne peut empêcher plusieurs vomissements, sa tête lui semble plongée dans un étau… son bras ne répond plus. Philippe Meynard n’a que 43 ans mais il a l’intuition que l’heure, si elle n’est pas la dernière, est grave. Il parvient à composer le numéro du SAMU. Quand les pompiers le conduisent à l’hôpital de Langon, Philippe Meynard a déjà perdu connaissance. L’état de l’édile de Barsac est si grave que le transfert au CHU de Bordeaux est immédiatement décidé. A cette heure tardive, l’IRM est normalement fermé, mais la décision est prise de le rouvrir exceptionnellement. Le diagnostic ne fait guère de doute : Philippe Meynard a été terrassé par un AVC. Le professeur Loiseau, qui quitte l’hôpital à cet instant, revient en catastrophe. Au bloc, cependant, le chirurgien considère que tout espoir est perdu. « Normalement, je suis mort », a commenté quelques semaines plus tard, Philippe Meynard.

Saint Jacques de Compostelle en guise de rééducation

Mais Philippe Meynard n’est pas mort. Il doit sa survie au professeur François Rouanet, arrivé au petit matin et qui ne peut se résoudre à l’idée de voir mourir l’homme né la même année que lui. L’équipe se réunit rapidement, consulte par visioconférence un praticien américain et une nouvelle intervention est conduite par le professeur Loiseau. Une opération complexe est réalisée avec succès. Philippe Meynard va pouvoir survivre. Cette histoire, le maire de Barsac ne la découvre que deux semaines plus tard, quand il se réveille enfin. Mille questions se pressent pour comprendre les raisons de la survenue de l’AVC et la façon dont le miracle a pu avoir lieu. Les praticiens lui intiment le calme. Mais Philippe Meynard ne s’y résout pas. Les élections municipales de mars 2014 ont lieu quelques semaines à peine après l’AVC et le maire ne retire pas sa candidature. Celui qui a vu sa chambre d’hôpital inondée de sucreries et de douceurs envoyés par ses administrés est réélu avec 60,7 % des voix dès le premier tour. Dès le lendemain de son réveil, Philippe Meynard savait cependant qu’il ne pourrait plus mener son action à la mairie avec autant de fougue qu’auparavant, qu’il lui serait essentiel de déléguer. Pourtant, après huit mois de rééducation (avec comme point d’orgue le pèlerinage vers Saint Jacques de Compostelle), Philippe Meynard doit se rendre à l’évidence : il n’a plus la possibilité de mener à bien sa mission comme il le souhaite. Il choisit de démissionner.

« Un élu doit défendre les valeurs de la famille »

Il ne faut pas voir ce renoncement comme un manque de ténacité ou de témérité. Philippe Meynard n’en a jamais manqué. Sa carrière politique, assez longue en dépit de son jeune âge, son engagement remontant à ses 18 ans, a pourtant été marquée par de sourdes avanies. En 1998, Philippe Meynard est un actif conseiller municipal de Barsac, étiqueté UDF. Il se démène sans relâche pour sa ville. Mais les rumeurs commencent à enfler. Philippe Meynard reçoit régulièrement des menaces sans nuance : « entre être homosexuel et faire de la politique, il faut choisir » lui assène-t-on de manière souvent plus ordurière. Des cartes postales de femmes nues, sous-titrées « C’est quand même mieux ! » font partie des tracts les plus affables. Outre ces attaques personnelles, Philippe Meynard peut constater pendant la discussion législative autour du PACS le conservatisme de son parti. A la mairie, ses prises de position en faveur des homosexuels sont mal vécues. « On m’a fait comprendre (…) qu’un élu doit défendre la morale et les valeurs de la famille », se souvenait le maire dans Libération. Mais Philippe Meynard ne va pas se le tenir pour dit. Il songe un temps à tout abandonner, mais se rebiffe rapidement. Le 12 août 1999, il annonce qu’il sera candidat aux prochaines municipales. Et qu’il est homosexuel. Ses "amis" politiques le lâchent immédiatement et refusent de soutenir sa candidature. Mais, soulagé de ne plus avoir à se cacher, Philippe Meynard résiste. Si les élections sont perdues, il poursuit son travail de conseiller municipal et au sein de son parti, il prie les dirigeants de s’interroger sur la présence de Christine Boutin en son sein. Il parvient à créer une véritable prise de conscience. Et en 2004, il est élu maire par le conseil municipal. Il sera réélu dès le premier tour en 2008.

Tricycle électrique

L’ardeur de l’édile explique ces victoires successives. « Mon objectif, c’était que l’on trouve des moyens de vivre ensemble le mieux possible dans le village », expliquait-t-il il y a quelques années à Psychologies Magazine. La création de cours de musique pratiquement gratuits pour tous les enfants de la ville, l’ouverture d’une bibliothèque ou d’une médiathèque font partie de ses plus belles réalisations. Pragmatique, la population de Barsac, moins conservatrice souvent que ses représentants politiques, a d’abord perçu les innombrables améliorations réalisées par le maire, avant de s’intéresser à sa vie privée. A l’aune du dynamisme de Philippe Meynard, on peut supposer le déchirement qu’a représenté pour lui la décision de quitter la politique. Mais, Philippe Meynard est demeuré résolument au service des autres. Poursuivant d’une manière différente son désir d’améliorer la vie de ceux qui l’entourent. Ainsi, depuis la fin de sa rééducation, il sillonne sur un tricycle électrique les routes de France pour informer sur les facteurs de risque d’AVC. Son message se veut également porteur d’espoir : en se montrant en bonne santé, il rappelle que l’AVC n’est pas une fatalité. Après avoir fait escale dans 25 villes tout au long du mois d’octobre, il prépare pour l’hiver des haltes dans les stations de ski. S’il assure que la nuit de février où il a été terrassé a changé sa vie, en lui imposant de s’écouter davantage et de mieux savourer les bonheurs de l’existence, certaines lignes directrices sont demeurées intact comme sa volonté de s’engager.

Aurélie Haroche

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