Les blogs disent bye bye à 2017

Paris, le samedi 13 janvier 2018 – Le passage à une nouvelle année est de manière pavlovienne l’occasion de tirer des bilans et de se risquer à de bonnes résolutions. Les médecins blogueurs n’ont pas dérogé à la tradition et plusieurs d’entre eux ont proposé des posts d’une tonalité particulière pour marquer la fin d'une année et le début d’une nouvelle. Différentes manières existent un peu à la façon d’une célèbre tirade des nez.

Statistique : des chiffres et des lettres

Statistique tout d’abord, tel par exemple le journaliste du Monde, Jean-Yves Nau qui s’essaye, tout en connaissant les limites de l’exercice, à la transparence. Il dévoile ainsi : « Faire la transparence sur l’écho d’un blog ? Tenter de la faire ? "Journalisme et santé publique" : il y a trois ans nous faisions état  de 330 000 "visites" pour l’année 2014. Un an plus tard, les statistiques officielles (celles de "Wordpress.com") recensaient, pour 2015, un peu plus de 500 000 "visites" (et de près de 300 000 "visiteurs"). Les mêmes méthodes statistiques annonçaient, pour l’année 2016, un peu plus de 585 000 visites (et près de 350 000 visiteurs). Pour l’année 2017, léger recul avec un peu plus de 540 000 visites (pour une activité moindre) et pratiquement le même nombre de visiteurs » résume-t-il. Mais les chiffres ne donnent pas une juste représentation de l’entreprise conduite par Jean-Yves Nau depuis 2014 : offrir un décryptage souvent décalé, souvent sémantique de l’actualité, notamment sanitaire et médicale. Pour l’année à venir, le programme ne varie pas insiste-t-il grâce à une « Liberté de ton, de titraille, d’expression et de longueur. Le blog peut, aussi, être un formidable espace journalistique, offrir des faits divers si possible joliment racontés. Continuons à en user ».

Orgasmique : bien de la chose en somme

Sur un mode également statistique, Marc Gozlan, dont le blog Réalités biomédicales, hébergé par le Monde, se propose de revenir sur les situations médicales les plus atypiques, nous présente une revue systématique des posts qui ont connu le plus de succès au cours des douze derniers mois. Ce florilège permet de constater qu’en 2017 comme de tous temps ce qui intéresse le plus les hommes (et les femmes) reste les choses de l’amour. Sur les dix notes ayant été les plus lues, cinq évoquent en effet la sexualité, qu’il s’agisse de Ces médicaments qui déclenchent des orgasmes spontanés ou de Quand l’activité sexuelle solitaire tourne au drame ou encore de Quand l’orgasme rend malade. Marc Gozlan n’est pas dupe qui n’hésite pas parfois à user de titres susceptibles de titiller cette curiosité universelle, comme à travers l’article intitulé : Quand l’homme garde sa queue en réalité plus porté sur la paléontologie que sur le lit.

Empirique contre technocratique

Le caractère statistique et systématique des bilans de fin d’année n’est pas le fort de tous. Certains préfèrent marquer le moment par quelques évocations prophétiques. Le psychiatre Bernard Granger, un des responsables de l’association Les amis de Jean-Louis Mégnien, dédiée à la lutte contre le harcèlement professionnel dans le milieu médical, lance à ses lecteurs quelques réflexions philosophiques pour éclairer le début de cette nouvelle année. Il évoque par exemple l’analyse du sociologue Michel Crozier : « La dérive technicienne et technocratique de la classe politique française l’éloigne de l’empirique, de la connaissance de la pratique et de l’expérience de ceux qui sont opérationnels » ou encore la constatation du philosophe Pierre Manent : « Le politiquement correct est la langue des gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir ». Ces exemples marquent bien la volonté du professeur Granger d’inscrire ce début d’année dans une lutte contre les faux semblants et les vrais obstacles qui empêchent l’émergence de véritables solutions pour améliorer les conditions de travail et de soins.

Zygomatique

Plutôt que de se risquer au dogmatique, certains préfèrent le drolatique. C’est le cas du médecin blogueur François-Marie Michaut qui pour inaugurer l’année choisit une maxime d’Alphonse Allais ironisant : « Je ne prendrais pas de calendrier cette année car j’ai été très mécontent de celui de l’année dernière ».

Polémiques

Mais l’exercice le plus difficile mais aussi le plus fréquent quand une année s’achève est d’exercer un point de vue critique sur ce qui s’est déroulé. Jean-Claude Grange auteur du blog Docteur du 16 joue ce rôle dans une longue note qui énumère « ce que l’on aurait pu retenir de l’année 2017 ». Ne pouvant notamment faire l’impasse sur le changement de ministre de la Santé, il se montre très sévère vis-à-vis d’Agnès Buzyn dont il considère qu’elle est « définitivement la représentante de ce que j'appelle le complexe santeo-industriel et la propagatrice de ce que Marc Girard nomme, à la suite encore de Peter Goetzsche (Gøetzche Peter. 2013, Deadly Medicines and Organised Crime: How Big Pharma has Corrupted Healthcare. Radcliffe.), la criminalité médico-pharmaceutique. Toutes les actions de la ministre sont en outre marquées par le sceau du mandarinat arrogant et sans réplique et de l'entre soi parigo-parisien de l'AP-HP et du septième arrondissement réunis. Elle défend l'hôpital contre les soins premiers, elle soutient l'industrie pharmaceutique avec une indécence inouïe (allant jusqu'à refuser le déremboursement de médicaments inefficaces et dangereux comme les pseudo anti Alzheimer), elle est au centre de la calamiteuse décision de la onze-vaccination obligatoire des nourrissons en utilisant des arguments fallacieux et en travestissant une conférence dite citoyenne, elle nie les effets indésirables du dépistage organisé du cancer du sein (…), elle nomme des copains et des coquins aux postes de responsabilité, elle valorise les liens et conflits d'intérêts » dénonce-t-il dans une attaque au vitriol.

Dans la lignée de ce diagnostic sans nuance, l’auteur de Docteur du 16 regrette que l’année 2017 ait selon lui une nouvelle fois consacré ce qu’il appelle « la dérive de l’oncologie (…) : des produits qui n'améliorent pas l'espérance de vie (ou de 3 mois en moyenne) sont commercialisés à des prix étourdissants (…). Ainsi des oncologues peuvent-ils prescrire des médicaments inefficaces en promettant de l'espoir (…) et en entraînant des souffrances atroces et des effets indésirables indignes, sans demander l'avis des patients » s’emporte-t-il. Plus loin, il juge que « la santé publique est entrée définitivement dans le monde de la grande distribution ». Au-delà de ces critiques générales, il remarque que les échecs se multiplient observant par exemple que « L’arrogance de la médecine (…) en prend un coup : l’espérance de vie à la naissance est en train de stagner, voire de reculer ». Il estime encore que « l’affaire Lévothyrox est une métaphore fantastique sur l’état de délabrement des esprits de ceux qui pratiquent le système de santé français : les experts pharmacologues qui n'ont jamais vu un malade, les experts cliniciens qui n'ont jamais écouté un malade, les agences gouvernementales qui savent a priori ce qu'est un malade et comment il ne va pas réagir (ou réagir), les cliniciens qui prennent ce qu'ils ne comprennent pas pour de la khonnerie émanant d'un malade a priori "chiant" ou dérangé, (…) les journalistes qui chassent le scoop, les associations de patient.e.s qui se tirent dans les pattes et qui n'ont donc pas, par la grâce empoisonnée d'être malade, la vérité révélée, les politiques qui n'écoutent que le bruissement des sondages, les pharmacie.nnes qui donnent des leçons de médecine derrière leurs comptoirs protégés pour ne pas lever le secret médical, les docteur.e.s qui n'arrivaient (sic) rien compris à la bio-équivalence ou qui, après avoir compris ou fait semblant de comprendre, ne comprennent toujours pas que c'est une notion bidon » énumère-t-il sans fin. Mais la fameuse affaire Lévothyrox n’est pas le seul symptôme du mal qui pourrirait le système de santé français : le triomphe de ce qu’il nomme « l’Eglise de Dépistologie » en est un autre. Avec un tel bilan, on ne peut que se féliciter que l’année soit finie, à moins que la vivacité des critiques n’amoindrisse quelque peu leur pertinence.

Quelle que soit la méthode, les rites de passage pour accueillir une nouvelle année sont souvent l’occasion d’intéressantes lectures que vous pourrez poursuivre en allant sur les blogs de :
Jean-Yves Nau : https://jeanyvesnau.com/2017/12/31/blog-en-2017-journalisme-et-sante-publique-a-flirte-avec-les-550-000-visites-merci/
Marc Gozlan : http://realitesbiomedicales.blog.lemonde.fr/2017/12/31/les-10-billets-de-blog-de-realites-biomedicales-les-plus-lus-de-2017/#xtor=RSS-32280322
Bernard Granger : http://www.dernieresnouvellesdufront.com/?p=442
François-Marie Michaut : http://effet-mem.blogspot.fr/2017/12/calendrier-des-medecins-exmed-dessin.html
Jean-Claude Grange : http://docteurdu16.blogspot.fr/2018/01/bonne-annee-2018-et-bilan-2017.html

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article